Slatissime

Montres: l'heure russe

Temps de lecture : 2 min

Le seul XXème siècle aura vu l'horlogerie russe à son apogée pour sombrer dans des abîmes où périrent toutes ses marques. Toutes, sauf une.

Une manufacture Russe au début du siècle? Principalement des usines d’assemblage d’ébauches suisses. Pour la plupart, elles gravaient simplement ces montres d’un aigle impérial. Talberg, Pavel Bourre sont quelques unes des marques réputées de l’époque.

Avec Staline, la donne change. Le despote veut une horlogerie soviétique indépendante. En 1929, il fond sur deux manufactures américaines fauchées par la crise économique. Il les fait démonter, les rapatrie à Moscou et pousse le vice jusqu’à faire venir leurs horlogers américains les remonter en pleine Russie soviétique des années 1930!

L’Usine Kirov naît de leurs cendres. En 1965, elle deviendra Poljot, «Le vol». La Seconde Guerre Mondiale a paradoxalement bénéficié aux manufactures russes. De nombreux sites ont été saisis, délocalisés, essaimant autant d’unités de productions à travers le pays et qui ont germé en tant que manufactures indépendantes.

Ainsi est née Vostok (du nom de la fusée de Gagarine) ou encore Pobeda, «La Victoire». Avec Raketa, Poljot et Slava («la Gloire»), ces marques sont les fondements de l’horlogerie Russe. En apparence tout du moins. Le capitalisme sauvage qui s’est emparé de la Russie dès 1989 a fait des ravages. La production horlogère s’est écroulée.

En cinquante ans, Raketa a produit plus de 150 millions de pièces. Aujourd’hui, elle en sort tout juste 40.000 par an. Pourtant, cette manufacture est la seule encore en activité. Aujourd’hui, le mythe de la montre russe survit. Il pousse des dizaines de marques qui n’ont de russe que l’affichage à profiter de la forte demande.

En 2004, Volmax, sous l’impulsion d’anciens salariés de Poljot, dépose trois marques: Aviator, Buran et Shturmanski. La même année, un entrepreneur lituanien dépose la marque «Vostok Europe». Toutes ont en commun de ne rien manufacturer en Russie et de faire de leur mieux pour être confondues avec les légendaires Poljot, Raketa ou Vostok.

Jacques Graf von Polier, investisseur français installé en Russie depuis près de 20 ans, a repris Raketa en 2009. Il y a investi six millions d’euros pour la maintenir hors de l’eau:

«A l’époque, Raketa était comme une ville, avec son propre stade et un orchestre symphonique. Quand je suis arrivé, il n’y avait même plus assez d’argent pour payer le chauffage. Les horlogers assemblaient les mouvements avec des gants par -10° C ».

De 8 000 personnes à sa grande époque, Raketa passe à... 80. « La marque ne vivait que par les commandes de l’état. Le plus simple aurait été de tout fermer et d’intégrer de l’ETA, mais le patrimoine était tel que j’ai pris la décision, lourde, couteuse, de la relancer ».

Aujourd’hui, la marque est en plein essor. Raketa propose des modèles étanches, verre saphir et mouvements automatiques, un développement qui tient du miracle. La marque fait même son propre échappement, spiral compris ! L’avenir ? Pour le moment, la marque se concentre sur son marché domestique. Ailleurs, elle est vendue par internet pour des prix allant de trois cent à sept cent euros.

La Montre zéro de Gorbathev

La scène se passe en 1985 en Italie. Le tout fraichement élu Mikhaïl Gorbatchev donne une conférence de presse. A son poignet, une Raketa, pourvue d’un «0» surdimensionné en place du 12. Prise en photo, la montre s’affiche dès le lendemain en une
 des quotidiens italiens. En légende, une phrase : «Les Russes commencent de zéro», une allusion à la perestroïka qu’il s’apprêtait à opérer. La montre était en réalité dotée de chiffres surdimensionnés à l’usage des malvoyants!

Olivier Müller

Montaigne publications

Newsletters

L’important n’est pas de vivre les choses, c’est de savoir les débriefer

L’important n’est pas de vivre les choses, c’est de savoir les débriefer

Nos quatre options pour sublimer la banalité de votre quotidien et captiver votre auditoire.

Pourquoi s’enfoncer des choses bizarres dans l’anus?

Pourquoi s’enfoncer des choses bizarres dans l’anus?

Une cloche, un verre à pied, un smartphone… ces objets ont un point commun: ils se retrouvent régulièrement perdus au fin fond des canaux rectaux.

Notre petite voix intérieure, cette amie bavarde capable du meilleur comme du pire

Notre petite voix intérieure, cette amie bavarde capable du meilleur comme du pire

Qui est cette personne qui me casse non-stop les oreilles? Ah ben c’est moi.

Newsletters