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Le Botox peut-il guérir la dépression?

Repéré par Mathieu Dejean, mis à jour le 03.07.2014 à 18 h 16

Repéré sur Pacific Standard

Plusieurs études scientifiques tendent à prouver que le Botox a un effet curatif sur les personnes dépressives. Gommer les traits de la tristesse effacerait la tristesse elle-même.

Hypodermic needle / Steven Depolo via Flickr, licence by

Hypodermic needle / Steven Depolo via Flickr, licence by

Un froncement inhabituel des sourcils ou quelques plissures intempestives sur le front en disent parfois long sur l’état d’esprit dans lequel se trouve une personne. Mais il se pourrait qu’à l’inverse, les expressions du visage soient capables d’influencer notre humeur. Autrement dit: pour éliminer la tristesse, le meilleur moyen pourrait être de faire disparaître les signes extérieurs de mélancolie. C’est l’hypothèse du «feedback facial», qui a été étayée par les travaux du dermatologue new-yorkais Eric Finzi.

A force d’administrer des injections au botox dans sa clinique dermatologique, ce spécialiste du visage s’est interrogé sur la corrélation entre l’expression du visage et les sentiments –et en particulier la dépression– relate un article du Pacific Standard.

En 2003, pour prouver l’hypothèse du feedback facial, il a initié une étude pilote sur un petit groupe de patients atteints de dépression. Son expérience a consisté à injecter du botox dans les muscles des sourcils et du front de ses patients, pour gommer la tristesse, la colère ou l’anxiété de leur visage. Les résultats dépassèrent ses espérances –neuf patients sur dix ont complètement guéris–, et furent publiés en 2006 dans le Journal of Dermatological Surgery.

En mai 2014, le docteur Finzi a publié les résultats d’une seconde enquête, d’une ampleur plus grande, en collaboration avec Norman Rosenthal, professeur de psychiatrie à l’école de médecine de Geortown. Les patients auxquels on avait injecté du botox ont enregistré une réduction de 47% sur l’échelle de dépression de Montgomery et Åsberg (qui évalue la sévérité de la dépression), tandis que ceux à qui on avait administré un placebo n’ont enregistré qu’une baisse de 20,6%.

Ce phénomène est expliqué de manière subjective par l’écrivaine Taffy Brodesser-Akner, qui raconte dans le Pacific Standard comment elle a vécu ce traitement contre son état dépressif. Même si elle lui reconnaît des effets positifs, elle relativise la portée du botox :

«On croit que le contraire de la dépression est l’exaltation, mais ce n’est pas exactement vrai. […] le contraire de la dépression est l’absence de dépression –et je suppose que, dans ces termes, le Botox a fonctionné. Mais le Botox m’a aussi privée d’autres sentiments, ceux dont on a besoin pour faire de nous un tout: la joie, la jalousie, la frustration, le triomphe.»

Les bienfaits de la toxine botulique sur le moral ne convainquent pas encore tous les spécialistes.

«La plupart des émotions importantes n’apparaissent même pas sur le visage», témoigne Jerome Kagan, un pionnier en psychologie développementale, dans le récit de l’écrivaine. En 2011, le dermatologue Patrice Morel considérait encore cette théorie comme fantaisiste:

«Dire que la médecine esthétique améliore la condition physique et que cela a des conséquences sur le moral est une galéjade.»

Plus récemment, la psychologue Jay Watts soupçonnait dans le Guardian l’industrie de la beauté d’utiliser «une science contestable pour répandre le mythe selon lequel les traitements faciaux vont magiquement estomper la colère».

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