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ABCD de l'égalité: comment gâcher une idée intéressante (et ne pas parler de l'essentiel)

Une écolière dans un supermarché à Nice,  le 23 août 2012. REUTERS/Eric Gaillard.

Une écolière dans un supermarché à Nice, le 23 août 2012. REUTERS/Eric Gaillard.

Cette expérimentation qui vise à lutter contre les inégalités filles-garçons ne sera pas généralisée. Plutôt que de multiplier les coups thématiques, et de perdre du temps à parler de changements qui ne viendront pas, ou pas vraiment s’ils rencontrent trop d’opposition, pourquoi ne pas se concentrer sur réussite nécessaire de TOUS les enfants?

«Les ABCD de l'égalité dans leur forme actuelle ne seront ni généralisés ni reconduits», c’est ce qu’a affirmé l’entourage de Benoît Hamon au Monde samedi 28 juin. Et c’est devenu un des gros sujets de ce week-end.

J’ai interviewé le ministre dans l’émission Rue des écoles sur France Culture mercredi et il m’avait alors dit que l’égalité Hommes / Femmes  (et non les ABCD tel quels) seraient présents dans le socle (en gros les programmes) et la formation des enseignants. L’abandon du dispositif n’était pas clairement énoncé à ce moment-là et une déclaration commune avec Najat Vallaud-Belkacem était prévue pour début juillet. Elle aura lieu le lundi 30 juin.

Et après tout, pourquoi pas? Sur le fond, ce n’est pas si choquant. Vraiment pas. La question de l’égalité hommes / femmes, des stéréotypes de genre peut (et surtout doit) s’aborder dans les programmes, qu’on parle de littérature, d’histoire ou de sciences. L’intégrer aux programmes oui, c’est une bonne idée: continuons de parler de Mme de Lafayette, parlons d’Olympe de Gouge, des suffragettes, de Marie Curie, parlons des l’inégalités dans l’éducation et l’orientation scolaire, parlons des inégalités salariales qui sévissent aujourd’hui aux dépens des femmes, parlons des mères célibataires, parlons de la réalité.

Les ABCD de l’égalité sont des modules pédagogiques intéressants et efficaces, ce sont ceux qui les ont utilisés qui le disent… Mais ils ne font que mettre en acte le vrai programme de l’école: Liberté, égalité, fraternité. Au fond ce doit être parce que cette devise ne plaît pas à Farida Belghoul qu’elle a déscolarisé ses enfants.

Mais bien sûr, si les ABCD sont abandonnés car c’est le chiffon rouge qu'agite une bande de réactionnaires unis pour l’occasion, c’est aussi un énorme problème. Aujourd’hui, Farida Belghoul et ses amis de Civitas crient victoire, y compris au nom des mères de France (je suis une mère de France mais non, non, merci mais ce n’est pas une victoire pour moi).

Ce que nous pouvons retenir de cette histoire? Le ministère lance un dispositif à grand renfort de com’ avec un scénario bien rodé: une du Parisien, reportages à la télé, spécialistes tous azimuts interviewés dans les magazines. Cela permet aussi à l’Éducation nationale et à son ministre d’occuper le terrain et d’affirmer qu’ils poursuivent des actions positives pour l’école, bref d’avoir des choses à raconter.

Mais si l’idée en question se révèle comme plutôt «problémogène», après tout pourquoi continuer? Ce que révèlerait l’abandon des ABCD c’est l’absence de conviction profonde, l’aspect gadget de l’expérimentation et pose la question du réel respect pour ces idées de ceux qui les portent.

Et, au final, et surtout, cet abandon affaiblit l’idée que le sujet est réellement important. Et fait passer le message totalement inverse de celui soutenu au départ. Le ratage est donc total.

Succession de plans de com'

Aujourd’hui, Benoit Hamon lance une réflexion sur l’évaluation et l’abandon des notes jusqu’à la fin du collège. Avec le plan com’ habituel décrit ci-dessus: Une du Parisien et tout ce qui suit… Comme prévu, les oppositions ont commencé à se faire entendre: pétition de l’UNI-enseignants, syndicat classé franchement à droite, gros doutes émis par le syndicat SNALC, deuxième syndicat dans le second degré.

Alors soit, l’évaluation par compétences a du sens, j’ai rencontré beaucoup d’enseignants qui pensent qu’elle peut aider des élèves à progresser. Mais ne risque-t-on pas, une fois encore, de perdre du temps à parler de changements qui ne viendront pas, ou pas vraiment s’ils rencontrent trop d’opposition? Des sujets, dont la fonction est aussi, est surtout au fond, de remplir l’agenda de communication du ministre?  

Pendant ce temps, environ 20% des élèves qui sortent de CM2 ne maîtrisent pas suffisamment la lecture et les mathématiques pour suivre convenablement au collège. Et l’école française, de la maternelle à la terminale, reproduit les inégalités sociales mieux que n’importe où dans le monde.

Alors bien sûr l’école peut et doit agir sur les inégalités de genre, sur la confiance en eux que doivent nécessairement construire les élèves (et peut-être que ça passe par réformer le notation), mais elle ne peut pas faire l’économie d’afficher ce but comme le pivot de son action.

Alors pourquoi ne pas faire de la réussite nécessaire de TOUS les enfants le grand axe de la politique (et de la communication) du ministère de l’Education? Dire et faire en sorte que l’école ne laisse tomber aucun enfant. Faire des écoles des quartiers populaires des modèles de qualité de suivi des élèves en difficulté.

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