Parents & enfantsDouble X

Elle convoque les princesses Disney pour aider les mineurs victimes de viols à parler

Nadia Daam, mis à jour le 03.07.2014 à 15 h 33

Une artiste américaine s'est servie de l'imagerie enfantine pour lever un tabou sur les violences sexuelles faites aux mineurs et inciter les victimes à raconter leur histoire.

Le détournement de personnages Disney est devenu un genre en soi. Parfois, ces parodies ne servent qu'à faire rire ou ricaner. Et c'est plutôt réussi dans le cas de la série Game of Thrones version Disney ou dans la cruelle et jouissive séquence où les héroïnes se font littéralement exploser.

Mais de plus en plus souvent, ces parodies se font militantes. L'artiste Alexandro Palombo avait par exemple mis les princesses en situation de handicap en les dessinant dans un fauteuil, avec des béquilles ou munies d'une prothèse de jambe, afin de dénoncer la discrimination et le peu de visibilité des handicapés.

En février dernier, l'artiste américaine Saint Hoax avait a son tour détourné les images du dessin animé Aladin pour «évoquer la situation au Moyen-Orient».

Et une expérience récente vient de pousser la même artiste à utiliser à nouveau l'imagerie Disney pour évoquer un autre sujet grave. La série s'appelle The Princest diaries et si les images ne sont pas à proprement parler violentes comme le souligne The Daily Dot, elles ne sont pas moins dérangeantes.

On y voit les héroines se faire embrasser à pleine bouche par leur père, à l'évidence, contre leur gré. Les images sont à chaque fois assorties de la phrase suivante:

«46% des mineurs victimes de viol l'ont été par un membre de leur famille. Il n'est jamais trop tard pour signaler cette agression.»

Cette série lui a été inspirée par une discussion avec l'une des ses amies proches qui lui a révélé avoir été sexuellement abusée par son père à l'âge de 7 ans.

«Cette histoire m'a choquée au plus profond de mon coeur. En tant qu'artiste et activiste, j'ai décidé de faire la lumière sur ce phénomène, mais d'une nouvelle manière.»

Elle explique le choix des princesses Disney par le fait qu'il s'agit «d'un langage visuel qui va nécessairement attirer la cible» visée par cette campagne.

En utilisant des références qui leurs sont familières, Saint Hoax a choisi de se mettre à hauteur d'enfant. Elle reprend les mêmes codes qu'une campagne d'une association espagnole luttant contre les les violences faites aux enfants qui avait choisi elle aussi de leur adresser un message explicite.

La publicité n'était visible qu'aux personnes mesurant moins d'1,35m.

L'une comme l'autre de ces campagnes cherchent à établir un rapport de connivence avec l'enfant, l'engageant ainsi à se défaire de son lourd secret.

Quel chiffre pour la France?

Le chiffre évoqué de 46% évoqué par les visuels fait référence à une étude menée par le département de la Justice américain qui date de 1992 et qui a été en partie menée sur les enfants de moins de 12 ans. Saint Hoax aurait tout autant pu évoquer cet autre chiffre encore plus récent: un rapport de 2000 émanant du Bureau américain de la Justice a en effet révélé que 34,2% des agressions sexuelles de mineurs ont été commis par des membres de la famille, et 58,7% des victimes mineures sont attaquées par une connaissance.

En France, il est beaucoup plus difficile d'obtenir des chiffres aussi clairs. En l'absence d'un observatoire consacré aux violences sexuelles intra-familiales faites aux mineures, on ne peut que collecter et mettre en rapport les différentes statistiques fournies par les autres observatoires, centres d'études ou ministères. Ces données sont rares et peu récentes. Il est donc difficile d'obtenir un seul et unique chiffre qui ferait un slogan aussi efficace que la campagne américaine de Saint Hoax. Néanmoins, il est possible de dresser un tableau relativement complet et parlant à partir des chiffres dont on dispose.

Sur les différents sites d'aides aux victimes, on lit fréquemment que «plus de 50% des mineurs victimes d'abus sexuels le sont par un proche» sans que ce chiffre soit sourcé ou plus précis. Pour autant, des statistiques plus officielles rendent bien compte de la gravité du phénomène.

26% des Français connaissent au moins une personne victime d’inceste dans leur entourage et 3% des Français déclarent avoir été victimes d’inceste –5% des femmes et 1% des hommes (enquête IPSOS-AIVI, 2009)

En France, les cas d’inceste constituent 20% des procès d’assises et représentent 75% des situations d’agressions sexuelles sur enfants (source: ministère de la Santé)

72% des auteurs de violences sexuelles sur mineurs signalés sont des personnes appartenant à la famille (Service national d'accueil téléphonique pour l'enfance maltraitée)

Il convient ici de rappeler que ces chiffres ne font référence qu'aux affaires signalées et n'incluent en aucun cas toutes les affaires qui n'ont jamais fait l'objet d'un signalement ou d'un dépot de plainte. Peu de victimes font cette démarche pour différentes raisons (peur des représailles, méconnaissance du système judiciaires...). Mais aussi, dans bien des cas, parce qu'en France le délai de prescription pouvait constituer un frein au signalement tardif d'une agression sexuelle. En mai 2014, le Sénat a porté à trente ans le délai de prescription pour les affaires de viol. Jusqu'à présent, ce délai courait à partir des 18 ans de la victime et n'excédait pas vingt ans. De fait, il ne prenait pas en compte l'amnésie post-agression et/ou le décalage entre l'agression et la prise de conscience de la victime.

Nadia Daam
Nadia Daam (199 articles)
Journaliste
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