Monde

Obama à la conquête des coeurs étrangers

Etienne Augé, mis à jour le 07.08.2009 à 14 h 52

Le président américain veut séduire pour éviter que la haine de l’Amérique ne serve de prétexte au terrorisme.

On en sait maintenant un peu plus sur les intentions du président Obama en matière de politique étrangère. Son programme de campagne et ses connaissances en géographie étaient suffisamment flous pour permettre toutes les spéculations mais ses deux récents discours d’intention, en Egypte et au Ghana, ont permis de comprendre les différences avec l’administration précédente. Au Caire, le président Obama a clairement montré le changement d’alliances au Moyen-Orient, Israël n’étant plus l’allié inconditionnel et l’Egypte montrant sa volonté de participer au programme de lutte contre le terrorisme que poursuit la nouvelle administration. En ce qui concerne l’Afrique, continent délaissé par son prédécesseur, Barack Obama s’oppose en mots à Nicolas Sarkozy et revigore la diplomatie publique, sans doute l’arme le plus puissante de l’Amérique pour séduire le monde.

«Le XXIe siècle sera influencé par ce qui se passera non seulement à Rome ou à Moscou ou à Washington, mais aussi à Accra», a déclaré le président Obama lors de son discours du 11 juillet dans la capitale du Ghana. En parlant des nouvelles relations de respect et de responsabilité mutuelles que devraient entretenir les Etats-Unis et l’Afrique, le leader américain n’a pas manqué de rappeler qu’il venait lui aussi un peu d’un continent promis à un avenir brillant et doté d’une histoire riche mais difficile. «Mon père a grandi dans un tout petit village où il gardait des chèvres, à une distance impossible des universités américaines où il ira faire des études.» Cette phrase émouvante, destinée à montrer que Barack Obama est aussi l’un des leurs, les Africains ont pu l’entendre même s’ils ne disposaient pas de récepteurs adéquats. Les membres des ambassades américaines en Afrique ont distribué des podcasts du discours acheminés vers les radios locales et ont même loué des cinémas en Sierra Leone pour diffuser les paroles du président. Derrière cette opération de communication de masse en Afrique, on trouve Judith McHale. Après avoir travaillé chez MTV Networks et Discovery Communications, deux groupes de télévision, cette juriste professionnelle des médias s’occupe maintenant de la capacité de séduction de l’Amérique en occupant le poste de Under Secretary of State for Public Diplomacy and Public Affairs soit grossièrement, Sous-secrétaire du Département d’Etat en charge de la diplomatie publique et des affaires publiques.

La diplomatie publique n’est pas une idée nouvelle aux Etats-Unis. Plusieurs agences ont été créées au fil des moments cruciaux de l’histoire des Etats-Unis, en particulier lors de conflits, afin de diffuser cette propagande officielle. Citons le Comité de l’information publique entre 1917 et 1919 (Committee on Public Information, CPI), le bureau d’information de guerre de 1942 à 1945 (Office of War Information, OWI), puis l’agence d’information des Etats-Unis fondée en 1953 et dissoute en 1999 (United States Information Agency, USIA). La USIA a été créée avec l’intention de «comprendre, informer et influencer les opinions publiques étrangères afin de promouvoir les intérêts nationaux et d’élargir le dialogues entre les Américains et leurs institutions et leurs homologues du reste du monde». A travers cette institution établie sous la présidence Eisenhower, il s’agissait de faire balancer les cœurs et les esprits du côté américain alors que la guerre froide forçait chaque habitant de la planète à choisir entre l’un des deux super grands. En 1999, le Département d’Etat a obtenu la dissolution de l’USIA après avoir montré l’inutilité de conserver deux organismes dont les responsabilités se chevaucheraient. En conséquence, l’USIA a été absorbée par le Département d’Etat, décision également saluée par les instances militaires qui considèrent que la «guerre psychologique» ne devrait pas être confiée à des civils.

Pour la présidence Obama, la diplomatie publique ne doit plus consister à convaincre la planète de la justesse du rêve américain, mais d’éviter que la haine de l’Amérique ne serve de prétexte au terrorisme. Les derniers chiffres du sondage effectué sur l’image de l’Amérique par le Pew Research Center montrent que la situation semble s’améliorer dans le monde. Pour la France, le progrès est spectaculaire: on passe de 42% d’opinions favorables en 2008 à 75% grâce à l’Obamamania. Mais les résultats les plus intéressants se trouvent dans les pays traditionnellement opposés aux États-Unis. Dans un pays arabe comme la Jordanie, les opinions favorables progressent de 19 à 25% en un an, alors qu’elles reculent au Pakistan de 19 à 16% et que les Territoires palestiniens n’accordent que 15% d’avis positifs sur les Etats-Unis, soit un point de plus que la Turquie. On notera également de ce sondage que les Palestiniens et les Pakistanais préfèrent Oussama Ben Laden à Barack Obama, mais que les Nigérians sont 81% à apprécier le nouveau président américain alors qu’ils n’étaient que 31% à se déclarer en faveur de l’ancien.

Pour les stratèges de la communication présidentielle, dont Judith McHale, le président Obama est présenté comme le meilleur symbole de l’Amérique, capable notamment de résoudre les conflits raciaux autour d’une simple bière, mais aussi de faire revivre un certain rêve américain. L’Afrique devient alors un allié potentiel idéal pour l’Amérique, toujours heureuse de profiter des déconvenues de son plus vieil ami et rival, la France. « Beaucoup de jeunes Africains francophones l'avouent bien volontiers, l'Amérique a remplacé de longue date la France dans leurs cœurs», note Pierre Malet. On se doute que le président Obama fasse plus rêver les jeunes Africains, plutôt qu’un président français qui déclare cruellement «que l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire». Même si le discours du président Sarkozy à Dakar en 2007 a été faussement réduit à cette seule phrase, la capacité de séduction de la France pour les Africains n’est malheureusement pas à la hauteur du nouveau super président américain, homme mondial et président des Terriens.

Mais tout l’art de la communication ne consiste-t-il pas à dire à son auditoire ce qu’il veut entendre? Et surtout de lui faire croire qu’il est unique et indispensable pour l’orateur? « Les relations entre les Etats-Unis et la Chine façonneront le XXIe siècle » a déclaré le président Obama le 27 juillet lors de l’ouverture d’un dialogue stratégique et économique sino-américain à Washington, ce qui rappelle étrangement l’accroche du discours d’Accra. Le président américain prend le contrepied de son prédécesseur George W. Bush, et flatte ses interlocuteurs en les plaçant comme partenaires privilégiés des Etats-Unis «au XXIe siècle», que ce soit l’Afrique, la Chine ou le monde arabe. On attend avec impatience le prochain discours obamesque, qui placera certainement l’auditoire dans la meilleure tradition de conquête des esprits et des cœurs de la diplomatie publique américaine. Le Pakistan fera-t-il également son entrée dans le XXIe siècle? Devant le peu de popularité de l’Amérique à Islamabad, on attend impatiemment un sommet de la bière avec Oussama ben Laden. L’Afrique, le goût de la bière et de la cigarette, ce don de rendre l’interlocuteur complice… Et si Barack Obama était l’héritier de Jacques Chirac? 

Etienne Augé

Photo Reuters/Jason Reed, Barack Obama écoute l'hymne nationale américain devant le drapeau ghanéen à Accra.

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