Monde

Etats-Unis : «la superpuissance doit se retirer»

Repéré par Eric Leser, mis à jour le 22.06.2014 à 12 h 05

Repéré sur Reason Magazine, Weekly Standard, New Republic, New York Times

Le débat fait rage à Washington. Les Etats-Unis doivent-ils cesser de jouer le gendarme de la planète et se retirer des affaires du monde.

Des soldat américains en Afghanistan, en 2007. The U.S. Army via Flickr CC Licence By

Des soldat américains en Afghanistan, en 2007. The U.S. Army via Flickr CC Licence By

Les échecs répétés de la politique étrangère de Barack Obama en Ukraine, en Syrie, en Libye, en Egypte, en Afghanistan, au Pakistan et maintenant en Irak ont relancé un intense débat aux Etats-Unis sur le rôle international, militaire et diplomatique du pays. Existe-t-il une voie entre l’aventurisme militaire de George W. Bush et la diplomatie des bons sentiments de Barack Obama, l’un comme l’autre ayant provoqué des catastrophes.

Ce débat est essentiellement mené à la droite de l’échiquier politique américain entre les positions radicales, bien connues, des néo-conservateurs qui réapparaissent et celles, tout aussi radicales, proches des tea parties et des libertairiens anti-Etat, qui prônent le désengagement et l’isolationnisme.

Les néo-conservateurs, qui se cachaient à la fin de la présidence de George W. Bush, font un retour remarqué. Leur doctrine n’a pas changé, l’interventionnisme au nom d’une mission presque civilisatrice des Etats-Unis qui consiste à apporter la démocratie, la liberté et les valeurs occidentales dans le monde, y compris par la force.

Bill Kristol et Fred Kagan, deux théoriciens néo-conservateurs, expliquent ainsi dans The Weekly Standard que les Etats-Unis doivent «agir de façon audacieuse et décisive» en Irak et «pas seulement conduire des frappes aériennes, mais les accompagner par des forces spéciales et peut-être des unités militaires régulières au sol».

Un autre Kagan, Robert Kagan, historien réputé, est au centre des conversations à Washington depuis quelques semaines après avoir écrit dans le magazine New Republic un article titré : «Superpowers Don't Get to Retire»  (Les superpuissances ne prennent pas leur retraite). Le New York Times explique que Barack Obama a même invité Robert Kagan à la Maison Blanche pour échanger «sur leurs visions du monde».

Mais plus à droite encore de l’échiquier politique américain que les néo-conservateurs, on voit monter une opposition grandissante au rôle des Etats-Unis dans le monde et une volonté de se retirer pour se préoccuper des problèmes intérieurs, une nouvelle forme d’isolationnisme comme dans les années 1930. Reason est sur cette ligne. L'Amérique doit se retirer des affaires du monde et le magazine s’oppose ainsi farouchement à toute nouvelle intervention militaire américaine en Irak et ailleurs aussi. 

Pour Reason, les néoconservateurs mettent à tort en avant le rôle qu’ont joué les Etats-Unis en protégeant les démocraties européennes et celle du Japon au lendemain de la seconde guerre mondiale et en leur permettant de prospérer. Ce modèle qui est leur référence, notamment dans la stratégie à mener dans le monde musulman, n’en est pas un pour Reason. Le magazine libertarien souligne que les effets de la guerre froide, tant vantée, ont été désastreux pour de nombreuses régions du monde.

«En Amérique latine, les effets de la guerre froide n’ont pas été de promouvoir la liberté et l’indépendance mais de les faire reculer… Washington a contribué à mettre en place dans cette partie du monde des régimes particulièrement répressifs … La même chose a été vraie au Moyen-Orient, en Afrique et dans le sud-est asiatique… Oui, l’Europe occidentale et le Japon ont prospéré sous la protection américaine (même si nous ne devons pas oublier qu’ils ont conservé cette protection bien longtemps après qu’ils aient été capables de se défendre tout seul). Mais pour de grandes parties de la planète, le combat entre les affidés de Washington et de Moscou a contaminé la politique locale et fait reculer l’indépendance… La liberté a bien regagné du terrain dans les années 1980 et 1990 au détriment des dictatures communistes mais aussi de pays appartenant au monde dit libre qui n’avaient pas vraiment goûté à la liberté. Et cela n’a pas été possible parce que Washington est devenu le seul défenseur de l’ordre mondial, mais parce que les Etats-Unis se sont retirés».

Pas suffisamment pour Reason qui considère que l’intervention en Irak a été un désastre et pas seulement. Même celle, à raison purement humanitaire en Somalie, «a contribué à exacerber les conflits dans la corne de l’Afrique». Et Reason de revenir sur la Libye qui est le modèle qu’auraient voulu suivre les partisans d’une opération militaire en Syrie contre les troupes et les armes chimiques du dictateur Bachar el-Assad. «En Libye, l’OTAN a permis de déposer le régime d’un dictateur qui réprimait sauvagement ces ennemis. Et la Libye aujourd’hui est comme la Syrie, une zone de violence et de chaos

Pour Reason, la liberté et la stabilisation d’une société ne se parachutent pas du ciel comme en Libye ou même ne voyagent dans les fourgons d’armées d’occupation comme en Afghanistan et en Irak. Les Libyens comme les Irakiens doivent construire eux-mêmes leur société et leurs équilibres. «Cela signifie des tragédies et du sang répandu dans le processus, mais le savez-vous?, cela se produit aussi quand les troupes américaines sont là… Rétablir un ordre dans un pays et une société se fait à partir de la base et une intervention extérieure fait plus de tort que de bien. Si reconnaître cette limite signifie se retirer, alors cette superpuissance non seulement peut se retirer, mais doit le faire».

 

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