Coupe du monde 2014Sports

Huitièmes de finale de la Coupe du monde: beauté et cruauté du «money time»

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 02.07.2014 à 0 h 42

Tous les premiers de groupe se sont qualifiés. La moyenne de buts a baissé. On s'est ennuyés, alors? Pas du tout.

Lionel Messi lors du huitième de finale de l'Argentine contre la Suisse, le 1er juillet 2014 à Sao Paulo.

Lionel Messi lors du huitième de finale de l'Argentine contre la Suisse, le 1er juillet 2014 à Sao Paulo.

Après l'orgie, le régime allégé. Avec 18 buts seulement en huit matches (dont cinq prolongations, record de la compétition), les huitièmes de finale de la Coupe du monde 2014 ont été les deuxièmes moins prolifiques depuis l'introduction de cette phase lors du Mondial 1986. Et ce, alors que la phase de poules avait elle été la plus fertile, avec 2,83 buts de moyenne.

Seule la Coupe du monde 2006 a fait pire avec 15 buts. Entre 1986 et 2010, la moyenne de cette phase s'est établie à 2,60 buts par match; cette année, à 2,25.

Cela signifie-t-il que ces huitièmes de finale ont été ennuyeux? Pas du tout, et deux stats le mettent en relief. Cette Coupe du monde 2014 est la première ou aucune équipe n'a battu son premier adversaire de la phase éliminatoire par plus de deux buts d'écart. Aucune équipe n'a été surclassée, preuve en est l'énorme défi lancé par le Chili au Brésil (1-1 a.p., 2-3 t.a.b.), qui l'avait battu 3-0 au même stade de la compétition en 2010, ou par l'Algérie à l'Allemagne (1-2 a.p.), dans ce qui serait passé pour une affiche très déséquilibrée avant le 12 juin.

Deuxième preuve: seulement un des huit huitièmes de finale était «joué» avant la 75e minute de jeu, celui opposant la Colombie à l'Uruguay (2-0), éclaboussé par la classe de James Rodriguez. Brésiliens et Costariciens ont dû avoir recours aux tirs au but, les Allemands, les Argentins et les Belges ont fait la décision en prolongation, les Néerlandais ont renversé la situation par miracle dans les dernières minutes tandis que les Français ont accéléré en fin de match après avoir longtemps piétiné. Bref, qu'on se le dise, cette Coupe du monde est celle du money time: dans les Mondiaux précédents, la moitié, voire plus, des qualifiés avaient pris l'avantage avant le dernier quart d'heure du temps réglementaire.

Des performances énormes des gardiens (le Nigérian Enyaema, le Costaricien Navas, l'Algérien M'Bolhi, l'Américain Howard...), peu de buts et peu d'écarts, mais donc des buts importants. Et des non-buts importants: on se souviendra aussi de ces quatre derniers jours du Mondial pour le but refusé d'extrême justesse au Nigeria, le cinq contre deux gâché par la Grèce contre le Costa Rica, les incroyables arrêts de jeu d'Argentine-Suisse (bicyclette du gardien, tête sur le poteau, tir raté de 50 m dans un but déserté...)… et surtout, bien sûr, pour le tir sur la barre du Chilien Pinilla, passé à cinq centimètres près de plonger tout le Brésil dans la dépression.

Un Brésil-Chili assez à l'image de ces huitièmes de finale: pas forcément toujours le summum en termes de qualité footballistique, mais un sommet de tension assez incroyable. Et qui, comme tous les autres huitièmes, se sera achevé par la victoire du favori, l'équipe sortie première de sa poule. Une manière de nous rappeler une fois de plus que la Coupe du monde est un tournoi incertain mais aussi cruel.

Après les buts au premier tour et le suspense au second, il n'aura donc manqué que les surprises. Paradoxe: la Coupe du monde la plus belle et la plus passionnante depuis longtemps nous offre au final, même si c'est aux forceps, une seule vraie surprise dans le grand 8, le Costa Rica. Cette logique exténuée va-t-elle se poursuivre et nous offrir un dernier carré classique Brésil-Allemagne/Pays-Bas-Argentine, ou le balancier repartira-t-il dans le sens inverse pour un exotique carré final Colombie-France/Costa Rica-Belgique?

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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