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Arrêtez vos sarcasmes: l’application Yo, qui permet d’envoyer «Yo» à un autre utilisateur, est peut-être une idée géniale

Source: Yo

Source: Yo

A force d’innovations numériques à l’utilité douteuse et d’enthousiasme irrationnel autour de chaque nouvelle appli, l’idée d’une nouvelle bulle Internet n’a jamais paru aussi plausible. «Des entreprises innovantes totalement ridicules attirent des investissements à sept chiffres», écrit par exemple le site Vox. Est-il sage de ranger Yo, la nouvelle appli star qui vient de lever 1 million de dollars, dans cette catégorie?

La presse spécialisée le pense et n’hésite pas à choisir des titres d’articles humoristiques pour ridiculiser cette appli qui ne fait qu’une chose: envoyer le terme «Yo» à un autre utilisateur inscrit. D’autant que Yo, développée en seulement huit heures, a été pensée par son créateur comme une blague. Selon Tech Crunch, Yo sera le Friday des réseaux sociaux, en référence à cette chanson stupide mais entêtante d'une jeune américaine qui est devenue massivement populaire il y a quelques années:

«C'est si stupidement élémentaire, que vous ne pouvez pas concevoir que quelqu'un l'ait fait et l'ait mis sur le marché.»

Pour le moment, les applications pratiques imaginées pour Yo sont de s’en servir comme d’un système de notification: un club de foot envoie «Yo» à ses supporters quand l’équipe marque un but. Slate.fr envoie «Yo» à ses lecteurs à chaque fois que votre journaliste préféré publie un article, etc. Bon, d’accord, pour le moment la pertinence de Yo semble limitée...

Investisseur à succès de la Silicon Valley, créateur du premier navigateur web et autorité intellectuelle du réseau, Marc Andreessen a fait savoir sur Twitter qu’il ne partageait pas les sarcasmes et le scepticisme de ses collègues. Il est célèbre pour sa prophétie sur les conséquences du changement technologique et le fait que «les logiciels mangent le monde», et résume ainsi ses arguments en faveur de Yo:

 

 

Yo est un système de communication binaire, «un message sans autre contenu que le fait qu’il existe» et qui ne peut prendre que deux valeurs: «Oui ou Non». «Yo ou pas Yo». 0 ou 1. Vrai ou faux, là ou pas là, etc. Ce type de communication à un bit est utilisé aussi bien pour les sirènes de police, les feux de signalisation ou la signalétique lumineuse des taxis.

Or, et c’est là que ça devient intéressant selon Andreessen, ces messages binaires sont massivement utilisés en Asie du Sud, aux Philippines et en Afrique sur le mode de l’appel manqué intentionnel. L'appel manqué intentionnel est ce que GigaOm appelait déjà en 2011 «le texto du pauvre»

Quelqu’un vous appelle et raccroche avant que vous puissiez répondre, et cet appel est un code que le récepteur sait décrypter. Exemple: un appel manqué signifie Ok j’arrive, deux appels manqués: Je suis en retard, etc. Un appel manqué envoyé par un groupe d'amis qui se réunissent peut signifier à quelqu'un qui n'est pas présent qu'il leur manque.

L’intérêt de l’opération étant qu’un appel manqué est totalement gratuit pour l’émetteur comme pour le récepteur... Ces appels manqués représentent à tout moment 70% du trafic mobile de Grameenphone, le plus gros opérateur du Bangladesh.

Là où le phénomène devient encore plus intéressant, c'est que l'appel manqué est devenu un outil de protestation massif au Bangladesh en janvier 2013: à l'appel de deux créateurs d'un événement Facebook, les gens ont massivement utilisé l'appel manqué intentionnel pour occuper le réseau et faire savoir aux opérateurs qu'ils souhaitaient voir les prix des abonnements internet mobile baisser.

«Je ne dis pas que Yo sera la prochaine locomotive à 100 milliards de dollars des réseaux sociaux. Mais le rejet immédiat a peu de sens: apprenons et gardons nos esprits ouverts»

Il est vrai cependant qu'Andreessen a aussi prédit que le Bitcoin serait aussi important qu'Internet dans 20 ans...

L'autre potentiel de Yo réside dans son ambiguïté fondamentale: comme il s'agit d'une communication sur le fait de communiquer, le sens dépendra entièrement du contexte, d'autant que personne ne s'accorde sur l'origine ni sur le véritable sens du terme «Yo», popularisé par les rappeurs américains. Comme le note Tech Crunch, «vous sentirez une véritable différence entre un “Yo” envoyé le matin par un ami et un “Yo” que vous recevrez à 2 heures du matin d'un sex friend. Croyez-moi». 

Le retour du bouton «poke» de Facebook? Yo!

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