France

Un «nouvel antisémitisme» grandit en France

Repéré par Eric Leser, mis à jour le 21.06.2014 à 10 h 16

Repéré sur Washington Post, New York Times, Guardian

Le Washington Post, le New York Times et le Guardian se penchent sur la résurgence de l'antisémitisme en France.

Des élèves de l'école élémentaire de Reshit à Jérusalem, le 12 janvier 2012. REUTERS/Ronen Zvulu.

Des élèves de l'école élémentaire de Reshit à Jérusalem, le 12 janvier 2012. REUTERS/Ronen Zvulu.

Dieudonné, Jean-Marie Le Pen, Mehdi Nemmouche, Mohammed Merah, Youssouf Fofana et le gang des barbares. Qu’ont-ils en commun s’interroge la presse anglo-saxonne? Les journaux américains et anglais multiplient les articles depuis plusieurs jours sur le «nouvel antisémitisme» qui grandit en France, pour reprendre l’expression du Washington Post.

Le New York times met lui en avant l’augmentation rapide du nombre d’émigrants juifs qui quittent la France pour Israël. Le quotidien cite Taieb Nizard, une femme de 32 ans, mère de deux enfants qui s'explique: «j’aime la France et c’est mon pays, mais je suis dégoutée. En Israël il y a une armée qui va nous protéger. Ici, je ne vois pas d’avenir pour mes enfants».

«L’anxiété française illustre l’anxiété générale des juifs d’Europe qui craignent pour leur sécurité et leur avenir», explique au quotidien de New York Serge Cwajgenbaum, un Français qui est le Secrétaire général du Congrès juif européen à Bruxelles. «Si cette situation continue, il y aura une accélération des départs d’Europe», ajoute-t-il.

Pour le Washington Post, le succès des spectacles antisémites de Dieudonné qui en a fait sa marque de fabrique, son principal message au fil des années et pour finir un mouvement politique est le symptôme d’un problème bien plus large de la société française. Le «nouvel antisémitisme» est le résultat de la convergence de quatre facteurs principaux. A savoir, la recherche classique d’un bouc-émissaire en période de crise économique, la force grandissante de l’extrême-droite nationaliste, la détérioration des relations entre les noirs et les juifs et les tensions grandissantes avec la population musulmane en expansion rapide en Europe. Mais en Europe occidentale «aucune nation n’a vu le climat se détériorer pour les juifs comme la France».

L’antisémitisme et les actes antisémites n’avaient pas disparu en Europe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Il y a notamment eu deux vagues dans les années 1980 et au début des années 2000 liées au conflit israélo-palestinien. Mais il ne s’agissait pas de mouvements touchant une part non négligeable de la population et qui s’accompagnaient d’une véritable libération de la parole antisémite et fait nouveau, pas seulement de la parole.

Ainsi, c’est un Français, Mehdi Nemmouche, qui est le principal suspect de la tuerie en mai au musée juif de Bruxelles. Il s’agit de l’acte antisémite le plus violent depuis qu’en 2012, Mohammed Merah, un autre Français, a abattu trois enfants dans une école juive à Toulouse. La France qui abrite la plus importante communauté juive d'Europe a vu les actes antisémites augmenter de 40% au cours des trois premiers mois de l’année pour atteindre le nombre de 140. Il y a trois semaines, deux jeunes juifs qui sortaient d’une synagogue à Créteil ont été roués de coups. Un fait divers presque ordinaire.

Pour finir, une récente étude menée dans le monde pour l’organisation juive américaine Anti-Defamation League suggère que la France a aujourd’hui le plus important pourcentage de population ayant des préjugés antisémites en Europe occidentale: 37% contre 8% en Grande-Bretagne, 20% en Italie et 27% en Allemagne. «Pour les dirigeants juifs, cela est lié à la radicalisation de la jeune population musulmane française et aux attaques permanentes dans les médias français sur la politique israélienne envers les palestiniens», écrit le Washington Post.

Mais le quotidien reconnaît aussi que la situation est plus complexe que cela. L’antisémitisme est devenu socialement plus acceptable et dans des registres différents Dieudonné et Jean-Marie Le Pen illustrent et ont permis cela. Ils incarnent la libération de la parole anti-juive avec leurs allusions répétées aux chambres à gaz et à la shoah et pour Dieudonné aux vieilles théories d'extrême droite et d'extrême gauche sur la domination juive du monde.

Et les «dérapages» répétés de Jean-Marie Le Pen, président d’honneur et fondateur du Front National, dont le dernier sur «la fournée» qu’il réserve au chanteur d’origine juive Patrick Bruel,  n’ont pas été un obstacle au fait que ce parti a remporté les élections européennes en France.

Pour le Guardian, la résurgence de l’antisémitisme doit amener et rapidement un sursaut dans toute l’Europe. «Nous ne pouvons nous permettre sur ce continent d’être une fois encore des témoins passifs. Nous devons reconnaître l’ampleur du problème, comprendre les forces qui sont derrière et y mettre fin: tolérance zéro».

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