SOS Nigeria
Le Nigeria est un Etat défaillant, et ne semble pas prêt à se pacifier.
Le Nigeria fait peur à ses voisins. Ces craintes ne naissent pas de la puissance du «géant de l'Afrique» —qui compte 150 millions d'habitants, soit un Africain sub-saharien sur cinq, et dont la population pourrait doubler d'ici à 2050. Elles ne sont pas davantage dues au fait que le Nigeria possède les plus importantes réserves pétrolières du continent. Ou encore à ce qu'il est le fief d'un islamisme particulièrement virulent. Même si la secte des «boro haram» a terrorisé jusqu'à la fin juillet les habitants de la région de Maiduguri, ce n'est pas elle qui inspire la peur.
Non, si le Nigeria inquiète, du Bénin au Cameroun en passant par le Niger ou le Sénégal, c'est bien davantage en raison de la faiblesse de son Etat central. La crise des «boro haram» au cours de laquelle près de 1000 personnes auraient trouvé la mort a montré que le gouvernement central ne contrôle pas grand-chose dans la majorité des états de la Fédération. Les Islamistes de «boro haram» faisaient régner la terreur depuis des mois dans le nord-est en toute impunité.
Depuis 2000, la charia a été instaurée dans douze des trente six états de la Fédération sans que les autorités ne réagissent. Alors même que l'imposition de la charia est contraire à la constitution. Et que la moitié des habitants du pays sont chrétiens. Seule l'armée a réussi à rétablir un semblant d'ordre dans le nord-est du Nigeria, mais à quel prix ? Lors de la répression du mouvement «boro haram», les forces de l'ordre se seraient, elles-mêmes, rendues responsables de nombreuses exactions et d'exécutions sommaires. La police a abattu des islamistes qui auraient sans doute dû être jugés pour les crimes commis.
Le delta du Niger, l'extrême sud de ce pays grand comme deux fois la France, échappe tout autant au contrôle de l'Etat central. La guérilla du MEND (mouvement pour l'émancipation du delta du Niger) a réussi à diminuer de moitié les exportations de pétrole du pays. En 2000, le Nigeria procédait à l'extraction de 3 millions de barils par jour. Depuis lors, l'ex-premier producteur de pétrole d'Afrique a été supplanté par l'Angola. Il doit désormais se contenter d'extraire à peine plus d'un million et demi de barils par jour. Officiellement. Car en réalité, une grande partie de la production est exportée illégalement. Avec l'assentiment des rebelles du MEND, mais aussi celui de puissants dirigeants politiques et hommes d'affaires.
Violence inextricable
Au Nigeria, l'état fédéral est loin d'avoir le monopole de la violence légitime. Tout un chacun se sent habilité à en faire usage. Même dans le sud-est, l'ex-Biafra, des milices privées font la loi. Quand une région commence à échapper au contrôle de l'Etat la réaction est tout aussi brutale que disproportionnée. Ainsi lorsque la révolte a commencé à gronder dans le delta du Niger, au début des années quatre vingt dix, les autorités centrales ont refusé de discuter avec les porte-parole des populations mécontentes. Le plus célèbre d'entre eux, Ken Saro Wiwa, écrivain et écologiste, qui voulait défendre le droit de son ethnie (les ogonis) au développement et à la justice a été pendu par le régime militaire de Sani Abacha en novembre 1995. Depuis une décennie, la révolte des peuples du delta du Niger se radicalise. L'insécurité va croissante dans cette région pétrolière qui assure 95 % des rentrées en devises du Nigeria. Outre les sabotages d'oléoducs, les prises d'otages d'expatriés se multiplient depuis une dizaine d'années.
Désormais, même les Nigérians ne se sentent plus à l'abri. Certains d'entre eux, employés par les compagnies pétrolières, préfèrent scolariser leurs enfants dans d'autres régions du Nigeria, de peur des kidnappings. Récemment les rebelles du MEND ont gagné en assurance. Ils ont attaqué des installations pétrolières à Lagos, la capitale économique, à des centaines de kilomètres de leur base. Les Nigérians ont alors compris que la guerre du delta n'était pas un simple concept. Mais qu'elle pouvait les toucher dans leur chair et dans leur vie quotidienne puisque des pénuries d'essence à Lagos ont commencé juste après cette démonstration de force.
