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Pourquoi des soldats francais meurent en Afghanistan?

Françoise Chipaux, mis à jour le 04.08.2009 à 14 h 33

Le mois de juillet a été le plus meurtrier pour les troupes de l'OTAN depuis le début de l'intervention internationale fin 2001.

Troupes françaises au sud de Kaboul  Jacky Naegelen / Reuters

Troupes françaises au sud de Kaboul Jacky Naegelen / Reuters

Dans quel but meurent les soldats de l'Otan en Afghanistan? Aussi cruelle et brutale soit la question elle mérite d'être posée. Avec 75 soldats tués, le mois de juillet a été le plus meurtrier pour les troupes de l'OTAN depuis le début de l'intervention internationale fin 2001. Les deux premiers jours d'août ont déjà fait 9 morts.

La montée des pertes pour l'Otan s'explique à la fois par l'augmentation du nombre de soldats -62 000 de 42 pays- à l'approche de l'élection présidentielle du 20 août et par la multiplication des opérations dans le but de sécuriser les zones pashtounes pour permettre à la population de voter. Elle s'explique aussi par la montée en puissance qualitative des talibans afghans qui utilisent de plus en plus et avec un succès croissant des bombes ou explosifs placées le long des routes empruntées par les patrouilles de l'Otan. Ces engins sont d'autant plus facilement dissimulables que les routes asphaltées sont quasi inexistantes dans les campagnes.

Le niveau élevé des pertes a relancé un débat désormais récurrent dans la communauté internationale sur l'objectif d'une intervention quasi unanimement acceptée en 2001 mais qui aujourd'hui s'enlise et divise les participants. Huit ans après son entrée en Afghanistan, la communauté internationale n'a toujours aucune stratégie commune et ne peut en développer une en l'absence d'un consensus sur le but de cette guerre. Le président Barack Obama a réduit les ambitions américaines en déclarant en mars: «je veux que le peuple américain comprenne que nous avons un but clair et précis: déranger, démanteler et vaincre  al Qaida au Pakistan et en Afghanistan et les empêcher durablement de revenir dans les deux pays».

Cet objectif justifie-t-il l'énorme coût humain et financier aujourd'hui mobilisé pour la tenue d'une élection présidentielle dont on sait d'ores et déjà qu'elle ne changera pas grand chose à la situation sur le terrain. Probable vainqueur d'un scrutin qui n'intéresse que de loin les Afghans déjà déçus du processus démocratique, le président Hamid Karzai a amplement prouvé lors de son premier mandat que la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption -essentielle à la conquête de la population- n'étaient pas son premier souci.

Le nouveau «mantra» de la communauté internationale, «parler avec les talibans» a toutes les allures d'un aveu d'échec et de la recherche d'une stratégie de sortie. Fracturée par trente ans de guerre, la société afghane a besoin d'une véritable politique de réconciliation qui englobe toutes les couches de la société et toutes les ethnies. En l'état, les talibans ne peuvent que se sentir renforcés par ses appels multiples à un dialogue qu'ils n'ont pas vraiment de raison de rechercher dans la mesure où la communauté internationale donne des signes évidents de lassitude.

Le Secrétaire américain à la défense Robert Gates admettait récemment lors d'une visite en Afghanistan, «les troupes sont fatiguées, le peuple américain est plutôt las». L'opinion publique britannique montre aussi des signes de rejet d'une opération dont le succès reste à démontrer alors que 191 soldats britanniques ont été tués en Afghanistan dont 54 depuis le début de l'année. Le sévère rapport de la commission des affaires étrangères de la chambre des communes constate «qu'après huit ans en Afghanistan, l'Occident a échoué à accomplir ses grandioses promesses tandis que trop de priorités contradictoires ont été imposées aux soldats sur le terrain».

Les appels au dialogue avec les talibans ne peuvent aussi que conforter l'establishment sécuritaire pakistanais qui voit dans les talibans sa seule carte d'influence en Afghanistan. Pourquoi les Pakistanais lutteraient-ils contre les talibans alors que ceux-ci ont toutes les chances de retrouver une place sur la scène afghane. L'illusion entretenue pour les besoins de la cause entre talibans «modérés» et les autres ne tient pas dans la mesure où la paix n'est possible que si elle engage la tête des talibans.

Aucune solution rapide n'est possible en Afghanistan mais la poursuite d'une guerre que chacun sait mal engagée depuis le départ n'a pas vraiment de sens sans une refonte totale à laquelle la communauté internationale ne semble pas prête de ce qu'elle fait en Afghanistan. La multiplication des rapports d'évaluation de la situation est un exemple éloquent de l'incapacité à prendre en compte toute la situation locale, régionale et internationale pour définir une fois pour toute une feuille de route qui réponde à la fois aux aspirations des bénéficiaires et aux intérêts des principaux acteurs.

Françoise Chipaux

Image de Une: Troupes françaises au sud de Kaboul  Jacky Naegelen / Reuters

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