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Tony Parker encore champion NBA: le meilleur sportif français joue avec un ballon orange

Yannick Cochennec, mis à jour le 16.06.2014 à 13 h 19

Alors que la Coupe du monde envahit l’espace médiatique, le basketteur des Spurs s'est offert un quatrième titre qui prouve qu'il est bien le champion français n°1 de son temps.

Tony Parker lors du cinquième match des finales NBA 2014 contre Miami. David J. Phillip/Pool Photo via USA TODAY Sports.

Tony Parker lors du cinquième match des finales NBA 2014 contre Miami. David J. Phillip/Pool Photo via USA TODAY Sports.

Alors que la Coupe du monde envahit l’espace médiatique jusqu’à l’inondation informative, le sport français en oublierait «presque» de célébrer celui qui est vraisemblablement le meilleur de ses représentants: Tony Parker. En effet, quelques heures après la facile victoire de l’équipe de France de football face à celle du Honduras, le basketteur tricolore s’est offert un quatrième titre NBA avec les San Antonio Spurs, vainqueurs intouchables du Miami Heat, détenteurs du trophée depuis 2012.

Déjà sacré en 2003, 2005 et 2007, Tony Parker, qui en était à ses treizièmes play-offs, devient ainsi le joueur non-Américain le plus titré de l’histoire. Avec ce titre NBA supplémentaire, il dépasse, par exemple, Toni Kukoc, l’Européen le plus distingué jusque-là. «Gagner à nouveau sept ans après, après la déception de l’an passé, a-t-il réagi. Le basket peut être tellement cruel parfois. Tellement beau aussi

Dans la presque indécence des salaires distribués aux sportifs professionnels, il y a donc une «morale» puisqu’en mars dernier, dans le numéro annuel de L’Equipe Magazine dédié aux rémunérations des stars françaises, Tony Parker avait détrôné, pour la première fois dans l’histoire de cette hiérarchie financière, les footballeurs avec un revenu total de 14,2 millions d’euros (brut). Parker est bien en effet, sans vouloir porter ombrage à Renaud Lavillenie, le champion français n°1 de son temps en raison de la durée de son règne sur les parquets, dans un championnat éminemment dur sur le plan physique et sur le plan mental, tant tout y est plus grand et plus déstabilisant à tous les niveaux.

Resté lui-même

Le match 5 de la finale 2014 entre les San Antonio Spurs et le Miami Heat

Au cours de cette longue épopée, l’un des mérites de Parker, âgé aujourd’hui de 32 ans, réside dans le fait d’être resté à peu près lui-même en dépit de la gloire et des sollicitations dont il a pu être l’objet, notamment quand sa vie a pris une tournure hollywoodienne au bras d’Eva Longoria. Il est demeuré relativement accessible pour les médias nationaux et n’a pas tourné le dos à son pays, notamment à l’équipe de France qu’il a servie loyalement, comme ce fut le cas, par exemple, en septembre dernier lors des championnats d’Europe remportés en Slovénie.

C’est en patron qu’il a mené ces Bleus-là à la victoire. C’est en patron qu’il a assumé le service après-vente de ce succès.

La chance de sa vie de champion a probablement été le privilège d’avoir à ses côtés au sein des Spurs un modèle et un tuteur comme Tim Duncan, qui l’a d’abord regardé de haut puis lui a beaucoup appris dans une ville qui a été son autre atout: au fin fond du Texas, loin de Los Angeles ou de New York, qui auraient pu le placer sous des projecteurs encore plus puissants. Drafté en 28e position, Tony Parker a surgi, en quelque sorte, de l’ombre et y est demeuré à l’échelle des Etats-Unis, où San Antonio n’est qu’un tout petit point sur la carte. C’est là qu’il a fini par devenir le meneur de jeu qu’il voulait être jusqu’à se saisir du destin du groupe, et c’est là qu’il terminera sa carrière.

Tony Parker a réussi parce qu’il a toujours eu une immense confiance en lui, carburant qui a huilé son ambition, quitte à passer pour celui qui avait la grosse tête dans ses jeunes années. Il a souvent expliqué comment le fait de regarder les rencontres de Michael Jordan avec son père (américain) au cœur des nuits européennes avait orienté son niveau d’exigence. «Chaque sportif qui veut réussir doit avoir cette confiance en lui, a-t-il expliqué à L’Equipe Magazine voilà quelques mois. Si tu veux dominer et être le meilleur, tu es obligé d’être un peu comme ça. Je me souviens de ma première année à l’Insep. J’ai 15 ans et je termine à 15 points, six passes en troisième division (N1 à l’époque) face à des pros. La deuxième année, je termine à 22 points, meilleur marqueur du championnat. Je vois les journalistes qui commencent à écrire sur moi. Je me dis alors que c’est le moment d’aller en pro et de tenter ma chance

Le souci du give back

Les Spurs reçoivent le trophée de champion NBA 2014

Paraissant avoir toujours le coup suivant en tête avec cette confiance éternellement chevillée à son esprit de conquête, Tony Parker, qui se voit encore en NBA pendant les cinq années qui viennent, est ainsi déjà passé à la phase suivante de sa carrière. Il y a quelques semaines, il a décidé d’acheter le club de Villeurbanne, qu’il compte développer à l’échelle européenne par le biais notamment de la construction d’une salle au diapason de ses nouvelles ambitions. San Antonio et Villeurbanne, deux bastions du basket, deux villes très secondaires dans leurs paysages nationaux, mais avec Parker comme trait d’union presque logique.

Dans un pays où la culture du basket n’est tout de même pas première, c’est un risque qu’il aurait pu s’épargner tant il y a plus de mauvais coups (financiers) à prendre dans un championnat encore assez loin des meilleurs européens et dans un monde sportif français trop peu entrepreneurial. Mais comme tout «Américain» fortuné qui se respecte, Parker a ce souci du give back qui consiste à remettre son argent au pot et au service d’une cause qui le dépasse: celle de son sport et de son pays, en l’occurrence. C’est la chance, peut-être historique, du basket français pour rebondir enfin au niveau du talent de ses joueurs actuels.

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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