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Le réseau social Orkut ferme et devient un mémorial de l’Internet brésilien

Mathilde Dorcadie, mis à jour le 01.07.2014 à 16 h 26

Facebook a eu raison de cette filiale de Google, qui n’a jamais vraiment réussi à s’imposer dans l'univers des réseaux sociaux.

Un profil Orkut par webmove | FlickR licence cc by

Un profil Orkut par webmove | FlickR licence cc by

Son existence était menacée. Son arrêt de mort est désormais signé. Quelques mois après avoir fêté ses dix ans, le réseau social Orkut va disparaître après une longue agonie. La concurrence de Facebook a eu raison de cette filiale de Google, qui n’a jamais réussi à s’imposer. Au Brésil, seul pays où Orkut était réellement populaire, une page se tourne.

«Tchau Orkut», écrit Paulo Golgher, directeur technique chez Google, le 30 juin sur le blog officiel du site. «Tchau», adieu en portugais. On ferme boutique! «Nous nous excusons auprès de ceux qui utilisent encore activement ce service», écrit-il. C’est officiel,  à partir du 30 septembre 2014, les utilisateurs ne pourront plus interagir au sein du réseau social. Seules les pages des communautés seront archivées, tandis qu’une option permettra de faire migrer son profil vers Google+.

Porte d’entrée d'Internet au Brésil

Après cette annonce presque attendue, le hastag #RIPorkut s’est propagé rapidement sur Twitter au Brésil. Même si le réseau n’est plus aussi influent dans le pays, il a marqué localement l’histoire du web. «Orkut a été LE réseau social des Brésiliens et son importance a été si grande pour l’initiation des internautes dans le pays que certains spécialistes, ainsi que Google, ont considéré que le site a été la porte d’entrée de l’Internet pour de nombreuses personnes», peut-on lire sur la page d’Olhar Digital, un média spécialisé dans les nouvelles technologies.

Son nom étrange vient de celui de son créateur Orkut Büyükkökten, originaire de Turquie. Le projet né dans la tête de cet étudiant de Standford, embauché ensuite par Google, est lancé en janvier 2004. Le mois suivant, un autre étudiant nommé Mark Zuckerberg lance «The Face Book», alors encore cantonné à l’université de Harvard.

La version portugaise d’Orkut est disponible dès avril 2005. A cette époque, c’est Myspace qui domine largement l’univers du web 2.0. A l’origine, le site s’apparente plus à un forum, où l’on laisse des témoignages. Les «communautés» d’intérêts, comme le futebol, attirent l’essentiel de l’activité des «orkuteiros». Avec plus de 4 millions d’abonnés, la page «J’aime ma maman» («Eu quero minha mãe») se dispute la première place en 2008 avec «Je déteste me lever tôt». Cependant, les pages à caractère raciste ou discriminatoire gangrènent assez vite le réseau.

Pionner du 2.0

Certaines fonctionnalités sont assez similaires à celles de Facebook. Le premier à  introduire la reconnaissance faciale est Orkut. Les profils y sont aussi plus personnalisables (couleurs, avatars…) et on peut non seulement y faire des «pokes», mais aussi embrasser, prendre dans ses bras et donner à ses amis des cadeaux ou une «tape sur les fesses».

A son apogée en 2008, 40 millions de Brésiliens (2/3 des profils) se connectent régulièrement au site. Les pages en anglais sont dix fois moins nombreuses que celles en portugais. Orkut n’est désormais plus administré au niveau mondial en Californie mais à Belo Horizonte, du moins, pour les affaires courantes.

L’histoire du réseau au cercle rose a aussi été entachée par des problèmes avec la Justice. Le Ministère public brésilien s’est heurté plusieurs fois au géant du Web concernant des affaires criminelles, principalement de pédophilie. Google, qui refusait dans un premier temps de fournir des informations sur les utilisateurs d’Orkut a ainsi été attaqué pour «obstruction» au travail d’enquête. En Inde et dans plusieurs pays du Golfe, ainsi qu’en Iran, où Orkut avait commencé à percer, des polémiques et des appels aux boycotts ont été lancés à propos de pages controversées, parlant de sujets délicats, comme l’alcool, le sexe, la politique…

Polémiques et perte d’influence

2011 est l’année du tournant. L’Inde, le second utilisateur historique du réseau (jusqu’à 20% d’inscrits), se détourne massivement  du site. En avril, un peu plus de 50% des internautes brésiliens préfèrent encore échanger sur Orkut, mais  le temps passé sur d’autres réseaux tels que Facebook, Twitter, Youtube et Ask.fm augmente déjà. Début 2012, Facebook dépasse Orkut au Brésil. La chute vertigineuse de la fréquentation se poursuit jusqu’à la mi-2013 : Orkut passe alors sous la barre des 2% de visites régulières. Il reste actuellement entre cinq et six millions d’utilisateurs actifs.

A l’approche de son dixième anniversaire en janvier 2014, la fin semblait donc inévitable. Depuis 2013, Orkut n’a connu aucune mise à jour, ni nouvel investissement. Paulo Golgher explique le choix de Google par le fait que Youtube, Blogger et Google+ sont des communautés bien plus actives désormais:

«C’est pourquoi nous avons décidé de dire adieu à Orkut et de concentrer nos énergies et nos ressources vers ces autres plateformes.»

Figé dans le temps, un mémorial de l’Internet brésilien

Les 10 années d’activité des communautés seront toutefois préservées telles quelles en une sorte de «mémorial» de l’Internet brésilien. Sur Twitter, les internautes sont partagés entre la nostalgie et le refus. Il y a ceux qui se rappellent l’époque où ils ont découvert la vie sociale virtuelle «au temps d’Orkut» (#NoTempoDoOrkut sur Twitter) et les meilleures/pires communautés ; et ceux qui demandent à Google de ne pas fermer leur site préféré, dans une pétition sur Avaaz. Ces derniers ont malheureusement peu de chances d’être entendus, comme en témoigne l’échec des défenseurs de Google Reader en leur temps.

Mathilde Dorcadie
Mathilde Dorcadie (11 articles)
Journaliste
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