SportsCoupe du monde 2014

Pourquoi un pays européen peut enfin gagner en Amérique du Sud

Camille Belsoeur, mis à jour le 29.06.2014 à 17 h 08

Depuis la première Coupe du monde en 1930, jamais une sélection européenne ne s’est imposée lors d’un Mondial organisé en Amérique du Sud. Pour le moments les équipes américaines dominent la compétition, mais tout peut encore changer...

Pendant le match Equateur-France à Paris le 25 juin 2014, REUTERS/Gonzalo Fuentes

Pendant le match Equateur-France à Paris le 25 juin 2014, REUTERS/Gonzalo Fuentes

Y-a-t-il quelque chose de pourri en ce royaume d’Amérique du Sud ? C’est la question qui taraude sûrement les sélections européennes depuis le début du mondial au Brésil.

À l’issue de la phase de poule, seules 6 nations du Vieux continent ont obtenu leur qualification pour les 8es de finale. Et quand les pays européens affichent 46% de victoires sur les pelouses brésiliennes, les sélections du continent américain rayonnent avec 60% de succès, un taux qui grimpe jusqu’à 72% pour les équipes affiliées à la CONMEBOL, la fédération sud-américaine dont 5 des 6 formations engagées dans le tournoi sont au deuxième tour (contre 6 sur 13 pour l’Europe). 

Au cours des sept décennies d’histoire de la Coupe du monde, ces dernières se sont systématiquement cassé les dents faces à leurs rivales sud-américaines lors des tournois organisés sur les terres au sud du Panama et de son canal. Quatre fois la Coupe du monde s’est tenue en Amérique du Sud (dans l’ordre Uruguay, Brésil, Chili, Argentine) et quatre fois les équipes du Vieux continent ont échoué, dont deux fois en finale (Tchécoslovaquie en 1962, et Pays-Bas en 1978).

Les gros bras européens n’ont, plus généralement, jamais soulevé le trophée le plus prestigieux du monde du football sur le continent américain au sens large. Ni au Mexique, où la compétition s’est tenue à deux reprises (1970, 1986), ni aux Etats-Unis (1994), les sélections européennes n’ont brisé la domination des équipes sud-américaines. Soit sept échecs en autant de tentatives.

Notons aussi qu’on ne retrouve que des pays d’Europe ou d’Amérique du Sud parmi les huit nations au palmarès de la Coupe du monde, et qu’à moins d’une incroyable surprise cela sera encore le cas cette année. Mais pour cette vingtième édition, il y a plusieurs raisons pour que l’hégémonie sud-américaine sur ses terres au détriment des formations du Vieux continent prenne fin.

1.Le temps révolu des longs voyages en paquebot depuis l’Europe

Lors de la première Coupe du monde de l’histoire, qui se tient en Uruguay en 1930, quatre sélections parmi les 13 nations participantes sont européennes (Belgique, France, Roumanie, Yougoslavie). Pour se rendre à Montevideo, la capitale uruguayenne où se tient le tournoi, les équipes du Vieux continent traversent l’océan Atlantique en bateau. La durée du trajet est alors de deux semaines –quand la durée d’un vol Paris-Rio est aujourd’hui d’environ 11 heures.

Les Belges, les Français et les Roumains firent en 1930 le voyage vers l'Uruguay ensemble à bord du SS Conte Verde . Les conditions étaient spartiates. Pour se maintenir en forme, les joueurs des trois équipes effectuaient chaque jour des exercices physiques et des parties de football sur le pont du navire. Le Français Lucien Laurent, par ailleurs premier buteur de l’histoire de la Coupe du monde, racontait au Guardian:

«Il n’y avait pas d’exercice tactique ou quelque chose de ce genre à bordLa seule chose que nous faisions c’était des footings sur le pont du bateau. Nous courrions tout le temps. Nous faisions aussi des exercices dans les escaliers entre le pont et les cabines. Il y avait aussi une piscine, mais nous l’utilisions seulement quand l’eau n’était pas trop froide.» 

Pendant ce temps-là, les sélections de l’Argentine, l’Uruguay ou le Brésil se préparaient bien au chaud.

En 2014, les choses ont bien changé. Les nations du monde entier effectuent le trajet en avion et s’installent dans leurs luxueux camps de base brésiliens en moyenne une semaine avant le coup d’envoi de la compétition.

