Coupe du monde 2014Tech & internet

Tweeter ou regarder un match de foot, faut-il choisir?

Mathieu Grégoire, mis à jour le 25.06.2014 à 18 h 50

Plus de 12,2 millions de tweets ont été envoyés pendant le match d’ouverture du Mondial, soit 3.389 à chaque seconde. Regardons-nous encore les matchs?

Une fan brésilienne avec son smartphone, le 23 juin 2014 à Brasilia. REUTERS/Dominic Ebenbichler

Une fan brésilienne avec son smartphone, le 23 juin 2014 à Brasilia. REUTERS/Dominic Ebenbichler

OM-Rennes, 34e minute de jeu. Cet après-midi de mars, on s'ennuie royalement en tribune de presse, et puis la punchline surgit. Impossible de résister, le smartphone est en main, le tweet déjà écrit:

«N'Abdoulaye Doucouré pas à côté des coureurs!!! #OMSRFC»

Une référence totalement ratée au savoureux Thierry Adam, et sanctionnée logiquement par une royale indifférence sur le réseau social.

Et pendant ce temps-là, Nelson Oliveira a peut-être réalisé un exploit au cœur de la défense marseillaise, ou Alaixys Romao envoyé une mine dans la lucarne de Benoît Costil. Ok, ces deux options sont aussi improbables l’une que l’autre, mais autant être concentré sur le match. Le Doucouré précédemment cité a d’ailleurs marqué en fin de rencontre un but qu’il n’arrive pas à expliquer. La glorieuse incertitude du foot...

Autant balancer d’entrée. A la Commanderie, pendant les conférences de presse, de nombreux suiveurs de l’OM passent plus de temps à tweeter qu’à poser des questions, et le niveau global du débat s’en ressent parfois. Beaucoup live-tweetent la langue de bois du joueur au lieu d’essayer de la percer par des questions, livrent les mêmes phrases, le même contenu, à quelques fautes d’orthographe près.

Au Vélodrome, ils aiment commenter la rencontre en instantané, et la loge accueillant les joueurs marseillais blessés et indisponibles étant juste dans leur dos, ils peuvent constater que cette addiction est partagée.

Manu Imorou, le latéral très avenant de Clermont tout juste transféré à Caen, se définit sur son profil comme le meneur de jeu du FC Twitter. Il a déjà gazouillé près de 14.400 fois. Il explique:

«Sur les matchs vraiment importants, comme ceux du Paris-SG, mon équipe de cœur, je vais me focaliser sur la rencontre et moins tweeter. Plusieurs fois, à force de vouloir écrire une vanne, un truc un peu trop long, j’ai fait et refait mon message. Et j’ai loupé des faits de match importants.»

En revanche, ce grand consommateur de football passe parfois en mode open-bar:

«Le match de L1 du dimanche soir, quand il n’y a pas Paris, est souvent une purge, et là on sait que ça va se lâcher sur Twitter. C’est un peu le rendez-vous des trolls!»

A Clermont, son entraîneur Régis Brouard adorait le chambrer en le voyant chercher l’inspiration sur son téléphone en pleine séance de kiné. Pendant les périodes de convalescence, Imorou tweete même sur les matchs de Clermont, depuis les tribunes du bucolique stade Gabriel Montpied:

«Mais je fais gaffe, je donne surtout le score.»

Ah, les mecs qui donnent le score et annoncent le but sur Twitter. Passe encore pour un Clermont-CA Bastia. «Mais pour un Brésil-Croatie, franchement, je ne vois pas trop à quoi ça sert, sourit Stéphane Kohler, journaliste à l’Equipe, en verve sur le réseau socialLes mecs qui font ça me fascineront toujours!»

Kohler a dû manquer «une ou deux actions chaudes» en fignolant ses réparties, «mais pas le but de l’année: il y a énormément de temps morts pendant une rencontre de foot, surtout pendant le Mondial, avec les requêtes de la Fifa dans la réalisation et ces incessants retours caméra sur le public. On ne loupe pas grand-chose. Je préfère lire un tweet marrant que de me taper le 12e écran, la 13e palette ou la 14e interaction de la rencontre. Et puis, il y aura toujours un Vine pour se rattraper!»

