CultureCoupe du monde 2014

Cinq choses que nous apprend la telenova «Avenida Brasil» sur le football et le Brésil

Camille Belsoeur, mis à jour le 26.06.2014 à 18 h 43

Le soap opera déchaîne les passions au pays de Neymar.

Une scène d'«Avenida Brasil»

Une scène d'«Avenida Brasil»

Pour s’excuser des retards de livraison de ses stades, dont certains comme l’Arena Corinthians de São Paulo ne seront achevés qu’après la Coupe du Monde à la suite de retards monstres dans les travaux, le Brésil pourra toujours avancer le succès de la telenova Avenida Brasil comme excuse. Ce soap opera, dans la plus pure tradition auriverde, a en effet battu des records d’audience et déchaîné une telle passion que le vendredi 19 octobre 2012, jour où était diffusé le dernier épisode d’Avenida Brasil, la présidente Dilma Rousseff avait annulé un meeting de soutien au candidat du Parti des travailleurs de São Paulo par peur de trouver une salle vide.

Tournée dans les rues de Rio de Janeiro, Avenida Brasil n’est pas seulement un succès local. La telenova aux 179 épisodes a battu un record d’exportation pour une série brésilienne avec une diffusion dans 124 pays, dont la France avec France Ô depuis décembre 2013.

Mais au-delà de son succès et des intrigues amoureuses qui jalonnent les épisodes, cette telenova produite par Globo en dit beaucoup sur le football brésilien.

1.Les stars brésiliennes peuvent vivre dans une favela

Dans Avenida Brasil, l’un des héros, Jorge Tufão dit Tifon, un footballeur devenu millionnaire grâce au football, a choisi de vivre dans le quartier de son enfance, une favela, plutôt que dans une villa de luxe.

Pas forcément un cas de fiction dans le monde bling-bling du football. En 2009, l’ex-attaquant international brésilien Adriano avait choisi de quitter le club italien de l’Inter de Milan pour retourner habiter à Rio, dans la favela de Vila Cruzeiro, dont il est originaire. Il déclarait à l’époque avoir «perdu la joie de jouer» et avait mit un terme temporaire à sa carrière.

«Je ne sais pas si je vais rester chez moi pour un, deux ou trois mois. Je vais tout remettre à plat et penser à ce que je veux vraiment faire. Je vais peut-être arrêter définitivement. Car l'argent n'est pas tout dans la vie. C'est le bonheur et la joie qui importent.»

Adriano avait ensuite rejoué quelques matchs à Flamengo, le club de ses débuts. Mais il avait surtout fait parler de lui en prenant la pose avec des trafiquants de drogue des favelas.

2.Le football est un ascenseur social 

Dans un pays où les inégalités en termes de revenu par habitant sont parmi les plus fortes au monde, les jeunes brésiliens voient le football comme un ascenseur social pour intégrer la caste des nantis.

«Dans Avenida Brasil, le thème du football est très bien dépeint », nous explique Bruno, un publicitaire installé dans la ville de Ribeirao Preto (où est située le camp de base de l’équipe de France). «Dans la série, on voit ses jeunes devenir des idoles grâce au football. Une trajectoire que beaucoup de gens voient comme l’un des seuls moyens d’avoir une meilleure vie que celle qu’ils ont actuellement», ajoute ce fan de la série.

«Avoir des qualités pour le chant, la danse, le théâtre ou bien encore le football est souvent, pour les jeunes Brésiliens, le point de départ pour un avenir prometteur», écrit, lui, l’universitaire Bertrand Piraudeau dans «Les footballeurs brésiliens». L'auteur poursuit:

«De nombreux jeunes garçons choisissent de pratiquer le football pour se sortir de leur situation quotidienne difficile. Le Brésil compte en 2006 plus de 30.000 footballeurs professionnels répartis dans 70 clubs professionnels, ce qui constitue le plus important marché de footballeurs en activité au monde.»

