Coupe du monde 2014Sports

Et si l'adversaire de la France en huitièmes de finale était désigné par tirage au sort?

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 22.06.2014 à 2 h 14

La Fifa prévoit toujours cette procédure pour trancher les cas d'égalité parfaite entre deux équipes.

Lors du tirage au sort des groupes de la Coupe du monde, le 7 décembre 2013 à Rio. REUTERS/Ricardo Moraes.

Lors du tirage au sort des groupes de la Coupe du monde, le 7 décembre 2013 à Rio. REUTERS/Ricardo Moraes.

Stade San Paolo de Naples, 5 juin 1968. Après 120 minutes de jeu en demi-finale de l'Euro, Italie et URSS se séparent sur un score vierge. Quelques instants plus tard, Giacinto Facchetti, l'élégant capitaine et latéral gauche de la Squadra Azzura, sort fou de joie des vestiaires: il vient de battre son homologue Albert Chesternev… à pile ou face.

La scène paraît d'un autre âge, mais pourtant, la chance pure a toujours sa place en Coupe du monde en 2014: l'article 41 du règlement de la Fifa prévoit en effet un tirage au sort pour départager deux équipes arrivées à égalité parfaite en poules.

Un tel cas est par exemple envisageable dans le groupe F, qui «croise» avec celui de la France et dont le deuxième, selon toute probabilité, rencontrera les Bleus en huitièmes de finale: il «suffirait» pour cela que l'Argentine, qui ne doit pas perdre pour terminer première, batte le Nigéria d'un but d'écart et que l'Iran batte la Bosnie, déjà éliminée, sur le même score (deux fois 1-0, deux fois 2-1, etc). Les deux équipes auraient alors 4 points, une différence de buts équilibrée, la même attaque et la même défense et un 0-0 dans leur affrontement direct, et seraient départagées par tirage au sort pour la qualification.

Idem dans le groupe A entre le Mexique et le Brésil: il faudrait que, dans les deux derniers matches, la Croatie batte le Mexique 3-2 et le Cameroun le Brésil 2-0 (OK, c'est un résultat plutôt improbable, mais depuis l'élimination de l'Espagne, on ne jure plus de rien). Ou dans le groupe C entre le Japon et la Grèce, si le Japon bat la Colombie, déjà qualifiée, 2-1, et la Grèce la Côte d'Ivoire 3-0.

Quand la différence de buts n'existait pas

La Fifa a pourtant imaginé, au fil du temps, de nombreuses procédures pour départager les équipes au coude-à-coude.

Avant 1954, il suffisait que deux équipes soient à égalité de points pour qu'elles soient considérées à égalité parfaite et qu'un match de barrage ait lieu. Cette année-là, il fut décidé que, si les deux équipes étaient à égalité de points aux deux premières places d'un groupe –toutes deux qualificatives–, ce barrage serait remplacé par un tirage au sort.

En 1958 et 1962, ces deux procédures furent remplacées par le goal-average, au sens propre du terme: le nombre de buts marqués divisé par celui des buts encaissés. Ce qui faisait que pour se qualifier, il valait mieux marquer deux buts et en encaisser un (moyenne: 2) qu'en marquer neuf et en encaisser cinq (moyenne: 1,8)!

C'est finalement en 1970 qu'a été introduit le critère de la différence de buts tel qu'on le connaît aujourd'hui: la différence entre le nombre de buts marqués et encaissés. Puis, en 1978, celui de la meilleure attaque en cas de différence identique.

L'Italie, champion chanceux

La Fifa dispose donc théoriquement de pas mal de critères pour départager deux équipes à égalité de points. Celui de la différence de buts a servi de manière décisive, selon notre pointage, 21 fois depuis 1970: onze fois pour départager deux équipes pour la qualification, dix fois pour classer deux équipes de toute façon qualifiées. En 2010, le premier cas s'était produit dans deux groupes, le second dans un.

Le classement du groupe A de la Coupe du monde 2010. Le Mexique se qualifie face à l'Afrique du Sud à la différence de buts générale (Fifa).

Celui de la meilleure attaque, lui, a servi douze fois, dont un peu moins de la moitié du temps pour trancher la qualification. La dernière fois, c'était en 2002, quand le Paraguay s'était qualifié sur ce critère aux dépens de l'Afrique du Sud, mais l'exemple le plus célèbre est l'Italie 1982, qui avait éliminé ainsi le Cameroun… avant de devenir championne du monde.

Le classement du groupe 1 de la Coupe du monde 1982. L'Italie élimine le Cameroun au nombre de buts marqués (Fifa).

Et même si deux équipes (ou plus) sont encore à égalité, la Fifa a encore un critère pour les départager, leurs affrontements directs. En 1994, la Bulgarie et l'Argentine avaient terminé à égalité parfaite, mais la première avait fini devant la seconde au bénéfice de sa victoire; le même scénario s'était produit avec l'Irlande et l'Italie dans un groupe dont les quatre équipes avaient fini à quatre points.

Le groupe E du Mondial 1994, le plus serré de l'histoire: quatre équipes à égalité départagées sur les critères de la meilleure attaque puis des affrontements directs. À l'époque, les «meilleurs troisièmes» étaient qualifiés, et trois équipes étaient passées dans ce groupe (Fifa).

C'est si ce dernier critère ne fonctionne toujours pas que la Fifa sera obligée d'en passer par un tirage au tort, ce qui s'est produit une fois, en 1990. Cette année-là, dans un groupe très pauvre en buts (un 1-0, deux 0-0, trois 1-1), les Pays-Bas et l'Irlande étaient arrivés à égalité parfaite: même nombre de points, même nombre de buts marqués et encaissés et un match nul dans leur affrontement direct.

Sepp Blatter avait alors convoqué la presse à Rome pour départager les deux équipes, non pas à la pièce mais avec une bonne vieille urne remplie de boules. La main innocente d'une hôtesse de la compétition avait envoyé l'Irlande à la deuxième place et les Pays-Bas à la troisième place (qui qualifiait certaines équipes à l'époque). Résultat, les Irlandais s'étaient qualifiés pour les quarts, là où les «Oranje» s'étaient fait sortir en huitièmes par le futur champion du monde allemand.

Classement du fair-play et séance de tirs au but

D'autres critères sont-ils possibles pour diminuer encore la probabilité d'un tirage au sort? Pour l'Euro, l'UEFA en a ajouté trois, qui n'y ont encore jamais servi jusqu'à présent: le classement du fair-play (avec l'inconvénient, au cas où ce critère serve, de déplacer la polémique sur le terrain de l'arbitrage), la moyenne de points lors des qualifications et une séance de tirs au but.

Ce dernier critère, qui ne peut être utilisé que si les deux équipes à égalité se rencontrent lors du dernier match, avait failli être étrenné en 2008 entre la Turquie et la République tchèque avant que Nihat ne qualifie son équipe dans les dernières secondes. À noter que la Conmebol, la fédération sud-américaine, prévoit le même système pour la Copa America, mais avec une originalité: si deux équipes peuvent se retrouver à égalité parfaite, la séance de tirs au but est organisée... avant leur match.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte