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Les djihadistes d'EIIL peuvent-ils détrôner les vieux d'al-Qaida?

Françoise Chipaux, mis à jour le 25.06.2014 à 15 h 43

Al-Qaida n'est plus aujourd'hui l'organisation centralisée et puissante qu'elle était à son apogée en 2001. Mais il est encore trop tôt pour évoquer une passation de pouvoir.

Un combattant de l'EIIL à Mossoul, le 23 juin 2014. REUTERS

Un combattant de l'EIIL à Mossoul, le 23 juin 2014. REUTERS

De son repaire dans les confins montagneux qui séparent le Pakistan de l'Afghanistan, Ayman al-Zawahiri, le chef d'al-Qaida, contemple sans doute avec envie les récents succès de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). La montée en puissance de ce groupe qu'il a publiquement désavoué et répudié en février pour sa conduite en Syrie menace directement son pouvoir et l'emprise qu'il a encore sur les branches d'al-Qaida.

S'il est trop tôt pour évoquer une passation de pouvoir, al-Qaida n'est plus aujourd'hui l'organisation centralisée et puissante qu'elle était à son apogée en 2001. La mort de son chef historique, Oussama ben Laden, la clandestinité à laquelle sont contraints ceux de ses dirigeants qui n'ont pas été tués ou arrêtés, ont affaibli son appel et mis à mal ses finances. Les attaques du 11 septembre 2001 sont vieilles de treize ans et pour les jeunes de 18-20 ans qui s'engagent aujourd'hui, c'est de l'histoire ancienne.

Contrairement à l'EIIL qui fait feu de tout bois sur les terrains syrien et irakien, al-Qaida n'a pas grand-chose à montrer. Zawahiri n'a jamais eu l'aura de Ben Laden et son incapacité à communiquer directement n'arrange pas les choses. Peu formés sur le plan religieux, encore moins tolérants que leurs aînés, les jeunes djihadistes acceptent plus facilement l'extrémisme de l'EIIL.

La percée de l'EIIL dans les rangs des djihadistes internationaux tient à son entrée en Syrie en 2013, ce pays servant d'aimant pour nombre de jeunes attirés par le djihad. Les rapides victoires d'Abou Bakr al Baghdadi, le chef de l'EIIL ont facilité le recrutement de militants et le désaveu de l'organisation par le chef d'al-Qaida, désignant le Front al-Nosra comme le seul représentant d'al-Qaida en Syrie n'y a rien changé.

Devant les succès de l'EIIL en Irak, le Front al-Nasra a préféré se joindre à son concurrent au principal point de passage entre l'Irak et la Syrie.

Al-Qaida reste-t-elle la référence?

Les victoires attirent les financements et de ce côté, l'EIIL se porte très bien. Selon The Guardian, les autorités irakiennes auraient mis la main sur des cartes mémoires stipulant qu'avant la prise de Mossoul, l'EIIL était à la tête de 875 millions de dollars. Outre les dons privés, l'EIIL aurait exploité à son profit les puits de pétrole de l'est syrien et vendu des antiquités de très grande valeur dérobées en Syrie.

Pour les 18-20 ans,
le 11-Septembre, c'est de l'histoire ancienne

 

Depuis, les millions de dollars siphonnés dans les banques de Mossoul et les équipements militaires américains abandonnés par l'armée irakienne sont venus renforcer les coffres de l'organisation. L'EIIL qui a peut être appris d'al-Qaida, l'importance de la propagande, a mis en valeur ses prises de guerre qui ne peuvent qu'encourager les candidats au djihad à rejoindre le groupe.

Dirigé jusqu'à présent par al-Qaida, le djihad global qui visait pour son fondateur Ben Laden à l'instauration mondial du califat a peut être vécu sous sa forme centralisée. Pour les aspirants au Djihad, répartis par régions d'influence, al-Qaida est semble-t-il davantage devenue une inspiration qu'une force déterminante dans la conduite des opérations. Les franchises qui se réclament encore des pères fondateurs, comme al-Qaida au Magreb islamique, al-Qaida dans la péninsule arabique, al Shabaab en Somalie ont des liens plus ou moins lâches avec l'organisation initiale.

Pour prétendre à détrôner d'al-Qaida, il faudrait d'abord que l'EIIL consolide ses succès en Irak qui restent dépendants de ses alliances: d'une part avec les tribus sunnites marginalisées par le pouvoir de Nouri al Maliki et d'autre part les anciens officiers du  Baas écartés par les Etats-Unis. L'extrémisme islamique pratiqué par l'EIIL dans les territoires sous son contrôle pourrait très vite aliéner une partie de la population. Abou Bakr al Baghdadi n'a pas non plus derrière lui la renommée d'un Ben Laden, un Saoudien qui avait abandonné la vie facile promise par sa fortune au profit du djihad, un argument toujours souligné par ses fidèles.

En éclatant en groupes plus ou moins contrôlés, al-Qaida n'a pas perdu son pouvoir de nuisance et son nom continue pour l'instant à attirer pour nombre de jeunes qui rallient suivant leurs moyens les groupes les plus actifs et les plus aptes à répondre à leurs aspirations.

Françoise Chipaux
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Journaliste
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