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La pause hydratation, l'arrivée des temps morts tactiques dans le football?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 01.07.2014 à 18 h 46

S'il fait chaud pendant le match France-Nigéria, ce pourrait être un bon point pour Deschamps.

Le sélectionneur des Pays-Bas Louis van Gaal avec ses joueurs pendant la pause de rafraichissement lors du match face au Mexique le 29 juin 2014 à Fortaleza, REUTERS/Mike Blake

Le sélectionneur des Pays-Bas Louis van Gaal avec ses joueurs pendant la pause de rafraichissement lors du match face au Mexique le 29 juin 2014 à Fortaleza, REUTERS/Mike Blake

Quelque chose d'inédit dans l'histoire de la Coupe du monde s'est produit dimanche 29 juin lors du huitième de finale entre le Mexique et les Pays-Bas à Fortaleza. Pour la première fois, l'arbitre a arrêté le match, une fois trois minutes lors de chaque mi-temps, pour permettre à tous les joueurs de s'hydrater (des pauses informelles à cet effet ont déjà eu lieu dans l'histoire de la compétition, comme lors du match entre les Etats-Unis et le Portugal à Manaus où l'arbitre avait laissé du temps aux joueurs de manière informelle pendant un arrêt de jeu pour qu'ils s'hydratent).

La Fifa, qui était plutôt réticente à l'idée,  a été contrainte de prévoir cette innovation à la suite de la décision d'un tribunal du travail brésilien visant à protéger la santé des joueurs face aux fortes chaleurs sous lesquelles certains matchs se jouent au Brésil. Les pauses sont recommandées dès que la température dépasse les 32 degrés dans le stade. C'était donc le cas à Fortaleza dimanche, où même les téléspectateurs pouvaient se rendre compte de la chaleur: les parties des tribunes qui n'étaient pas protégées par le toit du stade étaient désertées par les fans, réfugiés dans les gradins ombragés.

Cette première a aussi créé un deuxième précédent dans l'histoire du Mondial: le premier temps-mort tactique en cours de match.

Au football, le seul moment où l'entraîneur a la possibilité de s'adresser à toute son équipe après le début d'un match est à la mi-temps, dans le vestiaire. Quand les joueurs sont sur le terrain, il crie ses consignes depuis son banc de touche, et n'est entendu que par les joueurs les plus proches de lui, souvent les arrières latéraux. Il peut aussi profiter de certains arrêts de jeu pour s'adresser à un ou plusieurs joueurs, qui peuvent ensuite faire passer ses messages au reste de l'équipe.

Mais ce qui s'est passé pendant la pause rafraîchissement de la seconde mi-temps à Fortaleza est bien inédit: à la manière d'un entraîneur de basketball pendant un temps mort, Louis van Gaal s'est mis au milieu de ses joueurs en cercle et leur a détaillé la nouvelle stratégie de l'équipe, alors menée 1 à 0. Après le match, il a confié:

«Je suis passé à mon plan B au moment de la pause hydratation, mais c'est une manière intelligente de profiter de cette pause. [...] J'ai pu le dire à tout le monde.»

A la 76e minute, Van Gaal fait entrer Huntelaar à la place de Van Persie. La pause lui a permis peu après d'insister sur le fameux plan B:

Je suis passé à mon plan B au moment de la pause hydratation

Louis van Gaal

«Je savais que nous allions avoir cette pause d'hydratation. Nous nous sommes entraînés pour ça avec Huntelaar et Dirk Kuyt devant et de longs ballons en profondeur.»

Quelques minutes plus tard, les Pays-Bas marquaient deux buts coup sur coup pour se qualifier.

Bien sûr, le plan B était prémédité, et aurait été mis en place avec ou sans pause. L'entraîneur mexicain a lui aussi eu la possibilité de parler tactique avec ses hommes. Il n'empêche, cette pause tactique est une première majeure dans l'histoire du football, comme l'a souligné le journaliste d'ESPN Grant Wahl:

Une première qui n'a pas manqué de déclencher des débats passionnés chez les observateurs. S'agit-il d'un dangereux premier pas vers l'instauration de temps morts que les entraîneurs pourraient eux-mêmes demander, à l'image du basketball, et qui permettraient aux chaînes de télévision de passer des pages de publicité supplémentaires? Faut-il obliger les joueurs à rester sur le terrain pendant ces pauses et à ne pas s'approcher de leur banc pour qu'il n'y ait pas d'échanges avec l'entraîneur?

Une partie de ces questions sont sans doute un tout petit peu trop alarmistes, et l'on peut aussi voir cette discussion tactique comme un prolongement des nombreuses interactions, certes moins efficaces, que l'entraîneur peut avoir avec ses joueurs pendant un match.

Et puis, les grandes équipes n'ont pas besoin de pauses tactiques, ni même de leur entraîneur, pour se réorganiser. Dans le livre La Face cachée de Didier Deschamps, l'actuel sélectionneur des Bleus raconte à propos de la finale de la Coupe du monde 1998 (via FranceTV Info):

«A vingt minutes de la fin, quand Marcel Desailly a été expulsé, j'ai replacé Emmanuel Petit en défense centrale et décalé Zidane sur le côté gauche. Je l'ai fait tout de suite, sans attendre que l'entraîneur intervienne. Après, il aurait peut-être été trop tard.»

L'équipe de France actuelle, jeune et inexpérimentée, n'a pas de Didier Deschamps sur le terrain. Il est sur le banc de touche, et en l'absence de patron indiscutable sur le terrain comme il l'a été, l'ancien capitaine des Bleus serait sans doute très heureux de pouvoir compter sur des pauses d'hydratation «tactiques» pendant le match contre l’Allemagne vendredi à Rio (où un pic de chaleur à 32°C est pour l’instant annoncé) si les choses ne tournent pas comme prévu.

Grégoire Fleurot
Grégoire Fleurot (799 articles)
Journaliste
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