Economie

Réconcilions les Européens avec l’Europe en agissant ensemble contre le chômage des jeunes

Stéphane Boujnah, mis à jour le 21.06.2014 à 11 h 37

REUTERS/Christian Hartmann

REUTERS/Christian Hartmann

Près de 5,5 millions de jeunes sont aujourd’hui sans emploi en Europe, soit près d’un jeune actif sur quatre sur le continent. Cette moyenne recouvre de profondes différences entre les pays de notre Union:  le taux de chômage des jeunes est inférieur à 10% en Allemagne et en Autriche et supérieur à 50% en Grèce et en Espagne.

Au-delà du discours incantatoire sur la croissance, les Européens attendent des initiatives concrètes pour sortir de cette impasse. Certes, l’Union encourage la coopération en matière d’emploi. Certes, en 2013, plusieurs sommets sur l’emploi des jeunes, à Berlin puis à Paris, ont exprimé une volonté politique des gouvernements européens pour agir ensemble. Mais les élections européennes ont montré l’urgence de réconcilier les Européens avec l’action de l’Union européenne, car les Européens aiment l’Europe quand l’Europe est visible et concrète.

Trou noir de l'action de l'Union

Le Marché Commun a permis, depuis les années 60, à tous les Européens d’accroître massivement leur pouvoir d’achat; l’euro et Schengen ont permis à des millions d’Européens d’aller et venir sur notre continent comme jamais dans notre histoire; Erasmus a permis à des centaines de milliers de jeunes Européens d’étudier, aimer, penser et imaginer des projets de vie aux côtés d’autres Européens. Mais aujourd’hui, le chômage des jeunes, qui est la première angoisse des jeunes Européens et de leurs familles, demeure le grand trou noir de l’action de l’Union.

Dans quelques jours se tient à Sarrebruck le congrès «Europatriés», le premier congrès européen consacré à la lutte contre le chômage des jeunes. L’ambition de ce rassemblement d’acteurs européens, privés et publics, est de partager de manière très concrète les meilleures pratiques mises en œuvre à travers l’Europe pour enrayer le fléau du chômage des jeunes.

A l’origine de cet événement se trouve Peter Hartz, ancien conseiller de Gerhard Schröder, artisan des réformes du marché du travail en Allemagne qui ont permis à nos voisins de réduire considérablement le taux de chômage des jeunes depuis le milieu des années 2000. Cette initiative de Sarrebruck veut mobiliser les énergies de toutes origines pour passer des déclarations d’intention politiques à des actions concrètes, à travers des solutions efficaces et éprouvées pour relancer l’emploi des jeunes en Europe.

Diagnostic des talents et radar pour l'emploi

Plusieurs initiatives nouvelles seront tout particulièrement débattues.

D’abord, une nouvelle forme de diagnostic des talents pour définir, au-delà des offres traditionnelles de la formation professionnelle et au-delà du cadre national du marché du travail, les perspectives de développement professionnel pour chaque jeune chômeur en identifiant ses atouts, ses potentialités ainsi que les opportunités qui s’offrent à lui à travers l’Europe. Cet outil peut s’avérer particulièrement efficace pour proposer une perspective européenne aux jeunes chômeurs peu qualifiés.

La deuxième piste est le radar pour l’emploi, qui vise à mobiliser les milliards de données publiques existantes en Europe pour localiser les gisements d’emplois. Ce nouvel instrument d’activation du Big Data peut constituer rapidement un moyen de cerner précisément les besoins des jeunes chômeurs en Europe et de faire coïncider les besoins d’emplois avec la demande d’emplois à travers le continent.

Pour les jeunes Européens et leur famille, il ne suffit plus d’affirmer que l’Union européenne est une œuvre de paix. L’histoire seule ne suffit pas à réconcilier les Européens avec l’Europe. Seule la capacité visible et concrète de la dynamique d’intégration européenne à créer plus de croissance pour tous et plus d'emploi pour les jeunes peut réconcilier durablement les Européens avec l’Europe et faire reculer la tentation, stérile pour chacun et toxique pour tous, du repli national.

Stéphane Boujnah
Stéphane Boujnah (1 article)
Président du think tank En Temps Réel et directeur général de Santander Global Banking and Markets France & Benelux
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