LGBTQDouble X

Il faut arrêter les toilettes publiques séparées. Parce que c'est vieillot et pas pratique du tout

Ted Trautman, traduit par Anthyme Brancquart, mis à jour le 05.07.2014 à 8 h 14

Pas besoin d'être sensibilisé aux (réelles) problématiques transgenres pour adhérer à cette idée.

Un fan d'Abraham Lincoln, pendant la convention républicaine de Tampa, en Florida, le 28 août 2012. REUTERS/Eric Thayer

Un fan d'Abraham Lincoln, pendant la convention républicaine de Tampa, en Florida, le 28 août 2012. REUTERS/Eric Thayer

On pourrait croire que l’envie d’avoir des toilettes publiques mixtes est un sujet qui n’a d’importance que pour les transgenres –après tout, ce sont eux qui doivent se retenir quand ils craignent d’utiliser les «mauvaises» toilettes.

Mais en tant qu’homme hétéro, ce sujet m’importe à moi aussi, en partie parce que je veux que les transgenres jouissent des mêmes privilèges que moi, mais aussi parce que rien ne m’irrite plus que de voir une énorme file d’attente devant les toilettes des femmes pendant que celles des hommes sont vides, ou inversement. 

Cette insulte à la théorie des files d’attente et au bon sens n’est même jamais plus agaçante que lorsque les toilettes en question ne servent qu’à une personne à la fois. Dans de tels endroits, le concept de «toilettes pour hommes» et de «toilettes pour femmes» est totalement imaginaire; ces toilettes appartiennent à quiconque s’y trouve, même si c’est une philosophie qui n’a pas impressionné les deux femmes âgées qui attendaient que je sorte de «leurs» toilettes dans un fast-food l’été dernier. Cette philosophie n’a pas empêché non plus le directeur de me raccompagner au parking une fois qu’elles lui avaient fait part de l’incident.

Le monde est plein de gens qui vont dans le sens de mes adversaires plus âgées; des gens qui ont récemment défié des mouvements pour la «parité des cabinets» aux universités de Wesleyan et celle d’Amherst, dans le Massachussetts, ainsi que dans des villes comme Washington, où on a autorisé en 2006 les établissements à utiliser le terme unisexe pour faire référence à des toilettes uniques. Un pas de plus a été fait grâce à une campagne sur Twitter encourageant à dénoncer les contrevenants.

Les opposants avancent souvent l’argument que les toilettes unisexes confisquent ces lieux aux hommes et aux femmes pour les donner à la minorité transgenre, alors qu’en réalité tout le monde peut y avoir accès. Mais la loi voit souvent les choses sans ouverture d’esprit: de nombreux Etats américains suivent les règles stipulées par le Uniform Plumbing Code, qui explique que «des toilettes séparées doivent être attribuées à chaque sexe», à l’exception de tous petits établissements, définis selon leur taille ou leur fréquentation. Aux yeux de la loi, un établissement qui aurait deux toilettes unisexes peut être considéré comme n’ayant pas de toilettes du tout, puisque aucun des deux cabinets n’est clairement défini comme étant destiné aux hommes ou aux femmes.

«Protéger les femmes»

Ces lois datent de 1887, selon Terry S.Kogan, professeur de droit à l’université de l’Utah, qui a participé à l’écriture du livre Toilet : Public Restrooms and the Politics of Sharing («Les toilettes: lieux publics et la politique du partage»). Il y a 127 ans, le Massachussetts a adopté la première loi rendant obligatoires les toilettes séparées, et de nombreux Etats ont vite suivi cet exemple. Un grand nombre de ces lois n’ont jamais été modifiées en substance, avec quelques exceptions dans des enclaves progressistes comme Washington DC et San Francisco, ce qui veut dire que les coutumes des Etats-Unis concernant les toilettes sont le reflet d’une frilosité victorienne dont on se moquerait dans d’autres contextes.

Ces lois sont passées à cause d’une convergence de plusieurs mouvements distincts, explique Kogan dans le livre.

La centralisation du travail dans les usines a eu pour conséquence de centraliser les déchets humains sur le lieu de travail, des déchets évacués par une technologie d’évacuation nouvelle qui avait elle-même été conçue pour répondre à une théorie sur les germes et les maladies, déclenchant du même coup une pression pour améliorer la propreté.

La présence de plus en plus forte des femmes dans les usines, et dans la vie publique en général, a déclenché un élan paternaliste pour «protéger» les femmes des dangers du monde hors de leur foyer, ce qui s’est soldé par la création d’un étrange monde parallèle pour les femmes, proche mais séparé de celui des hommes: des salles de lecture pour les femmes dans les bibliothèques, des espaces réservés dans les grands magasins, des entrées séparées dans les bureaux de poste et les banques, ainsi qu’une voiture dédiée dans les trains, placée volontairement à l’arrière, afin que les passagers masculins puissent de façon très galante être les victimes en cas d’accident.

Des espaces réservés aux salons de lecture, il n’y a eu qu’un petit pas à franchir pour en arriver aux toilettes réservées aux femmes, même si Kogan reconnaît que «les raisons qui ont amené les législateurs à penser que séparer les toilettes dans les usines pourrait protéger les femmes ne sont pas claires». Ses recherches suggèrent que la séparation des sexes était vue par les législateurs de l’époque comme une sorte de «remède universel» à l’angoisse sociale de l’époque concernant les femmes qui travaillent.

Les lois qui régissent encore la plupart de nos toilettes publiques sont à la fois très vieilles et très récentes: vieilles parce qu’elles ont été créées dans un contexte à peine reconnaissable pour le citoyen américain d’aujourd’hui, mais récentes dans le sens où le problème des toilettes séparées ne date que d’un peu plus d’un siècle, ce qui n’est qu’une goutte d’eau dans l’histoire de l’humanité.

Quoi qu’il en soit, nous devons nous assurer que nos toilettes publiques servent à tout le monde avant de pouvoir nous en laver les mains –sous un robinet avec détecteur de mouvement, peut-être.

Ted Trautman
Ted Trautman (2 articles)
Journaliste
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