L'impasse des négociations
Les rebelles du MEND sont d'autant moins enclins à négocier que depuis quarante ans leur région a été pillée. L'extraction pétrolière a rapporté des centaines de milliards de dollars dont ils n'ont jamais vu la couleur. Leurs villages sont toujours dépourvus d'eau, d'électricité, de routes et d'écoles. Ces peuples de pêcheurs doivent survivre dans une lagune souillée de naphte en mangeant des poissons devenus cancérigènes. Avec sa gestion calamiteuse de cette crise, le gouvernement fédéral a perdu toute légitimité aux yeux des habitants du delta. Et bien souvent du reste du Nigeria. Wolé Soyinka, premier africain prix Nobel de littérature et conscience du Nigeria, a récemment déclaré que le combat du MEND lui semblait justifié.
Les autorités fédérales sont d'autant moins légitimes pour condamner les violences du MEND qu'elles sont elles-mêmes issues d'une suite ininterrompue de coups de force. Depuis son indépendance, acquise en 1960, le pays n'a pas connu «d'élections démocratiques». L'actuel dirigeant, le président Mussa Yar Adua a été élu en 2007 à l'issue d'une énième farce électorale. Comme ses prédécesseurs, il a été coopté par les «hommes forts» de l'armée. Ce «régime militaire» aurait un semblant de légitimité s'il gérait bien les deniers publics ou s'il assurait la sécurité des citoyens. Mais les détournements d'argent se comptent en centaines de milliards de dollars. Quant à la sécurité, le régime ne parvient même pas à assurer celle de ses dignitaires. Un convoi militaire qui transportait en 2003 la fille d'Olusegun Obasanjo, le président en exercice jusqu'en 2007, a été attaqué par des bandits de grand chemin. Bilan, trois morts. Deux ans plus tôt, Bola Ige, ministre de la justice, avait été poignardé à mort à son domicile.
Les Nigérians souffrent bien souvent d'un complexe de supériorité vis-à-vis des autres Africains : ils considèrent leur pays comme les «Etats-Unis» de l'Afrique et veulent exporter leur modèle. De Douala à Dakar en passant par Cotonou, cette perspective ne fait pas rêver grand monde. Loin s'en faut.
Pierre Malet
Image de une: REUTERS/Akintunde Akinleye; des officiers de sécurité nigérians se tenant près de motos brûlées, à Maiduguri dans le Nord du Nigeria, 3 août 2009.
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Mis à jour le 24/01/2011 à 16h09















































Si le Nigeria ne réussit pas rapidement à se démocratiser et à devenir un Etat de droit, les processus de démocratisation dans les autres pays d'Afrique de l'Ouest seront menacés. Ce serait vraiment dommage. Car un petit pays comme le Bénin mêne depuis une quinzaine d'années une belle expérience de démocratisation. Mais que pourra faire ce petit pays en cas de destabilisation totale du Nigeria ? A Cotonou, on dit "quand le Nigeria tousse ses voisins tombent malades".
Le sentiment d'insécurité au Nigeria est lié à deux problèmes (qui sont eux même liés) :
1- Les mouvements rebels, religieux ou criminels qui sévissent un peu partout.
2- l'absence d'Etat (ou du moins de d'hommes d'Etat) digne de ce nom.
Le problème du Delta du Niger est un bon exemple. Le discours officiel très écolo est un alibi. Tout le monde se fout de la situation écologique dans le Delta. Les groupes de bandits du MEND et autres ne sont là que pour maintenir un chaos afin de pemettre aux pontes et autres requins de pouvoir effectuer leur business de pétrole. Environ 1 million de barrils de petrole sortent illegalement du pays chaque jour par des "robinets" officieux (qui polluent plus que les robinets officiels). Ce sacré paquet de pognon entretien la "guerre" et permet à de nombreux "requins" de la zone, du gouvernement (et donc de l'Ouest et du Nord) de s'enrichir.
