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Jean-Claude Juncker à la tête de l'Europe: une avancée démocratique

Daniel Vernet, mis à jour le 27.06.2014 à 18 h 55

Le président tout nouvellement désigné de la Commission européenne est un parfait connaisseur de la machine européenne et un homme de compromis.

Jean-Claude Juncker, le 25 mai 2014. REUTERS/Éric Vidal.

Jean-Claude Juncker, le 25 mai 2014. REUTERS/Éric Vidal.

Choix controversé, forcé pour Angela Merkel qui ne l’a adoubé qu’à contrecœur et pour les chefs d’Etat et de gouvernement de gauche qui se sont résignés à voter pour un membre du centre-droit, Jean-Claude Juncker a pourtant quelques références à faire valoir. Sa nomination est d’abord une avancée démocratique dans l’Union européenne.

Même si peu de citoyens européens ont sciemment voté pour lui lors du scrutin du 25 mai, Jean-Claude Juncker était la tête de liste – le Spitzenkandidat selon l’expression allemande que les Anglo-saxons ont adoptée – du Parti populaire européen (centre droit) et il avait été dit et répété que le candidat du parti recueillant le plus de voix aurait vocation à désigner le prétendant à la présidence de la Commission de Bruxelles.

C’était certes une interprétation peut-être un peu extensive du Traité de Lisbonne. Celui-ci précise que le Conseil européen «doit tenir compte du résultat des élections européennes» pour désigner le candidat que les 28 chefs d’Etat et de gouvernement proposent à la ratification par le Parlement européen. Mais une fois que cette interprétation avait été acceptée par les grandes formations européennes, des socialistes aux Verts, du centre-droit aux libéraux, il était difficile de revenir en arrière.

Les craintes de ceux qui redoutent une «politisation» de la Commission contraire à sa tradition et à sa mission sont-elles pour autant justifiées? Avec Jean-Claude Juncker, c’est peu probable. L’ancien Premier ministre luxembourgeois est un homme de compromis. Il vient d’un petit pays de l’UE, même s’il déclarait volontiers n’avoir aucun complexe vis-à-vis de ses collègues français, allemand, italien ou britannique, puisqu’il était le chef du gouvernement du Grand duché du Luxembourg.

Il sait qu’il devra composer avec les dirigeants nationaux, de droite comme de gauche, s’il veut pousser des projets.

Un Européen convaincu que
les Britanniques détestent

 

Il a passé 18 ans à la tête du gouvernement luxembourgeois après avoir été ministres de finances au moment de la négociation et de la signature du Traité de Maastricht en 1991. Il a été pendant huit ans (2005-2013) président de l’Eurogroupe. Si Nicolas Sarkozy lui en a voulu de ne pas être assez réactif pendant la crise financière, la responsabilité ne lui incombe pas à lui seul.

Cette longévité au pouvoir qui a été interrompue moins par une défaite électorale que par un changement de coalition au Luxembourg fait de lui un parfait connaisseur de la machine européenne. Ce peut être un handicap pour celui qui voudrait tout changer, mais c’est un atout pour quelqu’un sachant parfaitement que le dernier mot revient au Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement jaloux de leurs prérogatives, et au Parlement européen.

Il sait qu’il devra tenir compte de l’avis de ses adversaires, comme le Premier ministre David Cameron. Il a déjà déclaré qu’un accord devait être trouvé avec le Royaume-Uni pour «tenir compte de ses spécificités».

Un bon vivant, doué de sens de l'humour

Malgré tout, le Britannique reproche à Jean-Claude Juncker ce que d’autres prendront pour une qualité: à savoir d’être non seulement un européen convaincu –comme le sont ou l’étaient traditionnellement les citoyens du Benelux–, mais pire un fédéraliste bon teint. En ces temps d’interrogation sur l’identité européenne, c’est sans doute préférable à un dirigeant opportuniste prêt à toutes les concessions pour amadouer les forces populistes montantes.

Bon vivant –trop même au goût de ses détracteurs, doué d’un fort sens de l’humour, Jean-Claude Juncker est capable de défendre ses convictions dans trois langues, le français, l’allemand, l’anglais (en plus du luxembourgeois). Il passe de l’une à l’autre avec aisance et on ne lui fera pas l’injure de répéter à son propos la boutade appliquée jadis à Vernon Walters, ancien chef de la CIA et ancien ambassadeur américain à Bonn: il s’exprime dans sept langues mais il ne pense dans aucune.

Finalement, le meilleur argument en faveur de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission ne vient-il pas de Londres? Si les Britanniques lui sont majoritairement hostiles, c’est sans doute qu’il n’est pas foncièrement mauvais.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (439 articles)
Journaliste
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