Coupe du monde 2014

L'ascension, l'apogée et la chute de la «Roja» vue à travers les unes de Marca, le premier quotidien espagnol

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 19.06.2014 à 12 h 37

Détail de la une de Marca du 19 juin 2014.

Détail de la une de Marca du 19 juin 2014.

Que la «Roja» gagne ou perde, un des petits plaisirs de l'amateur de football est d'aller voir, le lendemain, la une de Marca, le principal quotidien sportif du pays –et principal quotidien tout court. Des titres «interpellants», bourrés de superlatifs, qui racontent mieux que quiconque comment, en une décennie, la sélection espagnole est passée de la lose éternelle à la gloire, et de la gloire au fiasco brésilien. Comment elle s'est longtemps vue au sommet, puis s'y est retrouvée.

L'histoire de l'équipe qui s'est crashée au Maracana, mercredi 18 juin, face au Chili (0-2), commence en 2002. Cette année-là, l'Espagne aligne pour la première fois dans les buts un gardien de 21 ans, Iker Casillas, qui supplée au dernier moment le titulaire Canizares, qui s'est blessé en... se faisant tomber une bouteille de parfum sur le pied.

En huitièmes de finale face à l'Irlande, «les mains de Dieu» offrent à l'Espagne la qualification aux tirs au but. Un exercice qui, en quart de finale, sera fatal à la Roja face à la Corée du sud, avec deux buts valables refusés par l'arbitre«Un Mondial qui donne la nausée», titre le lendemain Marca. Ce jour-là, un joueur de 22 ans, rentré en cours de match, transforme néanmoins son penalty sans trembler: il s'appelle Xavi.

A l'Euro 2004, l'Espagne a encore une des meilleures équipes du tournoi. Mais perd, bien sûr, dès le premier tour, face au pays organisateur et au futur vainqueur grec... au bénéfice d'une moins bonne attaque. «Comme d'habitude», chante tristement Marca. Le pays attend alors un titre depuis 40 ans.

En 2006, l'Espagne aligne déjà une des plus belles générations de son histoire, qui réussit un carton plein au premier tour du Mondial allemand: Sergio Ramos, Xabi Alonso, Cesc Fabregas, Andres Iniesta... Tout le pays se voit déjà champion du monde: «Vous avez vu une équipe supérieure à l'Espagne?»

En plus, c'est une France vieillissante qui se présente en huitièmes de finale, avec un Zidane pré-retraité: «Tu as peur? La France, elle, panique!»

La suite est connue: la jeune Espagne joue bien, marque rapidement sur penalty puis se fait marcher dessus physiquement, au vice, par une France expérimentée, qui s'impose 3-1. Marca retournera sa veste quelques jours plus tard en demandant à Zidane de ne jamais s'arrêter, mais souligne aussi une vérité: une équipe est née, et reviendra. Huit des joueurs alignés ce jour-là à Hanovre remporteront la Coupe du monde quatre ans plus tard.

L'autre tournant de l'histoire de la sélection espagnole, on peut sans doute le dater du 22 juin 2008, à Vienne. En quarts de finale de l'Euro, l'Espagne et l'Italie se neutralisent jusqu'aux tirs au but, ce Golgotha des éternels losers. Casillas repousse deux tirs et «change l'histoire»: c'est, écrit Marca, «le jour et l'heure où nous sommes devenus meilleurs».

La Roja enchaîne par deux victoires sans discussion sur la Russie et l'Allemagne pour devenir championne d'Europe.

Deux ans plus tard, la Coupe du monde sud-africaine offre un raccourci saisissant d'une décennie d'histoire du football espagnol. Ça commence par un 1-0, une défaite contre la Suisse, symbole des promesses non tenues, de «l'Espagne de toujours»...

...et ça se termine un mois plus tard par une victoire sur le même score en finale contre les Pays-Bas, après une compétition où la réussite, d'un quart de finale à suspense contre le Paraguay aux loupés néerlandais en finale, aura lentement penché côté espagnol.

A côté de ces émotions, l'Euro 2012 paraît bien calme. L'Espagne y avance sans briller, en ennuyant même, comme une équipe allemande d'antan, avant de faire étalage de sa force et de sa classe en finale contre l'Italie (4-0). La presse semble arriver à court de superlatifs, au point d'envoyer aux oubliettes le Brésil de Pelé et autres grandes équipes: «Rien au-dessus de l'Espagne. La Roja se révèle la meilleure équipe de tous les temps.»

Il y a deux semaines, cela pouvait encore paraître vrai. Qu'on se le dise, au Brésil, il y avait l'Espagne, qui croyait en son étoile (la seconde) et 31 autres équipes, toutes liguées contre elle.

Et puis, il y a eu le raté de Villa. Le vol plané de Van Persie. Le jeu de passes chilien. Et la fin probable d'une grande équipe.

Ce jeudi 19 juin, Marca a troqué l'espagnol pour l'anglais, mais son titre et sa photo (Iniesta errant, tête basse, sur la pelouse du Maracana) rappellent un souvenir français, celui de la une de L'Equipe du 12 juin 2002, année de la révélation de «San Iker» et Xavi mais aussi de la fin de la grande équipe de France du doublé 1998-2000. Ce jour-là, au-dessus d'une photo d'un Marcel Desailly abattu, notre quotidien sportif avait titré «La fin d'une histoire».

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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