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Vous auriez voulu qu'on vous explique concrètement la transition énergétique? Encore raté

Gilles Bridier, mis à jour le 20.06.2014 à 11 h 03

Le projet de loi présenté par Ségolène Royal fait la part belle au bâtiment, mais contourne les questions qui fâchent.

Centrale nucléaire, en république tchèque, en avril 2014. REUTERS/David W Cerny

Centrale nucléaire, en république tchèque, en avril 2014. REUTERS/David W Cerny

Emploi, énergie: deux marqueurs annoncés du mandat de François Hollande, pour lesquels deux ministres n’ont pas hésité à inaugurer dans Le Parisien Magazine un nouveau burlesque en politique. Après la transformation d’Arnaud Montebourg en marin breton pour faire la promotion du «made in France», voici la reconversion de Laurent Fabius en monsieur météo pour mettre en scène l’engagement de la France contre le réchauffement climatique. Dans le premier cas, il s’agissait d’appuyer la politique en faveur de l’emploi; dans le second, d’accompagner la présentation par Ségolène Royal du projet de loi sur la transition énergétique.

Comme si le transformisme au service de la communication politique accentuait la capacité de conviction de ces ministres. Pas évident! Ces poids lourds de la gauche considèrent-ils aujourd’hui qu’un message décalé gagne en crédibilité? Pas évident du tout non plus.

A moins que, par ce biais, l’objectif visé consiste détourner l’attention pour mieux passer outre les zones d’ombres. Car, s’agissant de la présentation le 18 juin du projet de loi de programmation pour la transition énergétique, des questions demeurent posées.

Certes, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie n’a pas été avare, dans sa présentation, de formules grandiloquentes («c’est une loi d’action et de mobilisation») pour décrire l’ambition que porte cette loi («une possible troisième révolution industrielle»). Mais sur les mesures, quoi de neuf?

S’agissant d’une loi cadre, le projet balaie très large. Et politiquement, c’est peut-être ce qui rend sa présentation difficile. Pas de rupture, mais une synthèse et des zones d’ombres pour ne pas bousculer le consensus. Pour un texte qui doit marquer le quinquennat, on reste sur sa faim.

Plein feux sur le bâtiment, motus sur l’écotaxe

Le projet de loi fait la part belle aux économies d’énergie dans le bâtiment. Un gros coup de pouce aux entreprises du secteur qui devront toutefois développer la formation de leurs salariés (problématique connue) pour répondre à ce genre de demande. Dans les transports propres, priorité est donnée à l’électricité. Toutefois, le compte n’y est pas.

On attendait Ségolène Royal sur le dossier de l’écotaxe après ses déclarations radicales prenant le contre-pied de décisions qui engagent la crédibilité de l’Etat. Le dossier n’est pas mineur pour la transition énergétique puisque, outre une exploitation plus rationnelle du transport routier, cette taxe doit participer au rééquilibrage des transports entre la route et le chemin de fer. 

Mais la ministre, manifestement moins décontractée en présentant le projet de loi que lors de sa première conférence de presse à ce ministère en avril dernier, a éludé le sujet, indiquant plus tard que le gouvernement rendrait sa décision à la fin juin.

Ainsi le contenu de la transition énergétique est-il pour l’instant amputé d’une de ses composantes majeures, compte tenu des enjeux liés aux transports dans les économies d’énergie et du poids de la route dans la consommation d’hydrocarbures.

Exit les dossiers qui dérangent

On retrouve aussi dans le texte des dispositions connues pour réduire le gaspillage, et un couplet particulier y figure pour promouvoir l’économie circulaire qui valorise les déchets.

Le soutien aux énergies renouvelables est toujours aussi compliqué et reprend là encore des dispositifs connus, en les renforçant comme le doublement du «fonds chaleur». A propos du nucléaire, alors que le projet est fort détaillé s’agissant du bâtiment, la question du nucléaire ne semble qu’effleurée. Pas question de relancer le débat.

Le texte instaure également une programmation pluriannuelle de l’énergie, réforme la contribution au service public de l’électricité, incite au développement de territoires à énergie positive... Les engagements vont dans toutes les directions, appuyés par des initiatives locales soulignées par Ségolène Royal.

Transition polymorphe

Mais on cherche en vain une épine dorsale qui structure la politique à mener pour atteindre l’objectif déjà énoncé par le chef de l’Etat de baisser la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50% à l’horizon 2025.

Un objectif qui s’accompagne aussi d’une réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre en 2030, d’une diminution de 30% de la consommation d’énergies fossiles au même horizon, et d’une progression  à 32% des énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale (soit 40% de l’électricité produite).

Le calendrier aura été tenu. Et le texte fournit une base de travail, ce qui doit être porté au crédit de la ministre. Mais il aurait fallu, pour que l’exercice soit plus convaincant, attendre les décisions prises sur le dégel ou l’aménagement de l’écotaxe, qui détermineront les capacités à lancer des travaux d’infrastructures en prise directe avec la transition énergétique. Plutôt que d’aborder ce sujet, Ségolène Royal a préféré insister sur la dimension démocratique et sociale de cette transition, ainsi que climatique à l’instar de Laurent Fabius avec sa mise en scène. C’est évidemment plus fédérateur.

Si tout ce qui concerne le logement et l’économie circulaire a de quoi satisfaire les écologistes, les impasses faites sur les transports, le nucléaire et même les moyens pour développer les énergies renouvelables ne sont pas de nature restaurer les relations entre Verts et le gouvernement. Il est vrai que s’agissant d’une loi cadre, ce sont les décrets d’application qui donneront la véritable dimension de l’engagement.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
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