Science & santé

Au fait, l'univers n'existe pas

Repéré par Andréa Fradin, mis à jour le 26.06.2014 à 18 h 06

Repéré sur Live Science, Discovery, Scientific American, Forbes

C'est en tout cas la conclusion à laquelle on arrive en mettant bout à bout le boson de Higgs et la théorie de l'inflation de l'univers.

La Terre fait partie de cette galaxie, la Voie Lactée, qui fait elle-même partie de l'univers, comme des centaines de milliards d'autres...  | Nasa

La Terre fait partie de cette galaxie, la Voie Lactée, qui fait elle-même partie de l'univers, comme des centaines de milliards d'autres... | Nasa

Mauvaise nouvelle. En fait, nous n'existons pas. Nous, les humains, les petits oiseaux et les marguerites, pfiout, envolés. Pas là. Tout simplement parce que l'univers, ce gros machin qui s'est formé il y a près de 14 milliards d'années, n'existe en fait pas. En tout cas si l'on en croit les enseignements d'une étude qui a été présentée mardi 24 juin à une rencontre de la Royal Astronomical Society, au Royaume-Uni, par les chercheurs Malcolm Fairbairn and Robert Hogan.

Selon eux en effet, l'univers aurait dû se vautrer. «S'effondrer juste quelques micro-secondes après sa naissance explosive», résume le site Live Science. Une hypothèse qui pose évidemment un problème, comme le reconnaissent d'ailleurs sans mal ses auteurs. A moins d'être tous dans une réalité simulée, ou proches d'un état de conscience auquel il ne vaut mieux pas songer afin de préserver notre santé mentale, l'idée que l'univers n'existe pas est une «prédiction théorique inacceptable parce que, comme le note non sans perspicacité et humour Robert Hogan, si cela s'était produit, nous ne serions pas là pour en parler».

Pourquoi alors perdre son temps avec de telles fadaises? Tout simplement parce qu'elles sont indispensables.

1.Cette théorie permet de tester ce que l'on sait déjàBoson, inflation et compagnie

Pour établir cette théorie un poil absurde, mais si importante, les deux chercheurs sont en fait partis de tous les acquis accumulés en astronomie ces dernières années. A commencer par le boson de Higgs, vous savez, cette particule dont tout le monde parle et un peu difficile à comprendre?

Identifié en 2012 par le Cern –ce qui a valu, un an plus tard le prix Nobel à François Englert et Peter Higgs, les physiciens qui ont imaginé dès 1964 l'existence du boson–, cette particule est en gros celle qui donne de la masse à toutes les autres. Elle constitue, comme le rappelle Discovery, ce qu'on appelle «le champ de Higgs» (ou «champ de Brout-Englert-Higgs-Hagen-Guralnik-Kibble» mais c'est plus long à dire), qui, également, est identifié comme une sorte de mélasse qui filerait à toute la matière une masse.

Deuxième connaissance sur laquelle nos scientifiques se sont appuyés: l'inflation cosmique. L'idée selon laquelle l'univers s'est très vite déployé, comme l'explique le Cern:

«Les physiciens pensent que presque immédiatement (environ 10-35 secondes) après le Big Bang, l’Univers s’est accru en volume de façon très rapide, en traversant une phase d’expansion exponentielle. Après cette période dite d’inflation, l’Univers aurait continué à s’étendre, mais à un rythme plus lent.»

Une théorie qui aurait été, ça tombe bien, confirmée par une observation toute récente de traces cosmiques, appelées «ondes gravitationnelles primordiales».

Rappelez-vous, c'était en mars dernier, et c'était censé «révolutionner, comme nous le résumions alors, notre connaissance de la physique et de l'univers». Pour la première fois, des chercheurs affirmaient ainsi avoir observé ces espèces «d'“échos” de l'explosion», pour reprendre la métaphore bien pratique de Terry Pratchett dans La Science du Disque-Monde:

«Comme si Dieu avait crié “Bonjour!” à la création et que nous entendions encore un léger “onjouronjouonjouonjour...” venant des montagnes lointaines.»

Boson d'un côté, inflation de l'autre: les chercheurs ont donc mélangé ces deux connaissances, leurs implications, et en ont tiré ce modèle «d'univers intrinsèquement instable». Comme l'explique Robert Hogan sur Live Science:

«L'expansion fait que plein de trucs s'agitent et que si tout ça s'agite trop, on rentre dans ce nouvel espace énergétique qui pourrait causer l'effondrement de l'univers.»

2.Cette théorie permet de cerner ce qu'on ne connaît pasNouvelle particule? Découvertes erronées?

Il y a donc un gros hic dans cette découverte. Et c'est plutôt chouette. Car cela veut dire qu'il y a tant de nouvelles choses à découvrir. Et «que nous devons étendre nos théories pour expliquer pourquoi [l'effondrement de l'univers] ne s'est pas produit», comme le relève encore Robert Hogan. Pas si débile et inutile, donc.

Cela pourrait signifier pour commencer qu'on s'est planté dans ce qu'on pense être nos acquis. A ce propos, sachez que la découverte des «ondes gravitationnelles primordiales» de mars dernier est déjà remise en cause, certains affirmant que les traces observées ne sont que des «poussières de la Voie Lactée», comme l'explique longuement Vox. Ce qui voudrait dire que l'une des plus grandes découvertes de ces dernières années en astronomie n'en est en fait pas une. Et ce qui n'est pas si grave, tant elle alimente, dans sa boucle d'observations, de déductions et de contestations, la découverte scientifique.

De même, cet effondrement universel qui n'est jamais arrivé laisse penser qu'une autre règle physique, qu'une autre particule peut-être, restent encore hors de nos radars. Hors de portée de la connaissance humaine, à cet instant précis.

L'une des pistes envisagées consiste en l'existence supposée de particules, sorte de doublures des particules que nous connaissons aujourd'hui, qui nécessiteraient, pour être éventuellement observées, des accélérateurs de particules beaucoup plus puissants, note Robert Hogan. Cette théorie, dite de la supersymétrie, circule depuis les années 1960... soit à peu près comme celle qui a abouti au boson de Higgs.

L'annonce de notre non-existence relance donc la chasse à des particules dont on suppose l'existence. La science n'est-elle pas particulièrement savoureuse?

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