L'avènement des hipsters nazis

Tatouage nazi lors d'un festival d'extrême-droite au Nord de Berlin en Allemagne, en août 2012. REUTERS/Thomas Peter

Tatouage nazi lors d'un festival d'extrême-droite au Nord de Berlin en Allemagne, en août 2012. REUTERS/Thomas Peter

Au tournant du XXIe siècle, explique Rolling Stone dans un long article consacré au relooking de l’extrême droite en Allemagne, le style skinhead a peu à peu diminué, «et la scène [néo-nazie] vécut une transformation philosophique et esthétique». Une transformation qui faisait suite à d’autres bouleversements de l’extrême droite allemande depuis la Seconde Guerre mondiale: après la chute du Mur, la réunification, etc. 

Au début du XXIe siècle: «la société avait commencé à réagir contre l’extrême droite, et devenait moins attirante pour les jeunes gens, qui n’avaient pas envie d’être stigmatisés», selon Simone Rafael, rédacteur en chef de Netz Gegen Nazis, blog surveillant l’extrême droite. Du coup, un nouveau mouvement d’extrême droite émergea, récupérant des codes vestimentaires d’extrême gauche, et ce fut le début d’un changement de style important, qui touchait aussi à des questions idéologiques (l’intégration de problèmes comme l’environnement dans les préoccupations d’extrême droite) et un décloisonnement par rapport à certains codes mainstream. A la même époque, en 2002, une marque de vêtements allemande se mit à vendre des vêtements branchés avec des symboles nazis tacites. 

Aujourd’hui, le NPD, plus gros parti néo-nazi allemand, met en avant de jeunes membres au look de hipsters, qui prônent la possibilité d’appartenir au parti pour des membres qui ont des codes hip-hop ou autres, afin de ne pas les aliéner. Comme Patrick Schroeder, membre du parti, animateur d’une émission hebdomadaire sur un site néo-nazi et surnommé le «hipster nazi» par la presse allemande. Ce jeune homme affiche son désir de donner au mouvement un visage plus sympathique et plus cool et anime des conférences pour montrer aux néo-nazis la façon dont ils peuvent s’habiller pour avoir l’air moins menaçants...

«Au cours de l’an dernier, en partie à cause de leaders comme Schroeder et en partie à cause de la mondialisation implacable de la culture visant les jeunes, la hipsterification des groupes allemands néo-nazis a commencé à prendre de l’ampleur», explique Rolling Stone. A tel point que l’on parle désormais de «nipster» pour décrire les jeunes en hipsters de Brooklyn se rendant à des rassemblements nazis.

Mais pour être hipsters, ces nazis n’en gardent pas moins leurs idées racistes, antisémites, xénophobes, etc. C’est simplement un changement cosmétique, parallèle à celui que tente Marine Le Pen en France sur le visage du FN, pour toucher d’autres cercles, plus vastes. 

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