Double XCulture

Quand Britney Spears devient une icône féministe

Jessica Grose, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 19.06.2014 à 15 h 56

C’est presque drôle.

Britney Spears, le 28 juillet 2013. REUTERS/Mario Anzuoni

Britney Spears, le 28 juillet 2013. REUTERS/Mario Anzuoni

Taffy Brodesser-Akner vient d’écrire un article extrêmement drôle et bien vu pour Matter, la nouvelle plateforme du site participatif Medium, au sujet de la résidence à Las Vegas de Britney Spears. Ce papier analyse avec justesse l’écosystème financier de Vegas et recèle des joyaux tels que «(Britney) voulait un thème de jungle, ce qu’elle veut à chaque fois» et «aujourd’hui, c’est une énigme nimbée de mystère, le tout tenu par des extensions capillaires.»

Là où je ne suis pas d’accord avec Taffy Brodesser-Akner, c’est lorsqu’elle essaie de faire entrer de force le «féminisme» dans la vie de Britney. Taffy Brodesser-Akner avance que Britney est aujourd’hui «un modèle de féminisme pour les mères célibataires qui travaillent, ici et partout ailleurs» simplement parce qu’elle remplit ses obligations d’être humain adulte. Voici comment la journaliste interprète comme un hymne personnel la chanson de Britney «Work Bitch»: 

«Son message est qu’on n’obtient rien facilement, qu’on ne peut pas laisser ses enfants dans une école privée, vivre dans une enclave résidentielle protégée et subvenir aux ambitions nationales de son ex-mari sans travailler. Britney n’est pas la ratée absolue que nous avons décidé qu’elle était pendant une période courte mais fort médiatisée de sa vie. Elle dépose ses enfants à l’école et va les rechercher presque tous les jours. Elle arrive à l’heure, fait tout bien comme il faut, elle est polie et parle avec une voix douce. Elle répète cinq ou six heures par jour, et insiste: "Allez, on le refait encore une fois". Britney bosse»

Je veux bien admettre qu’il soit vaguement impressionnant que Britney remplisse ces tâches maternelles après avoir surmonté des problèmes mentaux évidents et subi la folle pression d’avoir eu les yeux du monde entier braqués sur elle pendant ses années formatrices. Mais taxer d’explicitement «féministes» ou de «non-féministes» ses derniers faits et gestes qualifie bizarrement les choix de vie actuels de Britney, à qui, s’il faut vraiment l’affubler d’un qualificatif en «-iste», le terme capitaliste semble mieux convenir. 

Payer les factures ne fait pas de vous une héroïne féministe

(Je ne comprends pas très bien comment les paroles de la chanson: «You want a hot body/You want a Bugatti/You want a Maserati/You better work bitch [ Si tu veux un corps sexy/si tu veux une Bugatti/si tu veux une Maserati/mets-toi au boulot, pétasse]» s’appliquent aux mères célibataires «ici et partout ailleurs».)

Britney pèse 200 millions de dollars, dit-on. Elle a les moyens de mettre ses enfants dans une école privée, d’habiter dans un quartier résidentiel protégé et de payer 25.000 dollars de pension alimentaire par mois à Kevin Federline jusqu’à la majorité de leurs deux enfants sans plus lever le petit doigt un seul jour de sa vie. Sarah Palin pourrait en faire autant. Payer les factures ne fait pas de vous une héroïne féministe. 

Cessons de cantonner tout ce que font les femmes célèbres à des actes suffisamment «féministes» ou «non-féministes»—cela ne sert à rien, et c’est même parfois préjudiciable. Lana Del Rey est la dernière jeune star en date à avoir été vouée aux gémonies pour ne pas avoir adopté l'étiquette de féministe. 

Qualifier Britney de nouvelle icône du féminisme laisse la porte ouverte aux jugements «féministes» ou «non-féministes» de tous nos choix personnels, à une vision étriquée qui s’éloigne de ce qui est, mais si, souvenez- vous, la vraie mission de justice sociale du féminisme. Par exemple, si Britney est un modèle de féminisme aujourd’hui, qu’était-elle lorsqu’elle était aux prises avec la dépression au vu et au su de tous? Est-ce que les féministes ne peuvent pas avoir de problèmes mentaux ou des vies chaotiques? Ce genre de raisonnement nous entraîne sur une voie abjecte. À sa décharge, Taffy Brodesser-Akner admet que dans son vide absolu, Britney est un «test de Rorschach en chair et en os» pour quiconque l’observe. «Quoi qu’on voie en elle, cela nous dit beaucoup de choses sur qui nous sommes, et non sur qui elle est, elle» écrit-elle. Je suis ravie que Taffy Brodesser-Akner soit une féministe, mais sur ce sujet là en particulier, j’aimerais remettre un vieux mème au goût du jour et crier: laissez Britney tranquille!

Jessica Grose
Jessica Grose (13 articles)
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