Barack Obama: être climatosceptique, c'est «comme dire que la Lune est faite de fromage»

New York, décembre 2013. REUTERS/Gary Hershorn

A-t-il lu l'historien français Pierre Vidal-Naquet qui avait utilisé une même image pour parler des négationnistes?

La position de Barack Obama sur le changement climatique s’affine chaque jour un peu plus. Et se fait de plus en plus offensive en faveur d'une plus grande implication des Etats-Unis dans la lutte contre les émissions polluantes. 

Samedi, le Président américain s’est moqué des climatosceptiques lors d’un discours à l’Université de Californie. Quelques semaines après qu’il a dévoilé son plan pour réduire les émissions polluantes des centrales électriques, il a expliqué devant des étudiants que le changement climatique était un des plus grands défis mondial sur le long terme: 

«La question n’est pas de savoir si nous devons agir, la question est de savoir si nous aurons la volonté de faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard.»

Obama s’est en pris violemment à ceux qui questionnent les climatologues:

«Quand le President Kennedy nous a fixé l’objectif de la lune, il y avait des gens qui ont expliqué avec des arguments sérieux que cela ne valait pas le coup ; que ça coûterait trop cher ; que ça prendrait trop de temps, que ça serait trop difficile. Mais aucun d’entre eux n’a ignoré la science. Je ne me souviens pas d’une personne ayant dit que la lune n’existait pas ou qu’elle était faite de fromage».

Barack Obama ou ses conseillers ont-ils lu le grand historien français Pierre Vidal Naquet? Spécialiste de l’antiquité, Vidal-Naquet s’est beaucoup engagé en faveur des droits de l’homme et a lutté avec acharnement contre la poussée du négationnisme, notamment contre le français Roger Faurisson. Et comme Barack Obama samedi, il avait dans un livre référence sur le sujet lui aussi pris l’image de la Lune pour expliquer quelle devait être attitude des historiens face aux théories des «négationnistes» de la Solution finale:

«Bien entendu, comme je l'ai déjà dit, il ne peut être question de discuter avec eux. Un astronome discute-t-il avec un astrologue ou avec une personne qui affirme que la lune est faite de fromage de Roquefort? Mais devons-nous les persécuter au nom de la vérité? (…) La persécution, et même, tout ce qui ressemble à de la persécution, engendre les martyrs, et nous n'avons pas le moindre intérêt à faire de ces gens des martyrs.»  («Les Assassins de la mémoire», 1987)

Obama compare-t-il ces climatosceptiques à «négationnistes du climat» et refuse-t-il de débattre? Pas exactement, et il a choisit de s'en moquer.

«Au Congrès, aujourd'hui, il y a plein de gens qui rejettent obstinément et automatiquement les données scientifiques sur le changement climatique. Ils vous diront que c'est un canular, ou une mode. Un membre du Congrès a même dit que le monde se refroidissait. Un autre membre du Congrès a mentionné une théorie impliquant ”des flatulences des dinosaures”. Je ne vais pas entrer dans les détails.

 

Et Il y a ceux qui disent: “Écoutez, je ne suis pas un scientifique”. Et je vais vous dire ce que cela signifie. Cela veut dire: “Je sais que les changements climatiques se produisent vraiment mais si je l’admets, je vais me faire chasser de la ville par une frange radicale qui pense que la science du climat est un complot de gauche”».

«Moi non plus, poursuit Barack Obama, je ne suis pas un scientifique; mais nous en avons de très bons à la NASA. Je sais que la grande majorité de ceux qui travaillent sur le changement climatique, y compris certains qui ont un jour contesté les données, ne débutent plus sur le sujet. Comme me l’avait expliqué l’auteur Thomas Friedman, «si votre enfant est malade, et que vous consultiez 100 médecins; 97 d'entre eux vous disent de faire ceci, trois vous indiquent de faire cela. Est ce vous voulez suivre les conseils des trois?» 

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