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Conseil européen: un doigt de social dans le moteur européen?

Daniel Vernet, mis à jour le 26.06.2014 à 7 h 11

Malgré les réticences des pays les plus orthodoxes en matière de dépenses, l'assouplissement du pacte de stabilité pourrait faire partie de la feuille de route destinée à la prochaine Commission et à son futur président Jean-Claude Junker.

Samedi 21 juin, François Hollande recevait à l’Elysée les chefs d’Etat et de gouvernement de neuf Etats dirigés par des gouvernements de gauche. REUTERS/Etienne Laurent/Pool

Samedi 21 juin, François Hollande recevait à l’Elysée les chefs d’Etat et de gouvernement de neuf Etats dirigés par des gouvernements de gauche. REUTERS/Etienne Laurent/Pool

Il aura fallu deux ans, la prise de pouvoir du jeune Matteo Renzi en Italie et surtout la montée des populistes europhobes aux élections européennes du 25 mai, pour que François Hollande aperçoive une petite chance d’infléchir la politique économique des 28. En 2012 pendant la campagne présidentielle, il avait promis une «renégociation» du pacte de stabilité que venaient d’adopter les chefs d’Etat et de gouvernement européens sous l’impulsion d’Angela Merkel et Nicolas Sarkozy.

Il voulait lui ôter son côté exclusivement punitif pour les pays trop endettés et lui adjoindre un programme de relance pour favoriser la croissance. Il pensait alors que, fort de la légitimité apportée par l’onction du suffrage universel français, il obligerait la chancelière allemande à abandonner son dogmatisme. Il a vite dû déchanter. Il avait bien tenté de créer un axe des Etats du sud contre les vertueux nordiques mais l’alliance des faibles ne pouvait changer la majorité au Conseil européen.

Deux ans plus tard, la situation apparait plus favorable aux thèses françaises. La stagnation de l’économie européenne, la persistance d’un chômage de masse même s’il ne touche pas tous les pays, le mécontentement qui s’y exprimé dans les urnes, imposent un changement de politique. Paris ne se contente plus d’essayer de regrouper les pays en difficulté.

Le samedi 21 juin, François Hollande a reçu à l’Elysée les chefs d’Etat et de gouvernement de neuf Etats dirigés par des gouvernements de gauche, dont la Première ministre danoise et le chancelier autrichien qui ne peuvent être taxés de laxisme. Participait aussi à la rencontre Sigmar Gabriel, président du Parti social-démocrate allemand et vice-chancelier dans la grande coalition d’Angela Merkel.

L’Italie était représentée par le président du conseil Matteo Renzi (Parti démocrate) qui est sorti vainqueur du scrutin européen. Matteo Renzi a lancé un vaste programme de réformes tout en critiquant la rigidité du pacte de stabilité. Le déficit budgétaire italien ne dépasse pas les 3% prévu par les traités européens mais la dette publique explose.

La marque Renzi

L’Italie va assurer la présidence tournante de l’Union européenne pour six mois à partir du 1er juillet. Certes cette présidence tournante a perdu de son importance depuis le traité de Lisbonne qui a créé un poste de président permanent du Conseil européen mais elle n’en est pas moins capable de donner le ton si ses responsables la prennent au sérieux. C’est ce qu’entend faire Matteo Renzi. D’autant plus qu’une période de transition va s’ouvrir dans l’UE.

A la suite du scrutin du 25 mai, une nouvelle Commission sera nommée mais elle ne prendra ses fonctions qu’à l’automne. Entre temps, la Commission Barroso expédiera les affaires courantes. Matteo Renzi peut en profiter pour imprimer sa marque.

La réunion des dirigeants de gauche à Paris était une sorte de contrepoids à la partie de campagne qui a rassemblé, le 10 juin au bord d’un lac de Suède, autour du Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, la chancelière Angela Merkel et les Premiers ministres des Pays-Bas Mark Rutte et de Grande-Bretagne David Cameron. Une promenade en canoë n’a pas suffi à les mettre d’accord.

Certes à contrecœur, Angela Merkel soutient la candidature du Luxembourgeois Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission alors que David Cameron n’en veut sous aucun prétexte. La partie de campagne s’est conclue sur un constat négatif.

