Science & santé

Non, le porno ne rétrécit pas le cerveau

Repéré par Andréa Fradin, mis à jour le 23.06.2014 à 15 h 02

Repéré sur Wired, The Daily Telegraph

Attention aux études et à leurs nombreux biais qui eux, ne font pas que du bien à notre cerveau.

"Almost porn" par me vs gutenberg  | Flickr licence cc by sa

"Almost porn" par me vs gutenberg | Flickr licence cc by sa

Début juin, une étude scientifique a été largement couverte par les médias. A l'en croire, «trop de porno tue le cerveau».

De la santé, du cul, des effets nocifs: la recette idéale pour obtenir un article qui fait du clic, et pour assurer un beau succès à l'étude en question, un peu à la façon de cette information (fausse) selon laquelle les blondes seraient plus intelligentes.

Sauf qu'au-delà de leur côté croustillant, il semblerait que les conclusions de cette étude soient invérifiables, donc caduques. C'est en tout cas le constat d'un journaliste de Wired, qui a disséqué la méthode expérimentale des chercheurs à l'origine de la fameuse conclusion porno=bobo au cerveau.

Pour rappel, l'étude a été menée par une psychologue et un psychiatre allemands qui ont scanné de trois manières différentes le cerveau de 64 hommes, dont la consommation moyenne de contenu pornographique s'élève, selon leurs dires, à quatre heures par semaine. En croisant leurs observations, les chercheurs arrivent à la conclusion suivante:

«Nous avons trouvé que le volume de ce qu'on appelle le striatum, une région du cerveau qui est associée au traitement de la récompense et de la motivation est plus petite chez les participants qui ont fait part d'une plus grande consommation de pornographie.»

Traduisez par: il manque un bout de cervelle aux amateurs de contenus olé-olé. Qu'il est facile de résumer par un expéditif «il manque une case chez les mateurs de porno», de la même manière que l'on croyait, il y a quelques années, que la masturbation rend aveugle, rappelle Wired.

Problème: difficile de savoir à quoi renvoie, concrètement, cette réduction de matière grise dans cette région du cerveau. Problème bis: difficile de savoir si la consommation de pornographie est réellement liée à cette réduction de matière grise. Ce que reconnaissent d'ailleurs parfaitement les auteurs de l'étude en question, comme on peut le lire dans le Daily Telegraph:

«Il est difficile de déterminer, par exemple, si le fait de regarder du porno mène à des changements du cerveau ou si le fait que des gens naissent ainsi, avec ce type de cerveau, mène à regarder davantage de porno.»

Pas simple donc d'établir une corrélation. Ce qui n'a pas empêché les médias de choisir la leur.

Par ailleurs, et Wired insiste lourdement sur ce point, les chercheurs ont pris soin d'étudier des individus «en bonne santé». Autrement dit, quand bien même l'étude (et l'interprétation, surtout, qu'on en fait) vise juste, quand bien même ces hommes ont effectivement la cervelle toute rabougrie du fait de leur consommation de porno, cela ne leur causerait donc de toute façon «aucun problème majeur». Ce qui agace passablement notre journaliste:

«Les chercheurs ont été témoin de la diffusion par les journaux de titres faisant état d'un rétrécissement du cerveau, et de lésion neuronale, alors qu'ils savaient avoir spécifiquement recruté des hommes sains d'un point de vue psychologique et neurologique.»

Par ailleurs, d'autres points n'ont pas été pris en compte, poursuit Wired, comme la personnalité des individus, dont il a été prouvé par des études antérieures qu'elle a une incidence forte «sur la structure et les fonctions cérébrales», ou bien encore les autres contenus regardés par les participants de l'étude. Qui dit que le fait de regarder Arte, ou de la télé-réalité, ne provoque pas le même phénomène? Qui dit que tout autre chose n'est pas reliée au même phénomène, comme le montre ce site, qui permet de trouver des relations entre à peu près tout et n'importe quoi?

Sur un sujet aussi sensible que le porno, et ses éventuels effets, le biais majeur est peut-être à chercher ailleurs: dans cette obstination à effectivement trouver quelque chose de suspect. Un peu à la manière du lien supposé entre jeu vidéo et comportements violents –débat qui divise depuis des années, sans qu'aucune recherche n'ait réussi à trancher.

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