Pourquoi les vignerons français sont furieux contre Internet

Producteur de  Crémant en Alsace près de Colmar, août 2011. REUTERS/Vincent Kessler

Producteur de Crémant en Alsace près de Colmar, août 2011. REUTERS/Vincent Kessler

Ils sont prêts à se battre.

Seulement un mois après que Mère Nature l’a emporté sur Jeff Bezos dans une bataille pour le nom de domaine .amazon, un nouveau conflit se fomente dans le monde des suffixes Internet. Cette fois-ci, le problème tourne autour des noms de domaine .vin et .wine (traduction de vin en anglais), et en première ligne de l’attaque: la France. Fort irritée.

Les vignerons d’Europe, d’Australie, et de Californie manifestent contre une décision de l’Icann (société chargée de l'attribution des noms de domaine sur Internet) d’introduire les noms .vin et .wine (en lieu et place par exemple de .fr ou .com). Le problème, selon les vignerons de qualité, c'est qu’ouvrir un accès au .wine et .vin va faciliter la tâche des vendeurs sans éthique, qui voudront tromper les consommateurs quant à l’origine et la qualité de leur marchandise.

La géographie compte énormément dans la production viticole, et l’Union européenne a des règles très strictes qui président à l’utilisation des «indications géographiques» dans le marketing et l’étiquetage. L’exemple le plus connu est la façon dont, dans l’Union européenne et dans beaucoup d'autres pays, le mot champagne ne peut être appliqué qu’aux breuvages pétillant venus de la région de Champagne, en France. Partout ailleurs dans le monde, ce n’est plus qu’un vin pétillant.

L’inquiétude de la France, partagée par d’autres vignerons du monde entier, à propos des noms de domaines, c’est qu’une société pourrait enregistrer un site comme champagne.wine sans vendre du vrai champagne. «Des internautes pourraient être trompés, et croire qu’ils achètent un produit authentique avec ses qualités et ses caractéristiques inhérentes, quand ils n’obtiendraient en fait qu’une imitation», selon Linda Reiff, présidente de Napa Valley Vintners, association de protection de l’appellation Napa Valley, qui l’a écrit dans une lettre adressée à l’Icann, reprise par le Wall Street Journal.

La France est prise dans ce débat sur les .wine et .vin au point d’avoir demandé une révision de la structure et du fonctionnement de l’Icann. Le Financial Times rapportait ce week-end que Paris avait l’intention d’appeler à une «assemblée générale» internationale pour superviser l’Icann avec un système dans lequel chaque pays aurait un vote. Les Français ont aussi souligné que persister dans cette voie sur les noms de domaines pourrait mettre en péril les discussions en cours sur les accords transatlantiques entre l’Union européenne et les Etats-Unis.

On peut d'ores et déjà en tirer une leçon: si vous énervez les Français en vous en prenant à leur vin, soyez prêts à vous battre.