A Paris au contraire, la gauche européenne est tombée d’accord pour demander un «assouplissement» du pacte de stabilité. Au Conseil européen du jeudi 26 et vendredi 27 juin, elle plaidera pour que «toutes les possibilités de flexibilité du pacte soient utilisées» pour permettre aux Etats endettés d’étaler le retour à l’orthodoxie budgétaire. Les dépenses d’investissements, de recherche, de lutte contre le chômage devraient être sorties du déficit. Les réformes de structure devraient être portées au crédit des Etats. L’Europe devrait mettre à profit sa bonne signature sur les marchés financiers pour lancer des programmes d’investissements et d’aide à l’emploi des jeunes.

François Hollande a envoyé un mémorandum dans ce sens à ses collègues du Conseil européen à la veille de la réunion de Bruxelles. Il propose en outre un renforcement de l’eurogroupe, le forum des Etats ayant adopté la monnaie unique, avec un président à plein temps et des sommets plus fréquents. Il veut un «choc de simplification» aussi au niveau européen et une politique commune d’immigration, avec un corps de garde-côtes européens qui existe actuellement seulement à l’état embryonnaire.

Merkel prête à des concessions sur l'Europe pour éviter une crise en Allemagne

La réaction du gouvernement allemand à l’idée d’assouplir le pacte de stabilité a été ambivalente. Angela Merkel et son ministre des finances Wolfgang Schäuble ne veulent pas toucher au pacte de stabilité. Les règles doivent être respectées. Le pacte de stabilité prévoit déjà beaucoup de flexibilité et celle-ci a été mise en œuvre, notamment au profit de la France qui a obtenu plus de temps pour revenir aux 3% prévus.

Le vice-chancelier et chef de file des sociaux-démocrates dans la grande coalition Sigmar Gabriel n’a pas dit autre chose. Cela ne signifie pas qu’il tienne un double langage, un à Paris avec ses «camarades», l’autre à Berlin car il sait que la majorité des Allemands ne voient pas d’un bon œil les pays dépensiers risquaient d’affaiblir l’euro.

Les amis démocrates chrétiens d’Angela Merkel sont particulièrement mécontents de ces débats. Ils estiment que les sociaux-démocrates en prennent à leur aise dans la grande coalition et que la chancelière leur a trop laissé le champ libre pour imposer leur politique – salaire minimum, abaissement de l’âge de la retraite, etc. –, aux dépens du programme du centre-droit. Mais Angela Merkel ne veut pas risquer une crise gouvernementale. Derrière des déclarations de fermeté, elle est prête à faire des concessions pratiques. En affirmant que le pacte de stabilité n’exclut pas la flexibilité, elle ouvre la voie à de nouveaux assouplissements.

Sur le fond, elle est sans doute convaincue que, loin d’avoir échoué, la politique de rigueur constitue la meilleure base pour une croissance durable. Mais elle ne peut pas ne pas tenir compte ni de l’avis de ses alliés à Berlin et de ses pairs du Conseil européen, ni des dangers que recèle pour l’intégration européenne le résultat des élections du 25 mai.

Le président du Conseil européen lui-même, Herman Van Rompuy, un conservateur prudent qui n’a pas son pareil pour trouver les formules capables de mettre tout le monde d’accord, vient d’envoyer aux chefs d’Etat et de gouvernement une sorte de feuille de route destinée à la prochaine Commission. Il y parle de flexibilité du pacte de stabilité, de lutte contre le chômage (des jeunes), de croissance. L’objectif de la compétitivité n’arrive qu’en troisième place dans la liste des priorités.

Ces déclarations d’intention, auxquelles la grande majorité des dirigeants européens devrait pouvoir souscrire feront partie du programme de la Commission que les chefs d’Etat et de gouvernement donneront à son prochain président. Ils devraient finir par se mettre d’accord sur le nom de Jean-Claude Juncker puisqu’il était le candidat du Parti populaire européen arrivé en tête aux élections. Mais ils semblent décider à encadrer strictement son action. Pour tenir compte du verdict des urnes tout en rappelant qu’en dernière analyse, le pouvoir reste auprès des gouvernements nationaux.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (438 articles)
Journaliste
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