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La France dans 10 ans: une jeunesse ouverte sur le monde

Nicolas Charles et Quentin Delpech, mis à jour le 02.07.2014 à 11 h 36

Une tribune de deux chargés de mission de France Stratégie, qui a remis son rapport sur l'avenir de la France.

REUTERS/Desmond Boylan

REUTERS/Desmond Boylan

Promouvoir la mobilité internationale des jeunes vise à faciliter leur insertion professionnelle. C’est aussi un enjeu majeur de notre stratégie d’enseignement supérieur. Dans le rapport «Quelle France dans 10 ans», publié par France Stratégie, c’est un élément de l’objectif d’une société décloisonnée et ouverte sur le monde. 

Etudier à l’étranger, une chance pour les jeunes et pour leur pays d’origine

Aujourd’hui, l’internationalisation des cursus de formation est au cœur des stratégies d’enseignement supérieur des pays les plus avancés. Ce souci d’internationalisation répond à l’impératif de mieux préparer les étudiants à un environnement social où l’international prend une importance toujours plus grande. Les entreprises cherchent en effet de plus en plus à recruter des jeunes capables de se mouvoir dans des environnements professionnels internationaux où les compétences multiculturelles et linguistiques sont déterminantes. C’est aussi une manière de favoriser l’ouverture d’esprit par la confrontation à d’autres cultures.

La mobilité internationale vers l’étranger constitue une modalité centrale de ce processus d’internationalisation. Loin d’incarner la fuite des talents, elle est une source d’enrichissement pour l’économie et pour la société dans son ensemble.  De nombreux pays se sont fixés des objectifs dans ce domaine. Parmi les plus ambitieux, par exemple, le plan stratégique du Danemark sur l’enseignement supérieur vise, d’ici 2020, à atteindre un objectif de 50% de ses diplômés avec une expérience d’études ou de stage à l’étranger.

D'ici 10 ans, doubler le nombre de jeunes français partant à l’étranger pendant leurs études

En France, la formation des jeunes inclut de plus en plus fréquemment un séjour à l’étranger, soit dans un établissement de formation, soit dans le cadre d’un stage. Aujourd’hui, 1 jeune sur 10 qui achève son cursus de  formation initiale a effectué un séjour à l’étranger dans le cadre de ses études. Parmi les diplômés du supérieur, les Français sont particulièrement mobiles. Selon les chiffres de l’Unesco, plus de 62.500 Français étudiaient à l’étranger en 2012 en vue d’obtenir un diplôme, sans compter les  étudiants en échange Erasmus qui étaient 35.000 en 2012. Ces effectifs sont proches de ceux des étudiants américains partis étudier hors de leurs frontières, pour un système d’enseignement supérieur huit fois plus important en effectifs. La France reste néanmoins loin derrière l’Allemagne où 92.000 étudiants nationaux étaient à l’étranger selon les chiffres de 2009.

De plus, l’accès à un séjour à l’étranger reste inégal en France. D’une part, parmi les diplômés du supérieur, les filières donnent diversement accès à de telles opportunités. Ainsi, les étudiants en école de commerce partent cinq fois plus fréquemment en séjour à l’étranger que les diplômés d’IUT. D’autre part, les jeunes sortis de formation initiale avant les études supérieures n’ont guère accès à des dispositifs, à la fois parce que leur période de formation est plus restreinte et que se cumulent pour eux des inégalités scolaires et socio-économiques.

Dans son rapport «Quelle France dans 10 ans?», France Stratégie propose ainsi un objectif de doublement du nombre de jeunes français séjournant à l’étranger dans le cadre de leur cursus. Un des leviers pour favoriser la mobilité du plus grand nombre d’étudiants consisterait à permettre aux jeunes français qui étudient à l’étranger de continuer à percevoir leur bourse sur critères sociaux. Une autre façon de répondre au caractère inégalitaire de la mobilité internationale serait de développer l’internationalisation des cursus de formation en France: poursuivre le recrutement d’enseignants-chercheurs étrangers, développer les formations dispensées en langue étrangère, favoriser les interactions entre étudiants français et étrangers... Cela permettra d’ouvrir plus largement le processus d’internationalisation à ceux qui aujourd’hui n’y ont pas suffisamment accès pour en faire un atout au moment de l’insertion sur le marché du travail.

Doubler le taux de jeunes français ayant séjourné à l’étranger dans le cadre de leurs études

Le départ des étudiants français en mobilité ne doit pas être perçu comme pas un risque, mais comme une chance, tant cette démarche est riche de points positifs, pour l’individu et pour la société, aux niveaux socio-culturel et économique. Pourtant, pour les jeunes, partir est un risque car la pression sociale qui pèse aujourd’hui sur eux pour trouver leur place sur le marché du travail, en lien avec l’importance accordée au diplôme initial en France, ne les incite guère à partir en dehors d’un cursus bien balisé. En comparaison internationale, les jeunes français partent d’ailleurs assez peu avant les études ou une fois diplômés. L’enjeu n’est ainsi pas seulement de développer des opportunités pour tous pendant le seul temps des études, mais également de veiller à une moindre linéarité des parcours de formation. Cela signifie de donner une plus grande souplesse à l’organisation du temps des études (développement d’années sabbatiques, reconnaissance du temps partiel...) et notamment une possibilité réelle de retour en formation continue.

Le rapport Quelle France dans 10 ans? les chantiers de la décennie est disponible chez Fayard et en téléchargement.

 

Nicolas Charles
Nicolas Charles (1 article)
Chargé de mission, France Stratégie
Quentin Delpech
Quentin Delpech (1 article)
Chargé de mission, France Stratégie
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