La guerre entre les journaux et le web
Pour la presse traditionnelle, l'Internet est un parasite qui pille les contenus et ne laisse aucune place à la qualité.
- Un kiosque de journaux Eric Gaillard/Reuters -
L'industrie des journaux et ses alliés ont de nombreux griefs contre le Web. Ils disent que le Web est un parasite, qu'il copie les contenus papier et qu'il vole ses annonceurs. Ils soutiennent que les créateurs du Web ne publieront jamais ces articles de fond si nécessaires à la démocratie, des articles qu'on trouvait dans les journaux avant que le Web n'arrive et ruine le paysage médiatique. Avec une restructuration des lois sur le copyright, ils veulent tenir le Web en laisse. Et ils s'insurgent aussi contre la diminution de la qualité du journalisme poussée par un Web ayant habitué ses lecteurs à une gratuité de l'information.
Qu'importe la pertinence de ces récriminations, ce n'est pas la première fois que des médias installés tiennent des nouveaux pour responsables de la fin du monde. Dans son livre de 1995, extrêmement bien documenté Media at War: Radio's Challenge to the Newspapers, 1924-1939 (La guerre des médias: la radio défie les journaux, 1924-1939), l'universitaire Gwenyth L. Jackaway esquisse un échantillon de plaintes similaires soulevées par les journaux contre la radio, le nouveau média des années 1920 et 1930.
Le parallèle entre les médias d'alors et d'aujourd'hui n'est pas parfait, mais une fois la guerre entre les journaux et la radio passée en revue, on possède ce qu'il faut d'éclairage pour cadrer ce qui aujourd'hui se trame sous la bataille pour les dollars des annonceurs. En cours de route, Jackaway montre que l'industrie des journaux était aussi piteuse dans les années 1930 qu'elle l'est aujourd'hui et laisse entendre que ce conflit moderne pourrait très bien se résoudre tout seul.
Comme le Web aujourd'hui, c'est commercialement que la radio a affaibli les journaux, en perturbant cette identité institutionnelle qu'ils s'étaient échafaudée, écrit Jackaway. Le nouveau média poussait les journalistes et les lecteurs à se demander «Qui est un journaliste? Qu'est-ce qu'une information? Comment ces informations devraient-elle être diffusées? Quelles sont les règles concernant le fond et la forme d'un message informatif acceptable?»
La radio a aussi brisé la structure institutionnelle d'alors qui liait journaux et agences de presse et dont le partenariat déterminait la livraison des informations régionales et nationales. La radio pouvait très facilement contourner les canaux d'informations habituels des journaux en passant directement des agences de presse aux auditeurs. Et, enfin, la radio battait à plate coutures la fonction institutionnelle des journaux avec ses reportages en direct sur n'importe quoi, des manifestations sportives aux conventions politiques, permettant aux auditeurs d'accéder à l'actualité en train de se faire, plutôt que de leur demander d'attendre le lendemain pour prendre connaissance des informations.
Même si elle n'est pas totalement similaire à la gué-guerre entre les journaux et le web, la bataille médiatique des années 1920 et 1930 rappelle certaines des pommes de discorde actuelles. A l'époque, des journaux anti-radio (des journaux qui ne possédaient pas de chaîne de radio) se déchaînaient contre les radios et l'usage qu'elles faisaient, sans autorisation, des dépêches d'agence et des articles papier, de la même façon qu'aujourd'hui l'Associated Press et les éditeurs de journaux s'enragent contre des sites web et des moteurs de recherche tels Google et ce qu'ils considèrent comme le vol de leurs gros titres et de leurs rubriques.
Les journaux avaient le droit de se créer, pour protéger leurs articles, tous les règlements de propriété intellectuelle qu'ils voulaient, mais leur croisade anti-radio se transformait souvent en passage à tabac du nouveau média. Certains journalistes papier et dirigeants de l'industrie déclaraient que le contenu radiophonique était faux, faible, sensationnaliste et trivial, et que ceux qui y travaillaient étaient des amateurs. Quand la radio délivrait des informations pertinentes, ils disaient qu'il s'agissait soit d'un tas de titres rassemblés et trouvés dans un journal, soit d'un article entièrement pillé. Ça vous dit quelque chose?
