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France-Allemagne: un entretien avec Harald Schumacher sans les mots «Séville», «Battiston» ou «boucher»

Annabelle Georgen, mis à jour le 04.07.2014 à 7 h 22

On a parlé de France-Allemagne avec «Toni» Schumacher. Pas celui de 1982: celui de 2014.

«Toni» Schumacher, en 2012. REUTERS/Thomas Bohlen.

«Toni» Schumacher, en 2012. REUTERS/Thomas Bohlen.

Attention, l'article qui suit est quasiment exempt des mots «Battiston», «Séville», «boucher» et «couronnes dentaires». Lecteur assoiffé de sang, passe ton chemin.

Parce qu'il en marre –comme à la rédaction de Slate– d'entendre ces mots à chaque Coupe du monde depuis plus de trente ans, Harald Schumacher, «Toni» pour les Allemands, a d'ailleurs été difficile à convaincre quand nous lui avons demandé de parler du France-Allemagne de ce vendredi 4 juillet. 

Après des jours d'attente et une conférence téléphonique annulée à la dernière minute, il a finalement accepté de répondre à nos interrogations sur le match à venir par e-mail, quand il s'est rendu compte qu'on n'était pas là pour parler une énième fois coup de hanche et mâchage frénétique de chewing gum, «ces sujets malheureusement souvent pris d'assaut par les médias pour chauffer l'ambiance avant un match contre l'Allemagne» alors qu'«aucun des joueurs ou des entraîneurs actuels n'a quelque chose à voir avec cette époque.»

Comme il le claironne dans la presse depuis quelques jours, Toni Schumacher est intiment persuadé que l'Allemagne va battre la France:

«Je mise sur un 2-1 pour l'Allemagne. Cependant nous devons nettement nous améliorer par rapport au match contre l'Algérie. Jusqu'ici, la France a très bien joué pendant cette Coupe du monde. Je crois néanmoins que l'Allemagne, si nos joueurs utilisent leur potentiel, a dans l'ensemble la meilleure équipe.»

«Ce serait dommage que cette génération reste sans titre»

Malgré un jeu qui fait souvent l'admiration des connaisseurs, la Mannschaft n'a pas remporté de Coupe du monde depuis 1990 et son dernier titre remonte à l'Euro 1996. «Ces dernières années, elle a fourni beaucoup d'efforts pour obtenir une image positive. Nous jouons un bon football et misons régulièrement sur de jeunes talents», souligne Schumacher. «L'Allemagne a souvent été à deux doigts de gagner, mais a fait trop d'erreurs dans les moments décisifs. Nous aimons appeler notre équipe actuelle la "génération dorée", et ce serait dommage qu'elle reste sans titre.»

L'ancien gardien de but du Nationalelf ne tarit d'ailleurs pas d'éloges sur Manuel Neuer, qu'il compare volontiers à lui-même:

«Manuel Neuer est actuellement le meilleur gardien de but du monde. Son style de jeu me rappelle beaucoup le mien autrefois. Il se tient en partie très en avant sur le terrain et intercepte de nombreuses attaques. Par ailleurs, il rend le jeu vif en effectuant des dégagements rapides et lointains. Ça me plaît.»

Sans pour autant sous-estimer les qualités de son homologue français:

«Hugo Lloris est un très bon gardien de but. Il a montré de grandes qualités à Lyon et maintenant qu'il est à Tottenham, il fait aussi partie des meilleurs gardiens de Premier League. Je pense qu'il est à juste titre depuis de nombreuses années le numéro un  français.»

«Quasiment chaque tireur a un angle favori»

Retour (rapide) à Séville: en 1982, Toni Schumacher y était entré dans l'histoire en devenant le premier gardien à remporter une séance de tirs au but en Coupe du monde, grâce à ses parades sur les tirs de Didier Six et Maxime Bossis. Un exploit renouvelé en 1986 contre le Mexique, permettant aujourd'hui encore à l'Allemagne d'être la reine incontestée des tirs au but en Coupe du monde, avec quatre victoires en autant de séances. Et à l'époque, comme certains gardiens actuels, Schumacher travaillait de manière documentée:

«Je m'étais constitué une sorte de banque de données sur les différents axes de tir des tireurs de l'époque. Quasiment chaque tireur a un angle favori lors des tirs au but.»

De quoi donner des conseils à Manuel Neuer si le match de vendredi se termine sur ce scénario?

«Je crois que Manuel se prépare très bien à cette situation et n'a pas besoin de conseils de ma part. Ce n'est pas pour rien qu'il est actuellement le meilleur gardien de but du monde.»

Toni Schumacher estime d'ailleurs que Neuer représente une telle force au sein d'une équipe qui «ne s'est pas encore trouvée mais qui a prouvé qu'elle pouvait jouer mieux» que celle-ci pourrait se permettre un jeu plus osé:

«L'Allemagne peut agir de manière plus offensive encore, car derrière, Manuel peut attraper les longs ballons presqu'à la manière d'un libéro. Cependant, ce style de jeu peut aussi être dangereux et conduire à des buts adverses lors de la moindre petite erreur. Il doit donc faire très attention.»

«On a eu le moral dans les chaussettes»

Si l'Allemagne sort victorieuse du match de ce soir, elle pourrait retrouver en demi-finale le Brésil pour un match sous haute tension:

«Pour le pays hôte du Mondial, il est difficile de voir sa propre équipe ne pas remporter le trophée. C'est aussi ce que nous avons dû endurer en 2006. Après la défaite en demi-finale, on a tout de suite eu le moral dans les chaussettes. Au Brésil, cela serait d'ailleurs encore plus extrême, car ce pays est encore plus fou de football que l'Allemagne.»

Et la France? Brillante, assurément: «Mathieu Valbuena me plaît beaucoup jusqu'à présent. La France a une équipe jeune et très talentueuse. Et avec Didier Deschamps, elle dispose d'un entraîneur très bon et expérimenté, qui sait bien se mettre dans la peau des joueurs.» Mais peut-être encore un peu verte: «Dans deux à quatre ans, je pourrai à nouveau croire en la France.»

Annabelle Georgen
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Journaliste
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