France

Grève à la SNCF: l'impact des élections professionnelles sur les stratégies syndicales

Gilles Bridier, mis à jour le 17.06.2014 à 10 h 59

Globalement depuis 2009, les syndicats réformistes progressent, et les plus radicaux ont du mal à maintenir leurs positions. Ce qui n’est pas sans conséquences sur les stratégies syndicales et les recours ou non à la grève.

Marseille, le 12 juin. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Marseille, le 12 juin. REUTERS/Jean-Paul Pelissier

La lecture des résultats des élections professionnelles de mars 2014 à la SNCF apporte un éclairage sur les grèves d’aujourd’hui et les stratégies syndicales. Ainsi, la CGT- Cheminots conserve toujours la haute main dans l’entreprise publique, mais son poids s’érode: en cinq ans, elle a perdu 3,7 points avec 35,6% des suffrages recueillis aux élections de mars 2014. SUD- Rail, l’autre syndicat qui appelle à la grève, tend à stabiliser sa position à 17% cette année, en léger recul toutefois.

Le camp des réformistes progresse sous l’effet entre autres de la transformation des métiers. L’UNSA-Cheminots continue sa percée avec 23% des votes en sa faveur et la CFDT-Cheminots a gagné avec 14,7% un peu plus de trois points en cinq ans.

Cette photographie des forces syndicales en dit long sur les stratégies de ces différentes centrales. SUD (pour solidaires, unitaires et démocratiques) s’est implanté à la SNCF après les grandes grèves de 1995.

Son développement a été rapide, le syndicat attirant parmi ses adhérents notamment d’anciens adhérents de la CGT-Cheminots partisans d’une action encore plus revendicatrice que celle du syndicat majoritaire un peu plus enclin à composer pour suivre la ligne confédérale à tendance réformiste impulsée alors par Bernard Thibault. On se souvient de désaccords avec Didier Le Reste, qui avait pris sa succession à la tête de la CGT-cheminots et qui défendait une ligne plus dure. Cette évolution a permis à SUD-Rail de trouver sa place, obligeant la CGT à surenchérir pour ne pas être désertée par ses adhérents les plus revendicatifs.

Percée réformiste

Dans le même temps, l’UNSA-Cheminots créée en 1998, fondée sur une «conception réformiste du syndicalisme», a fait une percée remarquée. Alors que le syndicat avait déposé un préavis de grève du 16 au 18 juin au moment du débat à l’Assemblée du projet de réforme ferroviaire, il l’a retiré après les rencontres menées par Frédéric Cuvillier, secrétaire d’Etat aux Transports du 11 au 13 juin.

L’UNSA a considéré que les engagements du ministre sur les points de la plateforme commune établie avec la CGT-Cheminots et SUD-Rail, et les aménagements qui doivent être introduits à l’occasion du débat parlementaire, étaient de nature à calmer la situation. Le maintien des embauches au statut actuel des cheminots après la réforme a été confirmé, ainsi que l’unicité des contrats de travail dans les différents établissements du groupe SNCF, ce qui permettra à ses salariés une plus grande mobilité professionnelle sans perte d’avantages. La CGT et SUD, pour leur part, n’ont pas considéré que les avancées sur les points de la plateforme commune étaient suffisantes.

Reste, parmi les quatre syndicats ayant une représentativité nationale, la CFDT, qui a profité du ralliement de la Fédération générale autonome des agents de conduite (FGAAC) en 2009, poussée par les nouvelles dispositions de la loi de 2008 sur la représentativité syndicale dans les entreprises. Or, compte tenu du poids historique de la FGAAC, c’est cette dernière qui constitue le gros des troupes de la CFDT-Cheminots.

Dans l’esprit du caractère réformiste du syndicat, celui-ci a privilégié la négociation et a adressé «19 propositions d’amendements» pour que la réforme du ferroviaire soit plus conforme à l’intérêt des salariés. Il ne conteste pas la nécessité d’une réforme, mais préfère travailler sur la base d’un texte qui a déjà fait l’objet de consultations, plutôt que d’engager un bras-de-fer avec le gouvernement.

La majorité s’érode

Ainsi, d’un côté, les syndicats qui appellent à la grève ont recueilli 52,6% des suffrages aux dernières élections professionnelles, contre 37,9% des votes pour ceux qui persévèrent dans la négociation. Les plus radicaux sont donc majoritaires, mais plutôt en recul face à la pression de plus en plus forte des réformistes.

Sans compter que parmi les syndicats non représentatifs à l’échelon national dont (FO Cheminots fait partie) et qui totalisent moins de 10% des votes, certains ont des positions proches des minoritaires comme la CFE-CGC qui privilégie la négociation ainsi que le nouveau syndicat First (fédération indépendante du rail et des syndicats des transports) qui prône un syndicalisme réformiste en rupture avec des «actions fourre-tout».

Pas question dans ces conditions pour la CGT de laisser à SUD Rail le monopole de la contestation, au risque de voir ses adhérents les plus radicaux changer de syndicat et aggraver l’érosion de son influence au sein de la SNCF dont le syndicat a longtemps estimé être le co-gestionnaire. 

Le risque de cette stratégie syndicale, c’est bien sûr la surenchère dans la radicalisation. Qui ne paie pas toujours comme en 2010 lorsque, après quinze jours de grève, les grévistes durent arrêter leur mouvement sans avoir obtenu satisfaction.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
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