Double X

La photo de ces six PDG blancs, tous des hommes, au Sommet mondial des femmes, est une bonne nouvelle pour les femmes. Je vous assure

Amanda Hess, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 19.06.2014 à 12 h 59

Cette photo, prise au Sommet mondial des femmes 2014 –plus de 1.000 participantes venues de plus de 80 pays pour débattre des moyens d’améliorer les opportunités économiques des femmes dans le monde– a évidemment fait réagir sur Twitter. Et elle était sortie de son contexte, comme souvent.

De gauche à droite: les PDG de Booz & Co. Shumeet Banerji, de Taj-Deloitte Gianmarco Monsellato, de Technip Thierry Pilenko, l'ancien patron de Telstra et Orange Sol Trujillo, le PDG de la Société Générale Frederic Oudea, et celui de la Sodexo Michel Landel. Photo Global Summit of Women.

De gauche à droite: les PDG de Booz & Co. Shumeet Banerji, de Taj-Deloitte Gianmarco Monsellato, de Technip Thierry Pilenko, l'ancien patron de Telstra et Orange Sol Trujillo, le PDG de la Société Générale Frederic Oudea, et celui de la Sodexo Michel Landel. Photo Global Summit of Women.

Le 16 juin, la commentatrice québécoise Marie-Andrée Paquet a tweeté une image familière: la photo de six PDG blancs, tous des hommes, perchés sur une estrade lors d’une conférence et au centre de l’attention générale. Son commentaire: «Une image vaut mille mots, disent-ils

Dans ce cas précis, la plupart de ces mots sont complètement enragés. Cette photo a été retweetée plus de 900 fois depuis, en s’attirant des commentaires tels que «Comment trouver l’homme de la situation à un sommet sur les femmes» «Mais où avaient-ils la tête?» et «Les Hommesplaining.» [Analogie avec le terme «whitesplaining» décrivant une situation où un blanc regarde un noir de haut en lui expliquant pourquoi il n’est pas du tout raciste, NDT].

Cette photo a été prise au Sommet mondial des femmes 2014, qui a réuni plus de 1.000 participantes venues de plus de 80 pays pour débattre des moyens d’améliorer les opportunités économiques des femmes dans le monde.

Quelques hommes de bonne volonté ont également accepté d’y participer. Lors d’une table ronde appelée «Redéfinir le marché: l’intérêt de l’égalité des sexes pour le monde des affaires», des hommes PDG dans les secteurs bancaire, énergétique et juridique ont pris la parole pour expliquer comment recruter et encourager les talents féminins peut être un moteur de succès financier pour une entreprise.

Un des participants, Gianmarco Monsellato, PDG du cabinet d’avocats français TAJ, s'est donné pour mission de recruter des hommes de pouvoir dans la lutte pour l’égalité des sexes. Au cours des dix dernières années, il a contribué à obtenir la parité chez TAJ à tous les niveaux de la direction tout en plaçant son entreprise parmi les meilleurs cabinets d’avocats français.

Gianmarco Monsellato estime que soutenir des solutions du style Lean In [méthode prônée par Sheryl Sandberg, n°2 chez Facebook et auteure de En avant toutes, NDT] qui se concentrent sur le comportement des employées au détriment des actions des hommes qui les dirigent, et des initiatives qui encouragent la diversité en demandant aux femmes de parler entre elles et de présenter le résultat de leurs travaux aux dirigeants masculins, ne fonctionnera pas tant qu’on ne fera pas pression sur les hommes en position de pouvoir pour qu’ils se saisissent eux-mêmes du problème. En d’autres termes, ce comité exclusivement masculin est une excellente chose.

Une autre table ronde du sommet a recruté des hommes et des femmes pour évoquer la responsabilité de l’entreprise envers l’équilibre vie-travail des salariés; et c’est vraiment agréable de voir des hommes et des femmes discuter de problèmes qui les touchent tous.

J’ai participé à trop de conférences abordant des problèmes «de femmes», qui en réalité affectent tout le monde, où j’aurais aimé que des hommes soient impliqués pour contribuer à faire dépasser la conversation de la sphère strictement féminine. Mais faire venir un panel de PDG masculins pour rendre compte publiquement de la répartition des genres dans les entreprises qu’ils dirigent est tout à fait radical.

Comme l'a expliqué Irene Natividad, la présidente du sommet:

«L’égalité des sexes pourra être atteinte plus rapidement si davantage d’hommes s’impliquent dans cet effort

Soit dit en passant, voilà à quoi ressemblait une table ronde typique à ce sommet:

Une belle bande de sales misogynes.

L’indignation générale qui s’est rapidement cristallisée autour de la photo est typique d’un féminisme à l’emporte-pièce qui a juste assez de temps pour compter les morts et les jeter à la figure de la réalité de la domination masculine mondiale, mais pas suffisamment pour vraiment comprendre les détails de l’exemple utilisé, où la dynamique du genre est bien plus compliquée que ce que laissent entendre les apparences (ce défaut est loin d’être l’apanage des féministes—aucun point de vue n'est immunisé contre ça).

Nous avons eu un aperçu de l’attitude-réflexe à l’extrême opposé lorsque le New Republic a publié une curieuse réaction féministe à la nouvelle que Chelsea Clinton gagnait 600.000 dollars par an en tant que correspondante occasionnelle pour ABC News, sous le titre:

«Chelsea Clinton gagne 600.000$ par an chez NBC. Des journalistes hommes s’insurgent en nombre

«Son impressionnant salaire, mérité ou pas, est un pas de plus vers le rétablissement de l’équilibre», écrit Amy Weiss-Meyer, qui évoque le peu de journalistes femmes et la modestie de leur rétribution et interpelle les «journalistes hommes» qui critiquent le salaire de Chelsea Clinton.

En ne se concentrant que sur le sexe de Chelsea Clinton, Amy Weiss-Meyer –qui est stagiaire dans une publication qui ne rémunère pas ses stagiaires presse– ne fait qu’apporter de l’eau au moulin du népotisme, un système qui en réalité défavorise la majorité des femmes.

Et les femmes journalistes qui partagent l'avis de leurs homologues masculins ont été totalement passées à la trappe.

Cette perspective considère la lutte pour l’égalité des sexes comme devant nécessairement opposer les hommes et les femmes: les femmes c’est le bien, les hommes le mal. Mais comme le montre le travail sérieux et acharné de Gianmarco Monsellato, l’égalité des sexes, au même titre que les hommes qui travaillent pour la faire avancer, profite à tout le monde.

Amanda Hess
Amanda Hess (35 articles)
Journaliste
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