Culture

Annik Honoré, «l'inspiratrice» de la chanson «Love Will Tear Us Apart» de Joy Division, est morte

Temps de lecture : 2 min

Détail de la pochette du single «Love Will Tear Us Apart» de Joy Division (Factory Records, 1980)
Détail de la pochette du single «Love Will Tear Us Apart» de Joy Division (Factory Records, 1980)

L'histoire du rock a ses héros à l'avant-scène, mais aussi des personnages secondaires dont on retrouve l'empreinte dans les sillons des disques ou les textes des pochettes. Disparue ce 3 juillet, Annik Honoré était de ceux-là: elle avait, résume Le Soir, «fait partie de la mythologie rock, bien malgré elle», en étant, en quelque sorte, «l'inspiratrice» d'un des singles les plus connus de l'histoire du rock, Love Will Tear Us Apart de Joy Division.

En août 1979, cette secrétaire de l'ambassade de Belgique à Londres, qui pige pour un magazine culturel de son pays, voit Joy Division en concert et sollicite une interview du groupe, comme elle l'expliquait en 2010 à l'hebdomadaire Focus:

«Ils sont très aimables, très gentils, flattés qu'un magazine étranger s'intéresse à eux. On écoute Low de Bowie et, peu à peu, tout le monde s'endort, sauf Ian [Curtis, le chanteur du groupe, ndlr] et moi... [...] Je rencontre un être rare, exquis, poli, tout ce que j'aime.»

Également programmatrice de concerts, elle obtient des dates pour le groupe à Bruxelles et finit par louer avec Ian Curtis «une relation complètement pure et platonique, très enfantine, très chaste». Relation qui intervient alors que le chanteur connaît des difficultés avec sa femme, Deborah, triangle amoureux fatal qu'il dessinera dans les quelques lignes de Love Will Tear Us Apart, sorti début 1980.

«You cry out in your sleep
All my failings exposed

And there's a taste in my mouth
As desperation takes hold

Just that something so good just can't function no more.»

Le 18 mai 1980, à la veille d'une tournée américaine et de la sortie d'un second album, Closer, Ian Curtis se pend à l'âge de 23 ans dans sa cuisine de Macclesfield, dans la banlieue de Manchester. Annik Honoré n'assistera pas aux obsèques mais viendra se recueillir devant le corps, comme le racontera en 1995 Deborah Curtis dans ses mémoires Touching From A Distance:

«Même après sa mort, nous nous bousculions pour le posséder, de l'importance, de l'affection.»

En 2007, Annik Honoré avait été incarnée par l'actrice allemande Alexandra Maria Lara dans Control, biopic de Ian Curtis et Joy Division signé du photographe Anton Corbijn. Mais elle souhaitait peu médiatiser son histoire:

«Je répondais que c'était une affaire privée et que Joy Division, c'était des disques.»

Des disques, comme ceux qu'elle avait produits à la tête d'un label pointu et culte, Les Disques du Crépuscule, qu'elle avait fondé avec Michel Duval et qui avait sorti des albums de Durutti Column, des Pale Fountains, de Josef K, de Blaine Reininger de Tuxedomoon... Âgée de 56 ans, Annik Honoré avait deux enfants.

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

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