Coupe du monde 2014

Ne faites pas comme la Fifa, ne vous acharnez pas sur Luis Suárez

Grégor Brandy, mis à jour le 26.06.2014 à 16 h 23

Luis Suarez et Andrea Barzagli essaient de prendre possession du ballon lors du match entre l'Uruguay et l'Italie, le 24 juin 2014. REUTERS/Carlos Barria.

Luis Suarez et Andrea Barzagli essaient de prendre possession du ballon lors du match entre l'Uruguay et l'Italie, le 24 juin 2014. REUTERS/Carlos Barria.

Luis Suárez a donc écopé de neuf matchs de suspension en sélection et quatre mois en club pour avoir mordu Giorgio Chiellini lors du match entre l'Uruguay et l'Italie (1-0), mardi 24 juin.

Ce n’est pas la première fois que l'Uruguayen se retrouve sous le feu des critiques en Coupe du monde. En 2010, quand il a sauvé son équipe contre le Ghana, le monde entier l’a détesté. Pourtant n’importe quel joueur aurait fait le même calcul. Même Asamoah Gyan, qui a ensuite manqué le pénalty qui aurait envoyé les Black Stars en demi-finale, l’a reconnu: il aurait fait la même chose.

En cela, il rejoint les plus grands joueurs qui agissent avant de réfléchir, mais toujours pour le bien de leur équipe. Le foot est rempli de ces joueurs géniaux mais incapables de se gérer. Il ne s'agit pas de les défendre, mais d'expliquer leurs gestes.

Maradona était capable du meilleur comme du pire, et ce en l’espace de quelques minutes. Demandez aux Anglais, si vous n’êtes pas convaincus.

Quand Thierry Henry met sa main en opposition pour contrôler le ballon et offrir le but de la qualification à William Gallas, face à l’Irlande, en barrages des éliminatoires pour la Coupe du monde 2010, c’est un réflexe. L’opinion publique et les médias l’avaient sévèrement critiqué à l’époque. Mais demandez à n’importe quel joueur de football ce qu’il aurait fait dans la même situation : la même chose.

«On ne va pas reprocher à Henry de ne pas aller avoir l’arbitre pour lui dire d’annuler ce but», avait alors expliqué sur TF1 l’ancien joueur du Bayern Munich et de l’équipe de France Bixente Lizarazu.

Alors oui, en mordant Chiellini, Suarez a franchi une étape supplémentaire, et sanglante, dans l'esprit antisportif. Mais vous vous souvenez de la façon dont la France a défendu Zidane après son coup de tête à Materazzi? Oui, Zizou avait fait une petite erreur, mais ce coup de tête dans le thorax de l’Italien, c’était surtout de la faute du défenseur azzurro: il suffit de faire un tour dans les commentaires sous les vidéos pour le comprendre.

Et puis, peu importe que la France termine une finale de Coupe du monde à 10 contre 11, ou qu’elle perde son meilleur tireur pour la séance de tirs au but. Ce méchant Italien avait dû dire un truc horrible à notre Zizou national.

On avait alors cherché. On avait demandé à des gens qui lisent sur les lèvres pour comprendre. On avait demandé la tête de Materazzi et on avait pardonné à notre numéro 10. L’Équipe, qui s’était fendu d’un édito critique sur le coup de boule le lundi, faisait machine arrière le lendemain. Pas touche à l’icône!

Le cas de Luis Suárez est un peu différent. Là on parle d’un monstre –oui, d’un monstre- qui a planté ses dents dans l’épaule de Chiellini.

Et personne ne viendra à son secours. Ou presque.

«J’adore Suárez. J’adore sa passion pour ce jeu. Je le prendrais tous les jours dans mon équipe. Je sais aussi que l’on ne peut pas le défendre ici.»

Si même Joey Barton, l’ex terreur des pelouses et des pubs anglais, ne vient pas le sauver, la cause semble perdue d’avance...

Pourtant, la plupart des joueurs qui ont subi les foudres de Suarez ne sont pas plus des saints que l'attaquant de Liverpool. Chiellini est un habitué du tirage de maillot tandis qu’Ivanovic est loin d’être un saint.

Il faut arrêter de s’en prendre ainsi à Suárez. Le joueur est un connard, mais un connard de génie. Les plus grands sont ainsi. Le but du football et de la Coupe du monde n’est pas d’être le plus honnête ou le plus sympathique, c'est de gagner. Et ça, Suárez l’a parfaitement compris.

Zidane a toujours eu du mal à gérer son tempérament. En plus de cette exclusion en finale en 2006, il avait déjà reçu un carton rouge pour s’être essuyé les crampons sur un joueur saoudien en 1998. En 2000, son coup de tête sur un joueur de Hambourg lui avait coûté le Ballon d’or, de l’avis de plusieurs spécialistes.

L’un des deux plus grands joueurs du monde actuellement, Cristiano Ronaldo, est tout aussi insupportable. Comme le décrit Jeremy Stahl sur Slate.com :

«La haine envers Ronaldo a connu un pic lors de l’expulsion de Wayne Rooney en quarts de finale de la Coupe du monde 2006. Rooney, qui était alors le coéquipier de Ronaldo à Manchester United, marche sur les testicules du défenseur portugais Ricardo Carvalho sous les yeux de l’arbitre.

 

Ronaldo se précipite et implore un carton rouge. Rooney est expulsé, l’Angleterre finit à 10 et sera éliminée aux tirs au but. Le pays, dévasté, désignera Ronaldo et son jeu d'acteur comme le responsable du carton rouge et de la défaite. Pour noircir un peu plus le tableau, Ronaldo fit un clin d’oeil vers son banc, juste après.»

Luis Suárez n’est pas par nature mauvais, mais il se laisse emporter. Il y a quelques jours, il l’expliquait à Sports Illustrated:

«Sur le terrain, parfois la passion m’envahit et je fais des choses que je regrette ensuite.»

Luis Suárez a une qualité dans son défaut. Il ne se fait (quasiment) jamais avoir. Beaucoup de ses plongeons lui ont permis de récolter une faute. Sur ses trois morsures –toutes impulsives et donc non préparées à l’avance–, aucune ne lui a valu d’exclusion. S’il a été à chaque fois sanctionné, c’est parce que la vidéo était utilisée a posteriori.

Et puis, s’il n’y avait pas de Suárez, de Keane ou de Barton dans le football, ce serait beaucoup moins divertissant. Un peu comme s’il vous manquait un bon méchant dans un film. Avouez-le, à quoi bon regarder Star Wars s’il n’y a pas Dark Vador?

Grégor Brandy
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Journaliste
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