Partager cet article

Ecouter Motörhead peut faire saigner du cerveau

Des fans de Motorhead lors du festival Paléo, à Nyon, en 2010. REUTERS/Denis Balibouse.

Des fans de Motorhead lors du festival Paléo, à Nyon, en 2010. REUTERS/Denis Balibouse.

Les neurochirurgiens de l'hôpital universitaire de Hanovre ne sont pas encore revenus de l’histoire qu'ils racontent dans une lettre adressée à l’hebdomadaire médical anglais The Lancet.

Résumons-la. En janvier 2013, ils prennent en charge un homme de 50 ans. Depuis deux semaines, leur patient souffre de violents maux de tête. Siégeant dans l’ensemble du crâne, la douleur va en s’intensifiant. Diagnostic de migraine écarté.

Rien d’intéressant dans les antécédents. Pas le moindre petit traumatisme crânien. Méticuleux, les neurochirurgiens serrent leur interrogatoire. Et l’homme se souvient d’être allé, un mois auparavant, assister à un concert de Motörhead. Un scanner crânien révèle bientôt la présence, côté droit, d’un hématome sous-dural.

Aigu ou chronique, l'hématome sous-dural est une grande spécialité des neurochirurgiens. C’est aussi une urgence. On désigne ainsi la constitution d’une poche sanguine sous la dure-mère, cette membrane dure et rigide qui adhère à l’os et protège le cerveau. Il est le plus souvent dû à des traumatismes crâniens (par exemple dans le cas des «bébés secoués»). Sa présence et son volume croissant conduisent à une augmentation de la pression intracérébrale qui menace de détruire les organes les plus nobles du cerveau: il faut opérer en urgence.

C’est ce que firent les neurochirurgiens de Hanovre, au moyen d’un trou de trépan suivi de la pose d’un drain sous-dural. Une semaine plus tard, leur patient était sur pied.

Il restait toutefois à comprendre. Après enquête, le Dr Ariyan Pirayesh Islamian et ses collègues ont la certitude que cette lésion hémorragique est la conséquence, à distance, de la musique du groupe Motörhead. Ou, plus précisément, d'un comportement corporel associé au genre heavy metal: le headbanging.

Les spécialistes désignent ainsi différentes pratiques de mouvements violents de la tête et de la nuque synchronisés avec les rythmes de certaines musiques jouées ou diffusées. Le headbanging n’est pas une nouveauté pour les chirurgiens. Apparu il y a une quarantaine d’années, il a déjà pu être associé à différents tableaux pathologiques: dissection de l'artère carotide, «coup du lapin», emphysème médiastinal et fracture d’une partie de la deuxième vertèbre cervicale. La publication du Lancet est le premier cas rapporté au monde établissant un lien de causalité entre le headbanging et un hématome sous-dural chronique.

Pour les neurochirurgiens allemands, cette publication ne nuira en rien à la légende planétaire de Motörhead, bien au contraire. Ils rappellent aux lecteurs du Lancet qu’il s’agit là de l'un des plus grands groupes de rock hardcore de la planète, un groupe friand de tempos à 200 ou 220 beats par minute (à écouter ici). Pas étonnant que certains organismes humains n’y résistent pas.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte