Culture

Game of Thrones, la maestria de la violence

Alexandre Hervaud, mis à jour le 17.06.2014 à 9 h 39

Les trois derniers épisodes de la saison 4 de la série HBO contiennent des scènes d'action d'un standard cinématographique. Retour -en vidéos- sur ces prouesses.

Oh Brieeeeenne - DR

Oh Brieeeeenne - DR

[L'article qui suit contient de sévères spoilers sur la saison 4 de Game of Thrones]

Récemment, je devisais avec un camarade fan de Game of Thrones qui, contrairement à moi, a lu les ouvrages de George R.R Martin. Encore sous le choc de la scène finale particulièrement gore de l'épisode 8 —dit l'épisode de la «la tête en pastèque», RIP Oberyn—, je l'interrogeais alors sur son expérience de spectateur, l'issue du combat ayant constitué à mes yeux une surprise presque aussi brutale que la violence intrinsèque de l'affrontement.

En résumé, c'est le sempiternel débat bien connu des amateurs d'adaptations cinématographiques de roman ou bande-dessinée: comment profiter réellement d'un show dont on connaît déjà les rebondissements? La question a d'ailleurs inspiré un tordant sketch au site College Humor:

 

 

Dans le cas du format feuilletonnesque propre à une série, la question m'intrigue encore plus, et ce depuis la décapitation de Ned Stark en fin de première saison. La réponse du fameux camarade disait, en substance, «le fait de savoir qui meurt à l'avance ne me gêne pas, je suis pris dans le feu de l'action comme si je ne connaissais pas la suite».

Cette réaction, loin d'être un cas isolé, constitue le plus beau compliment attribuable —entre autres— à deux fidèles artisans de la série : C.C. Smiff et Paul Herbert, qui ont déjà collaboré pour la série Merlin ou le film Les Misérables, notamment.

Respectivement crédités comme swordmaster (la fine lame responsable des combats à l'épée) et coordinateur des cascades, Smiff et Herbert ont eu l'occasion d'étaler leurs talents au cours des trois derniers épisodes de la saison, à travers trois séquences marquantes: le combat final de l'épisode 8 cité précédemment, la bataille de Castle Black (notamment via un joli plan séquence de 50 secondes guerrières parfaitement chorégraphié) de l'épisode 9, et enfin le duel —qu'on n'osera qualifier de viril— entre Brienne et The Hound du season finale diffusé dimanche soir outre-Atlantique, et hier lundi soir en France sur OCS.

Comme le font désormais la plupart des diffuseurs américains, HBO met à disposition sur YouTube (et sans géo-restriction pour les internautes français, merci bien) des vidéos du tournage de la série, accompagnées de résumés d'épisodes, d'interventions de George R.R. Martin (bientôt de passage en France, d'ailleurs) et d'autres contenu bonus.

L'occasion pour C.C. Smiff (qui a également œuvré au cinéma sur Captain America et Sherlock Holmes) et son compère Paul Herbert (Centurion, Hot Fuzz) de dévoiler un peu l'organisation de tels morceaux de bravoure qui privilégient la participation des vrais acteurs à l'utilisation systématique de doublure.

Dans le cas du funeste épilogue de l'épisode 8, Paul Herbert explique ainsi dans la vidéo qui suit l'influence asiatique du style de combat d'Oberyn, via des mouvements inspiré par les arts martiaux chinois traditionnels :

 

 

Metteur en scène de l'avant-dernier épisode de la saison marquée par la bataille de Castle Black, Neil Marshall —le réalisateur de The Descent et Centurion déjà derrière la caméra pour l'épisode Blackwater de la saison 2— a bénéficié d'un budget de 8 millions de dollars (soit plus que le budget de ses deux premiers longs métrages) et de quatre semaines de tournage pour emballer l'affrontement tourné dans des conditions parfois rocambolesques, à savoir littéralement les pieds dans l'eau comme il l'évoque ci-dessous :

 

 

Pour le plaisir, revoyons donc le plan séquence à 360° filmé à la grue avec une centaine de figurants:

 

 

D'un intérêt très relatif —on ne sort guère du laïus promotionnel propre aux featurettes de ce genre—, la vidéo qui suit s'intéresse au duel entre Brienne et The Hound appréciable dans l'ultime épisode de la saison. La comédienne Gwendoline Christie –qu'on retrouvera dans le prochain Star Wars– y évoque principalement l'état d'esprit de son personnage lors de cette scène qui, sans atteindre la violence graphique de certains épisodes précédents, restera comme l'une des distributions de bourre-pifs les plus enthousiasmantes de la série:

 

 

Réduire Game of Thrones à ces bastons homériques finement chorégraphiées serait bien entendu idiot. Mais à force de louer l'imagination de son démiurge principal et de ses deux showrunners malins, on oublierait presque qu'au delà de son ambition scénaristique, c'est son exécution formelle sans faille qui assure à la série un tel écho dans la production télévisuelle contemporaine. La cinquième saison est (très) attendue pour le printemps 2015.

PS: Outre-Atlantique aussi, c'était la fête des pères ce dimanche. Une coïncidence sacrément ironique connaissant le destin de Tywin Lannister à la fin de l'épisode. Ces petits malins de HBO n'ont pas hésité à en jouer dans le spot qui suit mis en ligne sur YouTube dès vendredi dernier :

 

 

Alexandre Hervaud
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Journaliste
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