Il n’a pas tort. Même Christine Kelly, membre du CSA, se permet de retweeter quelques Vine de buts lors du Mondial, sans craindre les foudres de la Fifa, très tatillonne sur les droits télé et internet.

Grande amatrice de foot (entre la L1, la Serie A et la Premier League, elle se fade au moins 8 matchs en intégralité du vendredi au lundi) et tweeteuse compulsive, Najet Rami supporte un club, l’OM, qui a eu tendance à l’insupporter ces derniers mois.

«Sur un match de Marseille, je dois tweeter toutes les cinq minutes, et il ne se passe tellement rien qu’en général qu’il n’y a aucun risque de manquer un fait marquant, explique-t-elle. Au contraire, c’est même un plaisir, une bouffée d’oxygène, qui permet d’aller jusqu’au bout de la rencontre, au moins, on rigole, on sort de la médiocrité ambiante. Le niveau de l’OM était tel récemment que tu pouvais t’en faire une idée très précise avec une timeline complète, comme s’il n’y avait plus besoin des images. C’était même mieux que le live de lequipe.fr. En revanche, devant un bon match de Serie A ou de Premier League, je suis trop dedans pour penser à tweeter, l’envie ne vient pas tant le rythme de la rencontre peut être intense.»


 

Matteu Maestracci, journaliste à France Info, y voit un moyen aussi efficace qu’un Redbull pour rester dans son match:

«Ça aide quand on s'ennuie! C'est devenu un super complément pour les soirées foot, addictif, drôle, vif. En revanche, je fais ça quand je suis seul, je ne me vois pas aller sur Twitter les soirs de match avec des potes, il faut respecter le moment!»

Maestracci, aussi marrant que soupe au lait dans ses commentaires, essaie aussi de ne pas se faire bouffer pendant le boulot:

«Je tweete uniquement quand j'ai le temps, genre un flash toutes les heures, mais quand je suis en intégrale, c’est impossible. Tu n’as même pas le temps de consulter Twitter, tu ne peux pas faire trois choses à la fois (regarder le match, réfléchir à ce qu'on dit, tweeter). Tu es obligé de faire des choix! Je m’adapte en tweetant beaucoup avant et après histoire de glisser mes infos, mes impressions et mes vannes. En revanche, quand je regarde un match chez moi, je peux louper une action à cause de Twitter, ça arrive souvent! Globalement, quand on a le temps et la place pour y aller, c'est devenu un super truc pour les statistiques du type Opta, les réactions en live d’un joueur qui regarde le match.»


 

Agent de joueurs, Jennifer Mendelewitsch jongle parfois entre deux écrans et deux matchs pour suivre des footballeurs. Mais elle reste toujours ébahie par «ceux qui tweetent toutes les trente secondes pour raconter une rencontre majeure, comme si les autres n’avaient pas la télé... Je ne sais pas d’ailleurs pas comment ils font, au niveau pratique pour tout faire en même temps.»

Ricardo Faty, le milieu de terrain d’Ajaccio, est un bon joueur de L1 et un twittos assidu. Souvent blessé la saison dernière, il n’a pas eu à trancher, mais a choisi ces rencontres:

«L’équipe a eu de mauvais résultats et a stagné au fond du classement, donc tu prends cher dès que tu commentes, notamment par tes propres supporters dépités. Je suis allé vers une certaine forme d’autocensure, plus corporate, à souligner le positif, j’ai plus tweeté pendant les victoires que pendant les défaites!»

Pour le reste, il ne s’interdit pas de parler technico-tactique:

«Ça dépend de mon humeur, pas de la qualité des matchs. Lors du match d’ouverture du Mondial, j’ai souligné le pressing des Croates, que j’ai suivi avec attention. Malgré une formation assez basse, ils ont réussi à y mettre beaucoup d’intensité en début de rencontre.»


 

Les tweets sur le foot peuvent-ils encore être pertinents et instructifs? C’est une autre histoire, que nous vous conterons prochainement...  

Mathieu Grégoire
Mathieu Grégoire (29 articles)
Journaliste
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