Économie

Pourquoi les gens n’aiment pas l’information et affirment le contraire

Temps de lecture : 2 min

Election présidentielle américaine de 2008  REUTERS
Election présidentielle américaine de 2008 REUTERS

Les lecteurs ne s’en rendent peut-être pas toujours compte, mais nous pouvons vous voir. Oui, vous qui lisez cet article. Nous avons des données qui nous disent en gros qui vous êtes, de quel site vous arrivez, combien de temps vous allez rester chez nous, jusqu’où vous allez lire cet article et ce que vous allez faire en ligne ensuite.

Le magazine en ligne américain The Atlantic dévoile ainsi à ses lecteurs la face cachée d’un média numérique. Pourquoi est-ce qu’il est si important pour lui de savoir ce que vous regarder et lisez ? La réponse évidente est que nous savons comme cela ce qui vous intéresse. La réponse moins évidente mais également juste est que nous savons aussi ce qui ne vous intéresse pas.

Si nous ne faisions que demander ce que les internautes cherchent sans vérifier qu’ils le cherchent vraiment la plupart continueraient à mentir à eux-mêmes et à nous.

Et voilà ce que nous qualifions, exagérément, de mensonge. Il a été mesuré aux Etats-Unis par le Reuters Institute for the Study of Journalism qui a interrogé des milliers de personnes pour savoir qu’elles étaient à leurs yeux les informations les plus importantes. Les questions internationales sont jugées deux fois plus importantes que les informations concernant les célébrités et le divertissement. L’économie et la politique intérieure sont à des niveaux encore plus élevés que l’international.

Mais la réalité est très différente. The Atlantic prend pour exemple les informations de la journée du 17 juin dernier.

L’information la plus importante dans le monde selon les grands quotidiens du matin américain, le Washington Post, le Wall Street Journal, le New York Times et bien d’autres est la situation en Irak avec la menace des djihadistes sur Bagdad.

Mais les articles les plus lus sur les sites de ces médias ne sont pas ceux sur l’Irak, loin de là. Sur le Washington Post, il s’agit d’articles sur la Coupe du monde de football et une tornade dans le midwest. Sur le Wall Street Journal, ce sont des articles sur Youtube et les impôts et sur le New York Times des articles sur le gluten et la dépression post-natale.

Et il ne s’agit pas d’une exception. BuzzFeed a rendu public l’an dernier une étude sur les articles les plus lus sur de nombreux sites d’information dont ceux du New York Times et de The Atlantic. Sur les 20 articles arrivant en tête du classement seuls trois étaient liés à une actualité «sérieuse» et récente.

Les coupables ne sont pas les nouvelles générations qui seraient «acculturées», Facebook qui nivelle par le bas ou des logiciels comme Chartbeat qui permettent de mesurer précisément ce que font les lecteurs. Le problème, c’est notre cerveau.

Nous préférons ce qui est agréable, familier, distrayant à ce qui est nouveau et souvent compliqué et difficile, l’information dite sérieuse. Nous aimons manger une friandise quand nous sommes tristes, écouter une vieille chanson quand nous sommes fatigués et faire des choses faciles quand nous sommes occupés.

Cela explique pourquoi nous préférons lire et écouter les points de vue politiques, philosophiques et idéologiques que nous partageons. Comprendre les informations est épuisant. Nous préférons les voir à travers des grilles de lecture qui nous rendent les choses plus simples.

Avant les médias numériques, il était difficile de mesurer cela. Les journaux ne pouvaient pas mesurer ce que leurs lecteurs lisaient vraiment. Les sondages étaient faux. L’âge du journalisme analytique a au moins un mérite celui de remettre les choses à leur place. L’objet du journalisme est de montrer le monde tel qu’il est dans sa vérité crue et elle n’est pas facile à voir et à accepter.

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