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L'Arsènomètre: ce que dit vraiment Arsène Wenger pendant les matchs

Andréa Fradin, mis à jour le 05.07.2014 à 0 h 50

Il est réputé très peu bavard. On a voulu vérifier. Chronomètre en main, on a retranscrit cinq rencontres de l'équipe de France, du match de préparation contre le Paraguay le 1er juin au huitième de finale victorieux contre le Nigéria.

Après un match de l’équipe de France sur TF1

Après un match de l’équipe de France sur TF1

«Arsène il est marrant, il dit rien!», «Christian Jeanpierre, j'en peux plus là, c'est pas possible!» C'est un peu l'éternelle rengaine d'avant, de pendant et d'après-match. Qui rythme même l'ensemble de la Coupe du monde. Et de tous les événements sportifs en général (il n'y a qu'à voir la polémique autour des Jeux olympiques sur France Télévision l'an passé): la question des commentateurs. Sur lesquels chacun a son petit avis, et sa petite anecdote.

On a donc voulu vérifier. Vérifier si notre petit avis collait à la réalité.

Face à l'impossibilité de prendre en note chacune des interventions de Christian Jeanpierre, dont le rythme frénétique nécessiterait bien trois intelligences artificielles ultra-sophistiquées, et dans l'incapacité de toute façon de trancher en toute objectivité la question qui divise les Français –est-il oui ou non insupportable?–, nous avons décidé de nous pencher sur un héros, une icône du football, qui fait la fierté de notre pays à l'étranger... J'ai nommé Arsène Wenger.

Arsène donc, coach depuis toujours du club d'Arsenal; Arsène, starlette, avec Sébastien Loeb, de la patrie alsacienne; Arsène, qui a aussi une page Facebook consacrée à sa doudoune longue; mais surtout, Arsène qui est réputé si peu bavard à l'antenne de TF1, les soirs de matchs.

Pour vérifier la validité de cette croyance populaire, nous avons donc retranscrit cinq rencontres de l'équipe de France, du match de préparation contre le Paraguay le 1er juin au quart victorieux contre le Nigéria, trente jours plus tard (moins la Jamaïque, injustement exclue pour cause d'enregistrement défaillant).

Plus de 450 minutes de bonheur en barre, qui démontent pas mal d'idées reçues... et en confirment d'autres:

1.Non, il ne dit pas que «oui» ou «non»
Mais il grogne et fait des pauses

Première idée reçue à laquelle nous voulons tordre le cou: non, Arsène ne dit pas que «non». Ou «oui». Déjà, il est à l'affirmatif la plupart du temps, et ensuite, il dit plutôt «ouais».

10%

Pourcentage moyen d'interventions ne comptant qu'un mot, ou qu'une expression, d'Arsène Wenger au cours d'un match de l'équipe de France sur TF1.

Après, il formule la plupart du temps des phrases tout à fait complètes: sur les cinq rencontres, nous n'avons compté que 50 interventions d'Arsène Wenger ne dépassant pas plus d'un mot, ou d'une expression. Sur un total de 528 interventions sur l'ensemble des matchs examinés, ça ne pèse pas lourd, pas même 10%.

En revanche, il est possible qu'un autre facteur ait pu troubler votre jugement: Arsène murmure et grogne assez souvent. Près de 14% du temps. A tel point qu'on ne l'entend pas vraiment, ce qui donne une impression assez nette de discrétion et de retenue.

De même, il multiplie les pauses à quasiment chacune de ses prises de parole: 220 silences pour ses 528 interventions. Pour un résultat tranquille, qui prend son temps. Et qui économise sa salive, comme notre patience.

2.Oui, il reste peu bavard

Une vérité demeure néanmoins: Arsène n'est pas très causant. Il intervient en moyenne 105 fois par match, soit un peu plus d'une prise de parole par minute. Dit comme ça, ça vous semble beaucoup. Mais soyez attentif dans la soirée, et faites-nous signe si une longue minute passe à l'antenne de TF1 sans que personne ne bronche.

