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Ne soyez pas surpris qu'Andy Murray ait choisi Amélie Mauresmo

Yannick Cochennec, mis à jour le 23.06.2014 à 15 h 13

Non seulement la Française est légitime dans son rôle, mais en plus, l'Ecossais aime les femmes. Tennistiquement parlant.

Session d'entraînement entre le joueur et sa nouvelle coach, le 14 juin à Londres.  REUTERS/Toby Melville

Session d'entraînement entre le joueur et sa nouvelle coach, le 14 juin à Londres. REUTERS/Toby Melville

Quelques jours après l’annonce de la nomination d’une femme, Helena Costa, à la tête du club de football de Clermont-Ferrand, une autre nouvelle a fait sensation: Amélie Mauresmo, 34 ans, a accepté de devenir le coach d’Andy Murray, 27 ans, vainqueur à Wimbledon en 2013 et premier Britannique consacré au All England Club depuis Fred Perry en 1936.

Etrangement, alors que la venue de Helena Costa avait été accueillie sous l’ovation quasi générale, l’ancienne n°1 mondiale du tennis, gagnante elle-même de deux titres majeurs à l’Open d’Australie et à Wimbledon en 2006, n’a pas toujours semblé bénéficier de la même unanimité. Son nouvel emploi a certes suscité quantité de louanges, mais ces félicitations étaient parfois recouvertes d’un léger voile de scepticisme voire de doute.

Un chemin peu exploré

Comme si Costa, qui va désormais s’occuper d’un club secondaire, était plus «légitime» ou moins «dérangeante» que Mauresmo, en responsabilité, elle, de l’un des tout premiers joueurs de monde, athlète pour ainsi dire n°1 en Grande-Bretagne.

C’est une interprétation qui vaut ce qu’elle vaut, mais il y a, à l’évidence, un petit fond de vérité dans ce constat.

Avant la Portugaise Helena Costa, chargée désormais d’un club de Ligue 2, l’Italienne Carolina Morace avait été le seul cas recensé en Europe d’un entraîneur féminin ayant autorité sur des footballeurs professionnels. Elle avait dirigé les joueurs de Viterbese (troisième division), il y a 15 ans, le temps de deux matchs avant de quitter ses fonctions en évoquant la pression du poste.

Amélie Mauresmo pose les pieds sur un terrain tout aussi «inconnu». Dans le passé, pour ce qui concerne des joueurs de très haut niveau, seules Billie-Jean King, qui avait conseillé l’Américain Tim Mayotte (n°7 mondial en 1988), et Tatiana Naoumko, coach du Russe Andreï Chesnokov (n°9 mondial en 1991) pendant de nombreuses saisons, s’étaient aventurées dans ces chemins peu fréquentés.

Murray est
un des rares joueurs
à s'intéresser
au tennis féminin

Mais à la différence d’Amélie Mauresmo, il ne s’agissait pas de joueurs s’étant déjà imposés dans le Grand Chelem ou visant clairement la place de n°1 mondial comme l’Ecossais.

C’est Andy Murray qui a sollicité Amélie Mauresmo et il a essayé d’expliquer les raisons d’un choix moins baroque qu’on peut l’imaginer dans la mesure où il a été entraîné jusqu’à l’adolescence par sa mère, Judy, une coach devenue depuis capitaine de l’équipe britannique de Fed Cup (la coupe Davis des femmes).

«J’ai grandi en travaillant avec ma mère jusqu’à mes 17 ans, a-t-il confié à la BBC. Je trouvais qu’elle écoutait très bien et c’est quelque chose dont j’avais besoin. Grâce à ça, j’ai commencé, par exemple, à mieux écouter mon corps. C’est une des raisons de mon choix. Amélie sait aussi ce que c’est que de jouer un Grand Chelem à domicile

Murray n’est pas un joueur comme les autres sous plein d’aspects. C’est un champion dont le jeu est atypique et qui «pense» beaucoup sur le court et dans la vie. Il est, de longue date, un joueur qui s’intéresse aussi au tennis féminin –ce que nombre de ses partenaires du circuit ATP ne daignent pas faire comme si pour eux, il s’agissait d’un autre sport.