Donc certains Hommes d'Etat ont intér^t à maintenir ce chaos.
L'arrivée des élections (2011) et le provisionnement d'immenses sommes d'argent pour faire campagne n'incite pas à l'optimisme.
pour faire court
je ne pense pas que la democratie soit la meilleure.
petite precision: la russie n'est pas plus democratique que le Nigéria, encore moins la Chine, la Libye et j'en passe des pays.
Il ne faut pas faire de la democratie un but en soi, il n'y a aucune garantie de resultat.
LE PROBLEME EN AFRIQUE N'EST PAS LA DEMOCRATIE (et je me tue a le redire)
Le probleme est LA BONNE GOUVERNANCE pour reprendre les termes d'Obama.
Pourquoi a votre avis Soyinka declare le combat du MEND justifiable: il y a un puissant desequilibre entre les richesse reelles de l'Afrque et ce que percoivent la population.
Ce desequilibre emane de deux camps
-l'Occident (oui il faut le dire, reconnaissons le)
-les gouvernements totalement corrompus, qui n'ont aucune volonté de resoudre les problemes et sont d'ailleurs a la solde des grandes firmes occidentales.
(je reconnais que cette vision reste neanmoins caricaturale)
la violence se nourrit de la pauvreté, du sentiment d'injustice
et je ne pense vraiment que l'instauration d'une vraie democratie doit etre la premiere des preoccupations.
La bonne gouvernance va pourtant de pair avec la démocratie. S'il n'y a pas de contre pouvoir - par exemple des médias pour dénoncer les corrompus et des électeurs et des juges pour les chasser du pouvoir- il y a rarement bonne gouvernance bien longtemps. Je ne crois pas que la Chine ou la Russie soient des exemples à suivre pour l'Afrique. D'ailleurs, la Russie est elle un pays particulièrement bien géré ? Est-ce le pays de la bonne gouvernance ? Posons la question aux journalistes et aux militants des droits de l'homme récemment assassinés.
L'apocalypse annonce au Nigeria n'ura pas lieu, c'est huile (le petrole) qui lubirifie tous les rouages des tentatives democratiques ou sécessionnistes. Quant a faire passer Saro Wiwa pour un écologiste, pas plus ni moins que Frederic Mitterrand. Ken s'etait autoproclame leader de la lutte Ogonie, sans debat démocratique et ses sbires ont fini par assassiner leurs opposants. Comme les autres...
Le Nigeria a toujours inquiete les francophones en Afrique, et meme les anglophones, qui le suspectent d'hegemonie. Il est vrai que la Presidence Yaradua est bien cahotique, une president malade, qui va officiellement inaugurer des universites en Arabie Seoudite, alors qu'elles ferment dans son pays. En fait, tout le monde sait qu'il va se faire soigner.
Et le Predecent, officiellement general en retraite et eleveur de poulets (elevage) qui n'a jamais eleve le moindre volatile. Le predecent, idem, decede d'une injection de strychnine dans le coeur. Et le precedent, general d'active qui a subtilise la manne petroliere sans jamais etre inquiete, avec la benediction des occidentaux. Et le precedent du predecent, pareil.
J'ai rencontre un fois un groupe de britanniques qui m'ont dit qu'ils etaient en mission pour le compte du gouvernement d'un royaume etranger au Nigeria. Leur mission, convoyer des urnes pleines depuis un aeroport militaire, ceci peu apres le deces soudain du candidat de l'opposition dans sa prison le jour de sa liberation, et le deces prealable du President dans des circonstances scabreuses (propagande) mais en fait assassine dans son lit (Voir plus haut).
Certains pays n'ont pas besoin de declarer la guerre pour piller les ressources naturelles d'un pays .