Mondial 2014

Le lexique du football sud-américain

Temps de lecture : 3 min

Comment tenir toute une conversation à base de «quel magnifique caño», «tu as vu la chilena?» et «manquerait plus qu'une higuita».

Des supporters colombiens, à Brasilia le 19 juin 2014. REUTERS/Paul Hanna
Des supporters colombiens, à Brasilia le 19 juin 2014. REUTERS/Paul Hanna

Une bonne partie de l’Amérique du Sud est concernée par les deux premiers huitièmes de finale disputés ce samedi. Brésil-Chili, Colombie-Uruguay, voilà de jolies affiches, plutôt incertaines: ces quatre nations ont été particulièrement braves pendant le premier tour, et parfois brillantes. L’Argentine complètera le tableau mardi face à la Suisse.

Le continent sud-américain a mis de bien jolis mots sur les choses du football, et enrichit le vocabulaire du milieu. Avant de vivre une soirée rythmée par les «Goooooooooooooooooooolllllllllllllllllllllllllll» interminables des fadas des ondes, petite plongée dans ce lexique à base d'espagnol, de portuguais et un peu d'italien.

Barras bravas (las): les bandes de hooligans argentins, des purs et durs. Les ultras chiliens ont aussi partagé leur savoir-faire pendant ce Mondial.

Caño (el): le petit pont, souvent très humiliant. Vikash Dhorasoo dit avoir été écarté de l'équipe de France pendant de longues années pour en avoir réussi un sur Didier Deschamps à l'entraînement.

Chilena (la): la bicyclette, chère à Amara Simba.

Doble pivote (el): la paire de milieux défensifs. Lucho Gonzalez et Javier Mascherano en formèrent une sacrée au Mondial 2006.

Garra Charrua (la): le fighting spirit made in Uruguay, une façon de jouer mêlant rage et virilité. Pierino Lattuada, capitaine des Girondins de Bordeaux dans les années 1970, la décrivait ainsi:

«Le footballeur uruguayen est un joueur de rugby qui joue au football! Nous sommes des combattants. Nous n’avons pas la technique d’un Colombien, d’un Equatorien, voire d’un Chilien, mais c’est toujours dur de jouer contre nous. Il faut nous tuer nous battre. Demandez aux Brésiliens et aux Argentins!»

Carlos Curbelo, ancien libéro de Nancy né en Uruguay mais sélectionné en équipe de France, ajouta un jour:

«Notre amour-propre est très fort. Quand tu fais ça pour gagner ta vie et que tu vois ta famille qui meurt de faim, tu as envie de tout donner, de mordre dans le ballon et non pas dans le bras.»

On lui parle de Luis Suarez, ou pas?

Gordito (el): Joueur un peu enrobé.

Hijo de puta (el): cri d’orfraie du mauvais perdant.

Pedalada (la): le passement de jambes, cher à Doc Gynéco.

Elastico (el): le double contact à la Ronaldinho. Le flip flap tenté par votre pote pour briller le dimanche matin, mais arrosé de sauce brésilienne.

Frango (o): la cagade du gardien. Peut se combiner avec une Higuita (lire plus bas).

Gambeta (la): le dribble absolu.

Golazo (el): un but superbe, qui déclenche l’hystérie.

Grinta (la): synonyme de hargne et souvent associé à l’Argentin Gabriel Heinze par ceux qui veulent se la péter sur le football sud-américain. A tort: ce mot est italien.

Higuita (la): Arrêt très particulier inventé par le gardien colombien René Higuita en 1995, et qu’il a parfois raté par la suite. Aka le coup du scorpion. Higuita a rejoint Rabah Madjer ou Antonin Panenka au panthéon des joueurs qui ont laissé leur nom à un geste technique.

Pelota (la): le ballon, choyé pendant tant d'années par Diego Maradona.

Potrero (el): le terrain vague, ou le terrain de jeu, tant l’un se confond avec l’autre. La base, nous rappelait Lucho Gonzalez en 2011:

«Si on va tous les deux à Los Caballitos, le barrio de Buenos Aires où j’ai grandi, je t’emmènerai au parc près du kiosque à journaux. On jouait là, sur le gazon, avec des trous partout, des arbres au milieu... un parc quoi! Déjà, je ne dribblais pas, ou si peu, alors tu imagines aujourd’hui! Puis on ira voir les gens du barrio, je les connais tous, ils sont exceptionnels. Les copains d’enfance, Walter et Leo, bossent comme commerciaux, j’essaie de les aider.»

Pulga (la): la puce, le surnom de Lionel Messi, dopé aux hormones de croissance quand il était un ado minuscule. A prononcer avec l’accent chantant d’Omar da Fonseca.

Rabona (la): le coup du foulard, en cachemire ou non.

Toque (el): un concept, plus qu’une stratégie précise. D’inspiration colombienne, un jeu tout en passes courtes, lent au milieu de terrain, foudroyant près de la zone de vérité (la surface adverse).

Vuelta olímpica (la): le tour d’honneur.

Zagueiro (o): le défenseur central. A ne pas confondre avec un chanteur de rock italien.

Merci à Stéphane Kohler pour sa grinta, et bien plus encore sur le sujet à Olivier Guez pour son magnifique ouvrage, Eloge de l'esquive, que les fans de Garrincha termineront les larmes aux yeux.

Mathieu Grégoire Journaliste

Newsletters

«Nation branding»: comment tirer vraiment profit de l'organisation d'une Coupe du monde

«Nation branding»: comment tirer vraiment profit de l'organisation d'une Coupe du monde

Organiser un Mondial ou des Jeux olympiques n'est pas rentable, mais peut entraîner des bénéfices en termes de diplomatie publique... à condition de bien s'y prendre.

De quoi souffrirez-vous au retour de la Coupe du monde?

De quoi souffrirez-vous au retour de la Coupe du monde?

Atteintes dermatologiques, maladies gastro-intestinales, fièvres... Le pire moment du Mondial, c'est le retour.

Le Qatar peut encore faire comme la Colombie en 86: renoncer au Mondial

Le Qatar peut encore faire comme la Colombie en 86: renoncer au Mondial

La Colombie aurait dû organiser la Coupe du monde en 1986. Mais en 1982, elle y a renoncé, largement encouragée par la FIFA qui s’était rendu compte de son erreur. Même histoire et «modus operandi» pour le Qatar et la Coupe du monde 2022?

Newsletters