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La France contre les robots? Faire entrer le pays dans la troisième révolution industrielle

Laetitia Strauch, mis à jour le 17.06.2014 à 16 h 56

Si les grandes entreprises savent allier leurs atouts à une approche entrepreneuriale, en développant par exemple l’innovation ouverte avec les start-up, la France pourrait tirer partie de l'innovation plutôt que d'en redouter les conséquences.

Innovation / boegh via Flickr CC License By

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Pour lire les travaux sur l'innovation de l'Institut de l'entreprise

 

Faire entrer la France dans la troisième révolution industrielle

Le pari de l’innovation - LE big data

L'Efficacité énergétique - LES Nouvelles technologies de production

Nous assistons aujourd’hui au déploiement d’une nouvelle vague d’innovations liées à l’économie des données et aux nouvelles technologies de production, à tel point que certains analystes n’hésitent pas à parler d’une troisième révolution industrielle. Tout comme les vagues précédentes, celle-ci est synonyme de productivité et de croissance –elle est donc cruciale pour notre pays. Loin d’être cantonnée au secteur technologique, elle est par ailleurs susceptible de toucher l’ensemble de notre économie.

L’ambivalence des Français à l’égard de l’innovation est bien connue: s’ils en sont de grands consommateurs, ils semblent bien moins enthousiastes comme salariés, voire comme employeurs ou même responsables politiques. Cette ambivalence doit être rapprochée d’une double utopie dont la France n’a pas l’exclusivité, et selon laquelle l’homme serait voué, à moyen terme, à être remplacé par la machine. Selon sa version positive –celle de l'informaticien américain Ray Kurzweil par exemple– l'intelligence artificielle prendra sans aucun doute le relais de l'intelligence humaine; sa version négative, plus répandue, met en cause tout progrès technique, susceptible de faire disparaître à terme le travail humain: de la révolte des canuts à Bernanos –on pense à La France contre les robots paru en 1947-, la France a souvent pris ce parti.

Cette double utopie n’a toutefois pas grand sens. Certes les innovations futures rendront sans doute certains emplois obsolètes, aussi bien manuels qu’intellectuels. Et l’on peut s’attendre à l’augmentation concomitante du nombre de métiers très qualifiés liés aux données et à l’automatisation, et de celui de métiers très peu qualifiés, surtout dans les services, dont le salaire va diminuer.

Entre les deux, les métiers moyennement qualifiés –transport, logistique, postes administratifs- seront voués à être remplacés par des machines. La polarisation du marché du travail ira donc croissante, alliant la stagnation des revenus médians réels aux inégalités croissantes de revenus. Mais si dans le court terme des frictions sont inévitables, cela ne signifie pas pour autant que la technologie est source de chômage. En effet, par le passé, la croissance de la productivité s’est toujours accompagnée d’une croissance de l’emploi, et non par des pertes d’emplois.

Par ailleurs, tous les secteurs ne sont pas concernés de la même manière par l’automatisation: si les hommes se verront de plus en plus remplacés par les robots pour des tâches standardisées, certains travaux peu qualifiés, notamment dans les services, continueront à demander une attention singulière et humaine, d’autant que la demande de ces services s’accroîtra à mesure que les revenus des plus qualifiés augmenteront.

La France doit donc faire le pari de l’innovation. Quels sont ses atouts en la matière? On pense immédiatement aux start-up, mais il n’est pas sûr que ces dernières, en France, sachent suffisamment grandir pour faire le poids face aux géants américains. On pense moins souvent aux grandes entreprises, dont l’importance en France est pourtant historique. Certes celles-ci présentent quelques faiblesses face à l’innovation: longtemps spécialisées dans le rattrapage de l’économie américaine, soutenues par la puissance publique à l’abri de frontières fermées, elles ne sont pas toujours propices à l’innovation de rupture.

Toutefois elles présentent d’indéniables atouts, que l’on aurait tort de négliger: une infrastructure mondiale, une réputation, des relations de partenariat déjà établies, une expertise en R&D renforcée par des brevets, une expérience des enjeux de régulation et enfin une excellence dans les processus. Or si les grandes entreprises savent allier ces capacités à une approche entrepreneuriale à la fois interne et externe, en développant par exemple l’innovation ouverte avec les start-up - incubateurs, fab lab, fonds de corporate venture-, elles devraient pouvoir tirer parti de l’innovation.

Quant à la puissance publique, si elle peut co-financer l’innovation et participer à sa structuration par la commande publique ou les règles relatives aux appels d’offre, l’enjeu le plus important reste la prévention des potentiels effets négatifs de l’innovation. Si la France n’est pas en reste en matière de redistribution des richesses, la puissance publique peut agir de deux manières. Elle peut d’une part contribuer à développer un discours plus rassurant à l’endroit de l’innovation. Elle peut d’autre part veiller à adapter l’emploi aux évolutions qui s’annoncent, en acceptant l’idée que le salariat, à l’avenir, ne sera sans doute plus la norme, et en accompagnant le développement de services flexibles, suscités indirectement par l’innovation, par une régulation du marché du travail adéquate.

Il ne faudrait pas, sous prétexte de craintes infondées, mettre en péril une source de croissance avérée, et il sera sans aucun doute plus utile d’accompagner les conséquences négatives de l’innovation que de tenter de freiner cette dernière.

Laetitia Strauch
Laetitia Strauch (1 article)
Chargée d’études à l’Institut de l’entreprise
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