2.Pas de dictature prête à tout pour gagner

La Coupe du Monde 1978 qui se déroule en Argentine est l’édition la plus sombre organisée sur le sol sud-américain.  Le tournoi a lieu deux ans après un nouveau coup d’Etat de la junte militaire de Jorge Rafael Videla, et la «guerre sale», la répression d’Etat menée contre les opposants dans les années 70 en Argentine, provoque la disparition de milliers d’opposants.

Avant même le match d’ouverture, la polémique entoure ce mondial. Le meneur de jeu hollandais Johan Cruyff, triple Ballon d’Or et l’un des tous meilleurs joueurs de l’histoire, renonce à effectuer le voyage en Argentine pour ne pas cautionner la dictature militaire. Les Pays-Bas, déjà finalistes malheureux quatre ans plus tôt en Allemagne, et leur sublime «football total» font pourtant figure de favori avant cette Coupe du monde.

Mais l’instant qui sent le plus le souffre dans ce tournoi est le dernier match de la seconde phase de poule entre l’Argentine et le Pérou. Pour terminer premier du groupe devant le Brésil et accéder à la finale, les Argentins ont l’obligation de battre le Pérou par au moins quatre buts d’écart.

Plus qu’un exploit à l'époque, car les Péruviens traversent une période faste et ont même de quoi rivaliser avec Kempes et sa bande. Le match se termine pourtant sur un improbable 6-0. La vérité éclatera plus de 30 ans plus tard avec le témoignage d’un ancien opposant politique péruvien, rescapé de l’opération Condor (nom de code d'un accord – longtemps resté secret – passé dans les années 1970 entre les dictatures latino-américaines pour éliminer les opposants sur tous leurs territoires) dans le quotidien Tiempo Argentino en 2012:

«Le régime péruvien nous a envoyé moi et 13 autres opposants politiques en Argentine, avec le statut de prisonniers de guerre, sans papiers, sans argent, pour que Videla nous envoie dans ses fameux vols de la mort. Le concept était simple, les opposants étaient jetés à la mer en plein vol pour qu'on ne puisse pas les retrouver. Voilà comment l'Argentine a payé da victoire en 1978.»

La finale de la Coupe du monde 1978 fut elle aussi controversée. Les Hollandais accusant les Argentins d'avoir sous divers prétexte (en avançant l'illégalité d'un plâtre posé sur le poignet de René van de Kerkhof) créé des incidents pour retarder le début du match de manière à laisser l'équipe visiteuse en proie à la foule déchaînée du stade de Buenos Aires. Les Hollandais s’inclinèrent 3-1.

3.Depuis 2010, les Européens savent gagner hors de leur continent

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Avant le sacre de l’Espagne lors du mondial sud-africain en 2010 (1-0 face aux Pays-Bas), jamais une sélection européenne n’avait remporté le prestigieux trophée hors du Vieux continent. Ce verrou a sauté lors de la première Coupe du monde en terre africaine.

Les Européens ont remporté neuf de leurs dix Coupes du monde sur leur continent, contre seulement quatre sur neuf pour les Sud-Américains (graphique ci-dessous). L’Allemagne, la France et les Pays-Bas peuvent permettre à l’Europe de passer la seconde au Brésil.

4.Les Européens dominent le football mondial depuis 8 ans

Lors des deux dernières Coupes du monde, le podium final a été squatté par des formations du continent berceau du football. En 2006, on a eu le droit à 1) Italie 2) France 3) Allemagne; en 2010, 1) Espagne 2) Pays-Bas 3) Allemagne. Avant cela, il y a avait déjà eu des podiums 100% made in Europe (en 1934, 54, 66, 74, 82), mais jamais deux éditions de suite.

Cette domination des pays européens dans un passé récent, est bien visible dans le grand rétroviseur de la Coupe du monde. Depuis 1978 et le Mondial en Argentine où le Brésil et l’Albiceleste avaient atteint les demi-finales, le continent américain n’a jamais vu deux de ses représentants atteindre le dernier carré de la compétition. 

Et puis, les pays européens avaient déjà mal débuté la Coupe du monde en Afrique du Sud il y a quatre ans. Comme cette année, seuls six pays s’étaient qualifiés pour les 8es de finale. 

Mais au bout de la phase éliminatoire, «qui est toujours un tournoi totalement différent» comme se plaît à le répéter le sélectionneur français Didier Deschamps, c’est l’Espagne qui avait emporté la mise en 2010. 

Un exemple que peuvent espérer suivre la Belgique, la France, la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas ou la Grèce, tous rescapés de la phase de poule au Brésil. 

Camille Belsoeur
Camille Belsoeur (133 articles)
Journaliste
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