Monde

Le Fatah navigue entre Gaza, Jérusalem et Washington

Jacques Benillouche, mis à jour le 05.08.2009 à 15 h 06

La principale composante de l'OLP réunit son sixième Congrès à Bethléem.

Le Fatah a réuni le 4 août sa sixième assemblée générale à Bethléem, la première depuis vingt ans, après la fuite de la majeure partie de ses dirigeants du Liban vers la Tunisie. Les décisions seront difficiles à prendre lors de cette réunion en raison de la position inconfortable et ambigüe du parti.  L'objectif premier de ce congrès consiste à contrer le Hamas qui cherche à être le principal sinon le seul, représentant des palestiniens en se posant en une force capable de négocier la paix et la création d'un Etat. Il faut dans le même temps que le Fatah prenne des positions fermes et tienne un discours dur face au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou au moment où ce dernier est sous la pression de l'administration américaine.

A l'ouverture des débats, Mahmoud Abbas a axé son discours sur «les princes des ténèbres», qualifiant ainsi les félons de Gaza « qui devraient suivre la voie des négociations tant qu'il restait ne serait-ce qu'un infime espoir». Pour faire un bon équilibre, il a ajouté quelques mots à destination des plus durs affirmant que «bien que la paix est notre choix, nous nous réservons le droit de résister». Ses propos ont été immédiatement appuyés par ceux du général Jibril Rajoub. Cet ancien homme de confiance de Yasser Arafat et actuel conseiller pour la sécurité nationale à la présidence de l'Autorité palestinienne a précisé que le Fatah «n'avait pas renoncé et ne renoncerait pas à l'option d'un combat armé.»

Les congressistes évoluent entre la logique de l'affrontement pour ne pas se faire marginaliser par le Hamas et celle d'une négociation en cherchant à profiter d'un contexte plus favorable à Washington. Les militants de Gaza contestent la légitimité de la représentation palestinienne tandis que ceux de Cisjordanie, lassés des guerres faisant des ravages dans l'économie et dans leurs rangs, voudraient bien en finir en choisissant la voie pacifique mais en ménageant la chèvre et le chou.

Les pragmatiques voient leur territoire se réduire en peau de chagrin et ne veulent plus perdre de temps pour voir la naissance d'un Etat même à l'issue d'un accord provisoire. Mais ils doivent se montrer aussi suffisamment anti-israéliens pour satisfaire les désidérata des extrémistes qui ne veulent en aucun cas d'un accord de paix et, suffisamment «modérés» pour ne pas rompre tout à fait les liens avec les Etats-Unis qui tiennent à inventer un nouveau processus de paix.

L'existence de deux entités palestiniennes antagonistes facilite la prise de décision antinomique ayant pour conséquence le blocage de tout processus de paix. Selon la thèse à défendre et en fonction de l'opportunité du moment, l'une ou l'autre est mise en avant. L'OLP (Organisation de Libération de la Palestine) a été contrainte de signer les accords d'Oslo en 1993 avec comme condition impérative une timide reconnaissance d'Israël et pour le moins, le renoncement à sa destruction.

A l'opposé le Fatah, pourtant partie intégrante de l'OLP, représentant la branche armée, a choisit le combat comme seul moyen de recouvrer l'indépendance et refuse une quelconque reconnaissance d'un Etat juif en Palestine. L'autorité palestinienne subit donc ces contradictions. Et son leader n'a pas le charisme ni les moyens d'imposer sa volonté comme le faisait Yasser Arafat. Il est contraint de transiger, une fois à droite, une fois à gauche, pour assurer la cohésion de son parti.

Israël joue sur du velours

Israël, pendant ce temps, joue sur du velours puisqu'il reporte sur les palestiniens la responsabilité d'une inaction, sinon d'une rupture, en critiquant leur refus d'une reconnaissance claire et non ambiguë de son existence. Cette dichotomie entre paix et poursuite du combat attise la méfiance et fournit des arguments à la droite nationale israélienne qui s'oppose à toute négociation et à tout retrait des implantations de Cisjordanie.

Le double langage des palestiniens, oscillant entre lutte armée ou combat politique, a toujours été utilisé par Israël pour freiner toute avancée dans le processus de paix. Ils doutent des intentions pacifiques des palestiniens car les uns et les autres se contredisent sur la stratégie à suivre. Alors, la sécurité étant le crédo de tous les gouvernements, ils l'améliorent ou la consolident en étendant précisément les implantations en Cisjordanie. Les palestiniens ne semblent pas avoir compris que certains en Israël ont plus peur de la paix que de la guerre.

Nouvelle gouvernance


Des officiels militaires israéliens, qui ont approché le chef de l'Autorité, rapportent que Mahmoud Abbas a exprimé une certaine lassitude de n'avoir pas su fédérer son peuple. La remarque de Samy Abou Zohri, porte parole du Hamas l'accusant «d'avoir été élu à la tête de l'autorité palestinienne, et non pas du peuple palestinien» l'a profondément marqué. C'est pourquoi, désintéressé du combat politique et désabusé par ses échecs répétés, il semble résigné à céder sa place à condition que la charge n'échoie pas à un dirigeant du Hamas.  A l'occasion de la démission de son Premier ministre Salam Fayed, le 7 mars 2009, il avait bien tenté de remettre de l'ordre dans l'Autorité pour prouver qu'il en était le chef mais sans réel succès.

Les observateurs israéliens estiment que l'objet du Congrès est à rechercher ailleurs, dans le remplacement de Mahmoud Abbas. Seul son retrait pourrait faciliter une réconciliation avec le Hamas et le retour de Gaza dans le giron d'une Autorité remaniée. Les congressistes pourraient sortir de leur chapeau un nouveau dirigeant capable de fédérer toutes les tendances. Un héros respecté par tous les militants, Mohamed Ghneim, exilé depuis la Guerre de Six Jours de 1967, vient d'obtenir d'Israël le droit de se rendre à Ramallah, après 40 ans d'absence.

Netanyahou n'a pas donné l'accord de son retour à la légère. Il reste persuadé que Mahmoud Abbas n'est plus un partenaire crédible jouissant de la confiance de son peuple et préfère négocier avec une personnalité nouvelle. Abou Maher, nom de guerre de Ghneim, ou quelqu'un d'autre disposant d'une certaine aura, pourrait lui convenir. Le changement de gouvernance aura au moins l'avantage de lui faire gagner du temps car c'est de cela dont il a le plus besoin. Bien sur, le vétéran du Fatah ne pouvait pas désavouer ses amis et son premier discours tendait à s'attirer les faveurs de tous les militants: «Je suis venu dans ma patrie pour affirmer que nous poursuivrons la lutte jusqu'à la libération». Lutte militaire ou politique?  Guerre ou paix? Sera-t-il le de Gaulle palestinien?

En tout état de cause, les palestiniens doivent retrouver de la crédibilité vis-à-vis des américains et de l'Europe. Ils devront apprendre à parler d'une seule voix pour appliquer une seule politique. Il faut souhaiter qu'elle soit claire et pragmatique.

Jacques Benillouche

Image de Une: Le président palestinien Mahmoud Abbas lors de son discours à Bethléem  Nayef Hashlamoun / Reuters

Jacques Benillouche
Jacques Benillouche (230 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte