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Brad Pitt peut-il devenir un grand viticulteur français?

L.V. Anderson, traduit par Anthyme Brancquart, mis à jour le 19.06.2014 à 11 h 08

L'acteur américain se donne sept ans pour produire un vin rouge exceptionnel au «Château Miraval», la propriété où Pitt et Jolie produisent le rosé connu sous le nom de Côte de Provence Rosé Miraval Jolie-Pitt & Perrin.

Brad Pitt. REUTERS/Mark Blinch

Brad Pitt. REUTERS/Mark Blinch

L’année dernière, quand Brad Pitt et Angelina Jolie ont commercialisé le premier millésime de rosé de leur villa de Provence à 60 millions de dollars, les grandes publications spécialisées dans le vin comme Wine Spectator et Decanter en ont fait des critiques élogieuses.

Wine Spectator en a fait plus tard le seul rosé figurant dans sa liste des cent meilleurs vins de l’année, le sacrant donc meilleur rosé du monde. Et maintenant, le magazine consacre sept pages de son numéro de juin à Pitt et «l’histoire secrète du Château Miraval», la propriété où Pitt, Jolie et le vigneron renommé Marc Perrin produisent le vin rosé connu sous le nom de Côte de Provence Rosé Miraval Jolie-Pitt & Perrin.

Donc Wine Spectator adore Brad Pitt. Très bien. Malheureusement, le sentiment ne semble pas réciproque: la plupart des réponses de Pitt dans le portrait dressé par Wine Spectator ont un goût bouchonné, peu aéré, comme si on lisait un e-mail écrit par un publicitaire zélé. Dans les interviews en face-à-face, Pitt semble généralement faire preuve d’un minimum de lucidité sur lui-même, mais dans ce portrait du magazine (rédigé par Robert Camuto), il donne parfois l’impression de ne pas être à l’écoute et d’être étrangement dédaigneux par rapport à ses voisins qui ont fait du vin leur métier.

D’abord, Pitt insinue qu’il a révolutionné la viticulture en Provence:

«Ça a ses bons et ses mauvais côtés, mais compte tenu de ma nature compulsive, si on se lance dans le domaine du vin, autant faire le meilleur vin possible. Je ne comprenais pas le business model. Alors j’ai demandé: “pourquoi ne peut-on pas faire un vin de classe mondiale en Provence?” Voyons les choses comme la fabrication d’un film, et faisons quelque chose dont nous serons fiers et que tout le monde appréciera.»

Ensuite, il promet de continuer à révolutionner la viticulture en Provence en réalisant quelque chose d’inédit:

«Ce qui m’intéresse vraiment, ce sont les vins rouges. On pense souvent que la Provence n’est pas capable de fournir un bon vin rouge. Moi, avec Marc et Pierre [Perrin], j’aimerais créer un vin qui tire parti du meilleur de notre terroir, et hors des restrictions AOC, comme l’ont fait les Italiens avec leurs grands crus de Toscane. On a l’intention de faire un magnifique rouge de Provence. Un grand cru de Provence. Donnez-nous sept ans.»

Enfin, Pitt sous-entend que la viticulture en Provence a révolutionné sa façon d’être à lui:

«Je suis fermier, à présent. J’adore apprendre sur la terre et sur quel champ conviendra le mieux à telle variété de raisin, l’excitation de septembre-octobre: est-ce qu’on va vendanger aujourd’hui? Où en sont les niveaux de sucre? Et l’acidité? Est-ce qu’il va pleuvoir?»

Vue aérienne du Château Miraval, la propriété des Jolie-Pitt dans le village de Correns, en août 2012. REUTERS/Philippe Laurenson

Alors oui, c’est très bien que Brad Pitt ait investi une partie de sa grande fortune dans la viticulture et que ça l’intéresse. Et c’est très bien qu’il soit vraiment impliqué dans le processus de fabrication, qu’il passe beaucoup de temps sur sa propriété, à goûter chaque échantillon, à s’informer sur la viticulture.

Mais ces détails ne font pas de Pitt un vrai fermier mais un homme d’affaires malin.

Les viticulteurs ne prennent pas l’avion pour se rendre aux premières de films et ne tournent pas pendant la saison des cultures; ils sont dans les vignes tous les matins, quoi qu’il arrive, car la réussite de la récolte de l’année fait souvent la différence entre rester à flots et mettre la clé sous la porte. (De plus, l’article de The Wine Spectator explique clairement qu’il y a du monde chez Miraval pour s’occuper du sale boulot: Perrin, Gary Bradbury, gestionnaire de la propriété, et une «équipe d’ouvriers» vaguement évoquée sont ceux qui effectuent les tâches ingrates.)

Pour rendre justice à Pitt, sa suggestion que lui, Jolie et Perrin pourraient réussir à faire un exceptionnel vin rouge de Provence n’est pas si saugrenue que ça. J’ai demandé à Michael Steinberger, ancien critique vin chez Slate et auteur de The Wine Savant, ce qu’il pensait de l’arrogance de Pitt.

«Dans le vin, on n’est finalement seulement aussi bon que la terre que l’on possède, m’a-t-il répondu dans un mail. Un grand vigneron ne peut pas faire de grand vin sur un site merdique; le mieux qu’il ou elle puisse espérer, c’est de tirer le maximum du potentiel de ce vignoble. Alors Pitt et Jolie peuvent mettre tout l’argent qu’ils veulent dans ce projet, mais ils ne réussiront à obtenir un vin de premier choix que si la terre est capable d’en fournir un.»

Et leur terre a du potentiel: actuellement, seulement 8% de la propriété Jolie-Pitt est utilisée pour la culture du raisin, ce qui veut dire qu’il reste beaucoup de terroir à découvrir sur le domaine de Miraval. De plus, comme l’a confié Perrin à Wine Spectator, «Miraval détient sa propre vallée, ce qui permet d’avoir différentes expositions. Il y a peu de propriétés dans le monde qui ont leur propre vallée. Un vigneron ne pourrait jamais posséder ça, à moins que ce ne soit dans la famille depuis au moins vingt générations». En d’autres termes, 60 millions de dollars peuvent faire des miracles en Provence.

L.V. Anderson
L.V. Anderson (19 articles)
Journaliste
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