La critique papier de la radio, à son niveau le plus violent, relevait de ce que Jackaway nomme «la rhétorique sacrée», le premier recours d'un vieux média menacé par un nouveau. Elle écrit: «les journalistes radio, alertaient-ils, étaient une menace contre les idéaux journalistiques d'objectivité, contre les idéaux sociaux de service public, contre les idéaux capitalistes de droits de propriété, et contre les idéaux politiques de démocratie.»
David Simon, reporter du Baltimore Sun devenu scénariste pour Hollywood et d'autres journalistes-détracteurs du Web se fondent aujourd'hui sur une «rhétorique sacrée» comparable, ils nous signalent que, sans les chiens de garde que sont les quotidiens papier, les policiers, les conseils municipaux, les gouvernements fédéraux et la Maison Blanche deviendront fous et que la démocratie tombera.
Jackaway note d'autres exemples de vieux médias cherchant à endiguer des émergents par des lois, des règlements, ou par la force. Quand des journalistes radios voulurent participer aux conférences de presse du Congrès dans les années 1930, les reporters papier leur barrèrent le passage. Ce n'est que lorsque le correspondant Fulton Lewis Jr exigea la création d'une salle de presse radiophonique en 1939 que les journalistes radio accédèrent équitablement au Congrès.
Depuis quelques dizaines d'années, l'industrie musicale entravait les technologies d'enregistrements numériques par des législations qui empêchaient les consommateurs d'en faire des copies. Quand les Baby Bells demandèrent l'autorisation de publier des «pages jaunes électroniques», les journaux s'y opposèrent en alertant le Congrès sur le fait que les compagnies téléphoniques pouvaient s'engager dans «un contrôle de type monopolistique», écrit Jackaway. Les chaînes hertziennes et celles du câble se sont aussi fondées sur une rhétorique sacrée pour conserver leurs parts de marché, comme l'ont fait, dans des circonstances de confrontation comparables, les opérateurs téléphoniques et des réseaux câblés.
Pour Jackaway, ces luttes pour la domination sont autant culturelles que financières. Elle signale que ces guerres médiatiques ne sont pas seulement menées pour conserver des positions économiques mais aussi pour maintenir des schémas de communication traditionnelle et les «profondes structures sociales qui s'y rapportent».
Comment la grande guerre journal contre radio s'est finalement terminée? En un mot, la radio a créé son propre réseau d'agences de presse, y compris son prospère réseau national, Transradio Press, en 1934. La guerre était finie en 1935, écrivait George E. Lott Jr. dans «The Press-Radio War of the 1930s» (Journal of Broadcasting, été 1970), essentiellement parce que les journaux se sont retirés. Il s'en est suivi une période de «paix armée».
Il y a pourtant deux différences majeures entre la guerre radio-journal et la guerre journal-web.
1) Les journaux papier sont bien plus investis dans le Web aujourd'hui qu'ils ne l'étaient alors dans la radio.
2) La majorité des journaux voient le web comme un remplaçant du papier - si ce n'est pas demain ou la semaine prochaine, ce sera certainement lors de la décennie à venir. D'une certaine manière, malgré toute la rhétorique sacrée, le web a bel et bien passé 1935.
Jack Shafer, spécialiste des médias de Slate.com
Traduit par Peggy Sastre
Image de Une: Un kiosque de journaux Eric Gaillard/Reuters
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Les journaux ne font pas la démocratie
Mis à jour le 06/08/2009 à 10h37









































Il est évident avec la montée du Net en France que les publicitaires ciblent le Net comme vecteur plutot que le papier devenu cher en moyenne
Sur le Web ,il y a a boire et à manger mais surtout des sites d'infos anti-sarko,cela fonctionne bien car avec l'indexation de pages de pubs sur les pages de contetestation,cela permet de gagner beaucoup
d'argent,surtout,que maintenant certain site se transforme en "fondation" et si possible domicilié en dehors de la France (Belgique) pour de simple raison fiscale
Il n'existe pas encore en France un vrai média web indépendant de journalisme mais cela devrait venir bientôt
http://www.tvargentine.com
L’information se diffuse à une vitesse folle souvent mêlée à du bruit dont le web n’est pas toujours responsable (cf. la bévue de JP Elkabbach annonçant hâtivement la mort de Pascal Sevran).
Le lecteur doit s’y retrouver souvent dans la confusion mais aussi dans une liberté de ton et une diversité d’opinions qui sont des garants de la liberté d’expression qui est tout de même un pilier de la démocratie (cf. le musèlement d’internet en Iran)
Les journaux (à part peut-être les journaux people à sensation qui se nourrissent de l’avidité des lecteurs pour les ragots où la description détaillée de faits horribles ou scandaleux) auront de plus en plus de mal à faire leur marché sur des scoops qui ont toujours le statut mythique que leur a donnés l’affaire du Watergate.
Déjà la télévision et la radio les avaient largement privées de cette ressource. Internet ne fait que leur donner le coup de grâce même si le bruit est nettement supérieur sur Internet que sur les autres médias.
Il reste la valeur de la réflexion et de l’explication. Il reste que le journaliste du web, le vrai (pas le blogueur plus ou moins talentueux qui joue le Mozart de l’information sans connaître la musique) peut truffer son article de références, de vidéos, de photos, d’infographies qui donnent à celui-ci une force que l’on pourrait presque qualifiée de fractale.
Le vrai combat ne se fait pas sur le véhicule qui transporte l’information mais plus sur le sérieux, la déontologie et le savoir faire du journaliste y compris la qualité de son écriture. Les journalistes ne peuvent pas se contenter de décrire des faits largement repris sur tous les médias, web compris mais pas seulement.
Le Web ne tue pas le journalisme, il l’oblige à se réinventer aussi profondément que l’imprimerie a bouleversé la diffusion du savoir.
Ceux qui le comprennent ont le bénéfice de la richesse nouvelle de ce médias.
Enfin de compte, c'est marrant: je ne lis plus trop la presse papier parce que la presse "web" est plus pratique et plus riche. Avec Google actualités, par exemple, on a accès à pleins d'articles de divers points de vue, sur un même sujet, et c'est intéressant. Comparer la même info relayée par Libération ou le Figaro donne même parfois l'impression que ce n'est pas vraiment le même évènement. C'est ce service qu'apporte Google Actualité, ou Google Reader au sens large : gérer des sources d'information plurielles, en fonction de la pertinence de chaque source pour un type d'information, ce qui n'est pas vraiment une concurrence, finalement. Premier point, que la presse "traditionnelle" n'a pas vraiment compris.
En fait, plus je lis les sites web des grandes marques de la presse (Figaro, Libération, Le Point, L'Express, Nouvel Observateur, etc...) plus j'ai l'impression que l'information de mauvaise qualité sur le web, c'est eux qui la diffusent. Mauvais copier coller, fautes de grammaires et d'orthographe, voire de synthaxe... A vouloir faire une sorte de flux d'information en temps réel, j'ai l'impression qu'ils oublient de faire relire le contenu par quelqu'un qui sait écriren avant de le publier. Et après, on s'étonne que les gens n'aient plus trop envie de s'informer par ces grandes marques, et que l'on voit émerger une information alternative, par des sites plus spécialisés ou des blogs tenus par des spécialistes.e
Je ne veux pas me fâcher avec les journalistes de Slate en particulier puisqu'ils ne sont pas vraiment concernés, mais plutôt avec les autres en général. Mais mine de rien, quand on prend l'information sur le blog d'un spécialiste, elle est souvent plus précise, pointue (parfois trop, il est vrai) que la même info écrite par un journaliste, qui lui a trop vouloir vulgariser, à vouloir aller, en arrive à désinformer ses lecteurs. Exemple: j'ai lu dans un article du Nouvel Obs consacré à l'économie du libre qu'Open Office est la version gratuite de Microsoft Office... Ca ne fait pas très sérieux.