Par ailleurs, notez bien que les prises de parole en elles-mêmes ne sont pas bien longues: l'entraîneur d'Arsenal prononçant en moyenne 994 mots par match, et intervenant un poil plus que 105 fois, ça nous donne une moyenne de 9,42 mots par intervention.

Une moyenne: l'ensemble est une alternance de «bien joué!», «faute» et de formules plus élaborées telles que:

«En Coupe du monde un joueur qui ne sort pas sur la civière revient toujours.» (70e minute, contre le Nigéria

Ou:

«Ça joue sérieux, organisé du côté français... mais manque l'adrénaline de l'enjeu supérieur qui vous donne ce ptit dixième de seconde supplémentaire et enchaîne les actions avec plus de vitesse.»

Ou le superbe:

«Il a pas assez mis cette balle dans le futur...»

3.Il parle plus quand il y a de l'enjeuLa data a parlé (plus que lui)

Magie des chiffres et de l'examen approfondi des données: il semblerait que la volubilité d'Arsène Wenger évolue positivement avec l'enjeu des rencontres.

Voyez plutôt: seulement 79 interventions pour le match de préparation contre le Paraguay, pour 126 contre le Nigéria!

Entre les deux, il s'exprime de façon égale (une centaine de prises de parole par match).

Cette tendance semble être confirmée par le graphique ci-dessous, qui représente les interventions, du début du match au coup de sifflet final, d'Arsène Wenger.

Plus la pente est faible, plus notre icône alsacienne est locace, et rapidement: ainsi à la 20e minute de France-Nigéria, Arsène Wenger avait déjà pris la parole presque 40 fois, contre une dizaine au même moment des matchs contre le Paraguay, ou le Honduras. Cette dernière rencontre attire d'ailleurs pas mal son attention. Pourquoi? Probablement parce qu'il s'agissait du tout premier match des qualifications des Bleus, où il s'agissait de prendre la température du collectif: l'enjeu était donc plus fort que pour les matchs suivant ce beau 3-0.

Après, Arsène a aussi pu attraper un mauvais virus par la suite, mais ça, la data ne le dit pas.

4.Oui, il adore ArsenalGiroud, Sagna, Koscielny: ses chouchous

C'est certainement, avec les silences, la révélation la plus forte de cette grande investigation: oui, Arsène Wenger commente davantage les actions des joueurs de l'équipe de France qui font partie, à l'année, des Gunners d'Arsenal.

A savoir Olivier Giroud, Laurent Koscielny et Bacary Sagna, parti cette année à Manchester City.

Arsène Wenger tire sur son zip.

Le plus flagrant étant son chouchou, Olivier Giroud.

Sur les 200 interventions où il mentionne explicitement ou non un joueur, Bleu ou adverse, l'attaquant à la crête touffue apparaît à 35 reprises! Il a même droit à un petit lapsus, Arsène confondant le Suisse Djourou avec son protégé à la 31e minute du match contre la Suisse.

Même quand il est question de Benzema, Arsène s'arrange toujours pour glisser un petit Olivier. Ainsi lors du match contre l'Equateur:

«Oui il touche beaucoup plus le ballon depuis que Giroud est rentré... puisqu'il peut s'excentrer, venir plus au milieu...» (77e minute)

«C'est une belle combinaison... c'est une belle passe de Giroud... Karim doit faire mieux là-dessus.» (83e minute)

Notez par ailleurs qu'Arsène Wenger n'apprécie pas vraiment Paul Pogba.

En étant tout à fait honnête, il faut reconnaître qu'il sait saluer ses qualités, mais il passe le plus souvent son temps à lui reprocher sa fougue et les fautes qui en découlent:

«Mouais y en avait trois tout seul...» (sur une action de Pogba contre l'Equateur, 72e minute)

«Ohlalalalala qu'est-ce qu'il fait Pogba?» (sur une faute de Pogba contre l'Equateur, 78e minute)

 

Les mauvaises langues diront que ces remontrances sont liées au refus de la Juventus de céder son jeune joueur aux Gunners, en août 2013...

Andréa Fradin
Andréa Fradin (204 articles)
Journaliste
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