Les footballeurs professionnels brésiliens sont en effet souvent originaires de milieux sociaux défavorisés. Dans le centre de formation brésilien de Flamengo, où évoluent plus de 150 jeunes footballeurs, seulement 10% appartiennent aux classes moyennes ou aisées, selon Bertrand Piraudeau. «La masse des pauvres constitue le vivier de joueurs de talent qui cherchent dans le football une voie d’ascension sociale», résume t-il.

3.Le joueur brésilien manipulé par les femmes

Dans Avenida Brasil, le footballeur de fiction Jorge Tufão, qui évolue au Flamengo, est manipulé par sa nouvelle femme, Carminha (la méchante de la série), qui complote pour le dépouiller de sa fortune.

Une intrigue tout à fait fréquente au Brésil où des dizaines de joueurs sont chaque année victimes de chantage ou d’escroquerie, souvent de la part de prostituées qu’ils fréquentent. Tous les Brésiliens ont ainsi en tête le chantage dont avait été victime Ronaldo, le double champion du monde (1994, 2002). En 2008, une longue nuit de fête à Rio avait tourné au cauchemar pour «Il Fenomeno» quand des prostituées dont il avait loué les services s’étaient avérées être des travestis voulant le faire chanter. Une vidéo filmée par un travesti et le montrant, apparemment dans le garage d'un motel, avait fait le tour du monde grâce à YouTube.

4.Le dur héritage paternel

Dans Avenida Brasil, le footballeur Jorge Tufão a un fils adoptif –longtemps caché. Celui-ci, nommé Jorginho, devient vite un jeune footballeur plein de talent qui cherche à s’imposer dans le championnat brésilien. Mais difficile de marcher dans l’ombre de son père. «C’est un garçon avec plein de problèmes psychologiques. Il souffre à cause de son père adoptif, Tifon, dont il n’arrive pas à atteindre le niveau sportif», expliquait récemment Cauã Reymond, l’acteur qui incarne Jorginho, dans la revue brésilienne Gui da TV.

Un héritage lourd à porter dont de nombreux «fils de» ont fait l’amère expérience au pays de la Seleção. Edinho, le fils du «Roi Pelé», meilleur joueur de l’histoire, en est l’illustration. Gardien professionnel pendant 8 ans dans le championnat brésilien, dont quelques saisons à Santos le club de son père, Edinho a fini par basculer du côté obscur, peut-être écrasé par le poid du paternel. Agé de 43 ans, Edinho a été condamné par le tribunal de São Paulo à 33 ans de réclusion pour blanchiment d'argent, le 1er juin 2014. Déjà arrêté en 2005 pour trafic de drogue, il avait alors purgé une courte peine. 

5.Des surnoms pas toujours très sexy pour les joueurs brésiliens

Dans les premiers épisodes d’Avenida Brasil, Jorginho, le fils adoptif de Jorge Tufão, est surnommé «Batata» (pomme de terre) à cause de son style de jeu. Un surnom –la majorité des joueurs brésiliens en sont affublés d’un– pas très flatteur, loin des Zico, de son vrai nom Arthur Antunes Coimbra, ou Garrincha, nommé Manoel Francisco dos Santos à l’état civil.

Mais dans la longue histoire du football brésilien, la Seleção a vu passer pire. Citons Kaká, le milieu offensif du Milan AC, dont le surnom a un peu près la même connotation dans toutes les langues. Le Ballon d’Or 2007 avait d’ailleurs inspiré cette réflexion à l’ancien directeur général du club italien de la Juventus, Luciano Moggi :

« Kaká? Avec un nom pareil, nous n’aurions jamais pu le faire signer à la Juve.»

Sinon, il y a aussi eu Nenê, de son vrai nom Anderson Luis de Carvalho, l’ex-milieu offensif du PSG.  Il avait un jour expliqué à France Football l’origine de ce pseudo, qui signifie «bébé» en portugais.

«Enfant, j’étais le plus petit de tous, et je pleurais lorsque je prenais des coups sur le terrain. C’est comme ça que j’ai hérité de ce surnom, que j’ai choisi de garder.»

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (133 articles)
Journaliste
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