Coupe du monde 2014Monde

L'URSS était une grande puissance du foot. Pourquoi la Russie n'en est pas une?

Harrison Stark, traduit par Grégoire Fleurot, mis à jour le 22.06.2014 à 16 h 12

Lors de Russie-Corée du Sud, le 17 juin à Cuiaba. REUTERS/David Gray.

Lors de Russie-Corée du Sud, le 17 juin à Cuiaba. REUTERS/David Gray.

A chaque Coupe du monde, quelqu'un doit jouer le rôle du paria mondial. En 2010, c'était la Corée du Nord. Cette année, c'est la Russie, avec sa récente «aventure» en Ukraine. Et comme les Nord-Coréens, qui se sont fait éliminer au premier tour il y a quatre ans, les Russes n'ont aucune chance de ramener le titre à la maison.

Un rapide coup d'œil au classement Fifa montre que la Russie est 18e, soit pas si mal que ça. Mais l'histoire du pays en Coupe du monde donne une autre perspective.

Habituée des défaites au premier tour

L'équipe de Russie n'a pas très bien géré la transition postcommuniste, ce qui n'est pas une surprise étant donné qu'elle a perdu tous ses joueurs ukrainiens, sans parler de ceux qui jouent désormais pour la Biélorussie, la Géorgie et d'autres anciennes républiques soviétiques.

L'Union soviétique était une puissance footballistique: elle s'était qualifiée pour trois quarts de finale et une demi-finale. La Russie, elle, ne s'est qualifiée que deux fois pour la Coupe du monde jusqu'à cette année, en 1994 et en 2002, et s'est fait sortir au premier tour à chaque fois.

Mis à part une épopée spectaculaire jusqu'aux demi-finales de l'Euro 2008 sous les ordres du néerlandais Guus Hiddink, elle n'est jamais sortie de son groupe lors des autres Euros.

Les joueurs étrangers plutôt que la formation

Quand l'URSS s'est disloquée, les clubs de foot russes ont connu une transition brutale. Autrefois, ils étaient principalement organisés autour des syndicats de travailleurs, des organismes d'Etat et des industries (ce qui explique des noms d'équipes comme le Lokomotiv Moscou). Quand le communisme s'est effondré, la structure du football russe aussi.

Le football a suivi la même direction que beaucoup d'institutions russes, celle des oligarques et des nouveaux monopoles. Mais cela n'a pas aidé l'équipe nationale.

Ces individus fortunés et autres entreprises puissantes comme Gazprom ont lourdement investi pour attirer les meilleurs joueurs étrangers dans le championnat russe. La star camerounaise Samuel Eto'o a atterri dans le club daghestanais de l'Anzi Makhachkala, en 2011, à la faveur d'un contrat estimé à 300.000 livres par semaine (plus de 375.000 euros), devenant ainsi le joueur le mieux payé du monde.

Dans un monde idéal, une partie de cet argent aurait pu aller dans la formation de jeunes talents russes. C'est un «gros problème» selon le sélectionneur italien de la Russie, Fabio Capello, qui a déclaré en 2012:

«Dans les équipes du championnat russe, il y a sept étrangers et seulement quatre joueurs sélectionnables [en équipe de Russie]. C'est très difficile de travailler comme ça.»

Racisme et violence

Cet afflux de joueurs étrangers n'a pas été vu d'un bon œil par certains fans russes. L'hiver dernier, des supporters du Zénith Saint-Pétersbourg ont envoyé une lettre au club en réclamant que l'entraîneur mette sur le banc les joueurs noirs et homosexuels de l'équipe.

Yaya Touré, international ivoirien et joueur africain de l'année en 2011, 2012 et 2013, a menacé de boycotter la Coupe du monde 2018 en Russie si l'ambiance dans les tribunes ne s'améliorait pas. Comme la Russie est le prochain pays organisateur, la communauté internationale scrute d'ailleurs particulièrement le comportement de ses supporters au Brésil. «Je ne sais pas exactement quel a été le problème, mais je demande aux supporters de se calmer», avait déclaré le milieu de terrain Alan Dzagoev pendant l'Euro 2012, quelques jours après que des fans russes ont attaqué des vigiles de stade, en envoyant quatre à l'hôpital.

Sur le papier, c'est une bonne équipe, et la Russie a joué un football offensif magnifique à l'Euro 2012. Si elle espère bien figurer quand elle accueillera le tournoi dans quatre ans, elle ferait mieux de poser les bases maintenant.  

Harrison Stark
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