Sur Twitter, il lui est arrivé ainsi de s’emballer pour la jeune Française Caroline Garcia ou la jeune Américaine Taylor Townsend, cette dernière, en pleine ascension, n’ayant pas toujours été bien traitée par sa fédération qui lui reprochait sa surcharge pondérale.

C’est un autre trait de la personnalité de ce féministe à l’évidence convaincu: il paraît apprécier les femmes en but à une forme d’adversité comme Amélie Mauresmo, dont le coming-out à l’Open d’Australie en 1999 avait été pour le moins mouvementé.

Avant Amélie Mauresmo, Andy Murray s’était alloué les services d’Ivan Lendl qui n’avait jamais entraîné dans sa vie, mais dont la trajectoire faisait écho à celle de l’Ecossais. Comme Murray, dominé lors de ses quatre premières finales du Grand Chelem, Lendl avait dû attendre sa cinquième finale pour enfin s’arroger son premier titre majeur. Et avec Lendl, Murray avait fini par vaincre ses démons pour triompher à l’US Open en 2012 et Wimbledon en 2013.

Leur association faisait donc sens. Mauresmo, dont la carrière a été aussi marquée par ses échecs à répétition à Roland-Garros en raison d’une extrême nervosité, intervient à un moment où Murray est libéré du plus gros poids qui pouvait peser sur ses épaules: celui de l’attente d’un pays qui attendait un successeur à Fred Perry à Wimbledon.

En quelque sorte, le plus dur est fait pour lui, ce qui devrait faciliter la tâche de l’ancienne joueuse française qui lui ressemble probablement.

Murray veut-il goûter à la joie de vivre à la française?

Dans son existence de championne, Mauresmo était un miroir à deux faces. D’un côté, elle voyait une jeune femme rongée par le doute, mais à l’affect débridé, de l’autre elle contemplait une sportive ayant le contrôle de ses émotions et de sa puissance. Il est possible que Murray ait identifié cette double personnalité et qu’il ait justement vu en Mauresmo, résolument portée vers l’offensive à de nombreux niveaux, un double féminin. Tous les deux sont, sinon naturellement réservés, avec un sens de l’humour relativement voisin –«chambrer» est un amusement commun– en remarquant également que Mauresmo, lors des tournois du Grand Chelem, était très proche des joueurs français (et moins des joueuses) avec qui elle aimait jouer aux cartes comme Arnaud Clément ou Michaël Llodra.

Murray, un peu seul au monde dans le tennis britannique, a souvent relevé combien les joueurs français avaient la chance de former une communauté sur le circuit professionnel et il est possible qu’il ait voulu goûter à son tour à cette joie de vivre à la française.

Quand elle avait remporté Wimbledon en 2006, Amélie Mauresmo avait fait cette réponse à un journaliste qui lui demandait comment elle s’était sentie au matin de cette finale.

«J’étais très tendue au réveil, j’avais mal dormi et j’étais étonnée parce que dans les mêmes circonstances, en Australie, je n’étais pas particulièrement tendue, avait-elle répondu. Je l’ai dit tout de suite à Loïc (NDLR: Courteau, son coach à l’époque). On a parlé, je lui ai exprimé tout ce que j’éprouvais, ça a duré une bonne vingtaine de minutes et cela m’a permis d’évacuer ce surplus de tension. Voilà, c’est aussi ça le rôle du coach

Andy Murray était vraisemblablement à la recherche d’une oreille aussi attentive et réceptive. Quant à Amélie Mauresmo, qui s’ennuyait un peu dans sa retraite (elle est une bonne commentatrice, mais le micro n’est pas sa passion), elle s’offre un joli défi, moins immense que ce que l’on veut bien nous faire croire.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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