C'est avec plaisir que je prend le temps de découvrir Slate plus en profondeur pendant mes vacances. Vous apportez des articles complets, structurés, de sources variées. Et cela fait plaisir: enfin un vrai journalisme sur le web. Je vous souhaite pour cela beaucoup de succès.
Le pouvoir politique a poussé la presse papier dans la nomenklatura proche des pouvoirs et si un journaliste souhaite écrire un article de fond sur son propre "patron" quel sera son avenir ????? (exemple article sur M. Arnaud ou M. DASSAULT mais également des articles de fond sur certaines dérives politico financières )
Le LICENCIEMENT du rédacteur en chef de Paris Match (même si ce magazine est people) pour avoir publié des photos sur l'ex Mme Sarkosy montre que la presse écrite pour une large partie est à la botte des décideurs du pays, pour ne pas être de reste idem pour la période de M. Miterrand. Quelques indépendants, pour l'instant car la gauche n'est pas au pouvoir, Libé et pour sa "grande gueule "Marianne et bien sur le plus intéressant le Canard Enchaîné et j'accepte certaines dérives compensées par des affaires indignes d'un pays dit démocrtatique et non populaire.
La presse locale: par mon job j'ai travaillé dans quelques dizaines de pays "nommés" démocratiques et souvent populaires et lorsque je lis la presse régionale de notre pays je voyage en même temps dans ces pays vis à vis de la classe politique locale et que dire des investigations financières locales double zéro pauvre presse. Elle garde une forme de pouvoir sur les plus anciens ou les sportifs que je respectent mais elle connaîtra rapidement son déclin car la jeunesse la boude.
Pour l'instant la presse Web à l'avantage de pouvoir être indépendante même si parfois on sent une touche de couleur politique mais cela reste acceptable car les internautes peuvent commenter.
Merci à cette presse encore LIBRE et plus particulièrement à Slate qui nous permet de lire des articles intéressants et pas automatiquement sur l'événement qui fait la Une de la presse écrite, de converser avec bon nombre de journalistes du site. Je pense que Slate devrait demander aux politiques de commenter les remarques des internautes car pour l'instant ILS UTILISENT LE SITE à sens unique et bloque une partie de la Démocratie c'est à dire la réponse aux citoyens.
Merci Messieurs et si parfois les commentaires sont "désagréables" ils sont le reflet de la démocratie et de l'échange bien utile pour les 2 partenaires que nous sommes.
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que l'information est beaucoup plus riche et rapide sur le web que dans les journaux ou radios....D'ailleurs les journalistes font maintenant comme tout le monde: ils s'informent des dernières nouveautés sur le web (blogs, twitter), puis, quand ils estiment l'information suffisamment importante (au vue des contenus web, fréquence et commentaires compris), ils publient sur papier.
Tout ceci pourrait être très bien (puisque le magazine se chargerait alors de faire le tri pour nous) , sauf qu'en matière de nouvelles technologies, j'observe souvent un décalage d'environ 6 mois entre le moment où je trouve une information toute fraiche sur internet et celui où je peux la lire dans un magazine.
Moralité: j'ai de moins en moins envie de dépenser de l'argent pour une info réchauffée, que je peux obtenir par ailleurs gratuitement et de manière plus "sincère". Oui parce-que c'est un peu comme si les journalistes étaient des espèces de rois enfermés dans une tour d'or inaccessible, là où le web est truffé d'humains, d'infos et d'échanges spontanés.
Je crois qu'il est nécessaire que les rédactions prennent le pli aussi, se mettent à la mode, s'humanisent et se webonisent, sinon je ne vois pas comment, sur quel modèle économique ils vont pouvoir se baser pour subsister au tsunami technologique qui arrive...
Un magazine papier, c'est fabuleux, irremplacable en vacances, un allié précieux dans le train, un somnifère excellent quelques minutes avant de s'endormir, un tue-l'ennui merveilleux à la terrasse d'un café un jeudi après-midi...Il y a des images, ca sent bon, c'est reposant...Mais le contenu est souvent - je m'excuse - dépassé. C'est trop dommage.