Bac 2014: Victor Hugo aurait été fier des lycéens qui le traitent de «FDP»

Victor Hugo, via Wikipedia, License CC.

Victor Hugo, via Wikipedia, License CC.

Parmi les élèves des filières S et ES qui ont passé l'épreuve du bac français ce mercredi 18 juin, quelques-uns n'ont pas apprécié le commentaire de texte proposé: le poème «Crépuscule» de Victor Hugo (Les Contemplations). Ils ont exprimé leur mécontentement sur Twitter, en optant pour un décalage dans le niveau de langue, produisant un effet de comique, registre qui n'était pas lui-même étranger à Hugo... Mais le style de l'ensemble est plus contemporain que romantique.

Ce que les lycéens ne savent sans doute pas –sans les sous-estimer– c'est que Victor Hugo lui-même était un détracteur du bac et qu'il se serait peut-être amusé de leurs remarques. (Même s'il n'aurait probablement pas adoré qu'on traite sa fille Léopoldine de «grosse pute»).

Dans Les Misérables, Marius, alors qu'il se promène au Luxembourg pour admirer Cosette, qui s'y assied toujours avec Jean Valjean, émet des conjectures sur le bac (réformé plusieurs fois au XIXe siècle et donc sujet de débat de l'époque): 

«Il pensait en ce moment-là que le Manuel du Baccalauréat était un livre stupide et qu'il fallait qu'il eût été rédigé par de rares crétins pour qu'on y analysât comme chef-d'œuvre de l'esprit humain trois tragédies de Racine et seulement une comédie de Molière. Il avait un sifflement aigu dans l'oreille. Tout en approchant du banc, il tendait les plis de son habit, et ses yeux se fixaient sur la jeune fille. Il lui semblait qu'elle emplissait toute l'extrémité de l'allée d'une vague lueur bleue.»

Les chefs-d’œuvre recommandés par

le manuel

au baccalauréat,

[...] tout cela

est du passé.

Hugo fustigeait l'académisme, les programmes tout prêts qui consistaient à ériger des monuments aux écrivains poussiéreux et voulait des écrivains qui parlent «au peuple». Dans un essai sur Shakespeare, il écrivait: 

Qu'est-ce que le vulgaire? L'école dit: c'est le peuple. Et nous, nous disons: c'est l'école. Mais d’abord définissons cette expression, l’école. Quand nous disons l’école, que faut-il sous-entendre? Indiquons-le. L'école, c'est la résultante des pédantismes; l'école, c'est l’excroissance littéraire du budget; l’école, c’est le mandarinat intellectuel dominant dans les divers enseignements autorisés et officiels, soit de la presse, soit de l’état; l’école, c’est l’orthodoxie classique et scolastique à enceinte continue. [...]

 

Sortons du collège, du conclave, du compartiment, du petit goût, du petit art, de la petite chapelle. La poésie n’a pas de coterie. Luttons contre cette tendance. Insistons sur ces vérités qui sont des urgences. Les chefs-d’œuvre recommandés par le manuel au baccalauréat, les compliments en vers ou en prose, les tragédies plafonnant au-dessus de la tête d’un roi quelconque, l’inspiration en habit de cérémonie, les perruques-soleils faisant loi en poésie, les Arts poétiques qui oublient La Fontaine et pour qui Molière est un peut-être, les langues bégueules, la pensée entre quatre murs, tout cela, quoique l’enseignement officiel et public en soit saturé et rempli, tout cela est du passé. 

Donc il était peut-être relou avec ses brins d'herbe. Mais il était du côté des lycéens malgré tout.