Monde

Modi, le Premier ministre du printemps indien

Françoise Chipaux, mis à jour le 28.06.2014 à 10 h 25

La nouvelle classe moyenne qui a bénéficié de la libéralisation économique et des progrès des technologies de l'information récuse la charité au profit de la justice sociale et place le mérite au-dessus de l'héritage.

Un partisan de Modi, avec un gobelet à son effigie, en février 2014 à Delhi. REUTERS/Anindito Mukherjee

Un partisan de Modi, avec un gobelet à son effigie, en février 2014 à Delhi. REUTERS/Anindito Mukherjee

L'élection du petit provincial du Gujarat, Narendra Modi, au pinacle du pouvoir à Delhi marque la fin d'une ère, celle d'une élite indienne essentiellement anglophone, sortie des meilleures écoles issues de la colonisation et sûre de son droit à gouverner. déjà ébranlée dans les années 1990 par la décision d'imposer un quota pour les basses castes dans l'administration, cette élite voit aujourd'hui son pouvoir contesté par une nouvelle génération de jeunes Indiens plus urbanisés et qui observent le monde à travers la presse, la télévision, Internet.

Narendra Modi incarne les aspirations de cette jeunesse qui n'est pas née avec une cuillère en argent dans la bouche mais qui entend se faire sa place au soleil. Mais à l'inverse, elle met en porte-à-faux une classe politique élevée dans le socialisme nehruvien que l'auteure et chroniqueuse Tavleen Singh appelle le «socialisme élitiste». Une intelligentsia qui se veut de gauche dans la tradition du socialisme européen et qui discourt sans fin de la pauvreté dans des salons bien climatisés octroyant à son personnel des salaires de misère.

Cette classe qui a dominé la politique indienne quasiment depuis l'indépendance en 1947 regarde avec condescendance l'ascension de Narendra Modi. Derrière les condamnations légitimes issues de son comportement lors des massacres inter-religieux du Gujarat dont les musulmans ont été les principales victimes en 2002 se cache le rejet d'un homme qui n'est pas issu du sérail.

Né dans un milieu défavorisé, dans ce qui est, selon la classification indienne, une basse caste, Narendra Modi a étudié dans une école locale et vendait du thé dans les gares pour aider sa famille. Ministre éminent du parti du Congrès de la dynastie Nehru-Gandhi, Mani Shankar Aiyar avait raillé pendant la campagne électorale cette modeste occupation déclarant que «Narendra Modi pourrait toujours servir le thé dans les réunions du parti». Sauf qu'en Inde, il y a plus de serveurs de thé que de diplômés de Cambridge, comme Mani Shankar Aiyar.

Le Premier ministre a fait son apprentissage dans les rangs des extrémistes hindous et ensuite au sein du BjP (parti du Peuple Indien-nationalistes hindous) et n'a pas le cosmopolitisme d'une élite dont les enfants étudient à l'étranger et qui voient Londres comme leur seconde «résidence». S'il parle anglais, Narendra Modi est plus à l'aise pour s'exprimer en gujarati, sa langue natale ou en hindi, l'une des deux langues officielles du pays avec l'anglais. Il s'habille local et  porte toujours des kurta parfaitement amidonnées et repassées sur lesquels il passe à l'occasion une veste. Ses seules concessions à la mode seraient des montures de lunettes Bulgari et des montres Movado.

A la tête d'une Inde qui change

Aux députés et fonctionnaires qui en Inde sont une classe à part qui se considèrent le plus souvent au-dessus du lot commun, il a rappelé d'entrée que leur rôle premier était de servir le peuple et répondre à ses besoins. Ses visites impromptues dans quelques ministères ont fait passer le message qu'il entendait bien être écouté.

Dans une Inde qui change, sa réussite est un exemple qui donne de l'espoir aux millions de jeunes qui rejettent, comme l'écrit encore Tavleen Singh «les miettes» des nombreux programmes d'éradication de la pauvreté concoctés pendant des années sans grand succès par le Parti du Congrès. La nouvelle classe moyenne qui a bénéficié de la libéralisation économique et des progrès des technologies de l'information récuse la charité au profit de la justice sociale et place le mérite au-dessus de l'héritage. Une leçon pour toute la classe politique.

Françoise Chipaux
Françoise Chipaux (84 articles)
Journaliste
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